‹ Histoire des origines de la langue franc̜aiseChapitre 118 sur 256 · CHAPITRE SEFTIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE SEFTIÈME

Bbita. Ce root, qui se trouve dans la composition du nom d^on certain nombre de Tilles, situées sur les rivières , est généralement interprété dans le sens de pont.

Cesi une erreur ; Mva est un root gascon , dans lequel le v a le son de ouj et qui doit être prononcé brioua. Cest un infinitif qui exprime le petit bouillonnement 'de Peau des rivières, è l'endroit où elles sont guéables. On dit Vaygo ké briouo , Teau frétille, c'est-à-dire il n'y a pas de profondeur. Lou Briou, c'est le mouvement légèrement tumultueux de Teau courante. Briva signifie donc ffué. Cette opinion est également soutenue par Ménage, dans son Dictionnaire étymologique^ au root abreuver.

Per?(a. Ce mot, qui signifie Jambon, fut adopté par les Latins, et il se trouve dans leur langue; mais il appartenait à ce fond de dialectes parlés en Italie, en Espagne et en France , et qui sont celtiques ou gaulois. Ainsi , pema appartenait à la langue ombrienne, car on le lit dans les tables Eugubines (1); il est aussi dans la langue espagnole, où jambon se dit pernil ; et dans le dialecte gascon de Bayonne, où jambon se dit pema. II est à remarquer qu'en général le mot employé pour dire jambe est également employé , avec une très-petite' modification, pour dire- Ja m fron. En latin, parmi avait les deux sens. En espagnol, ^'am^a se dit pierna; en languedocien, on dit cambo i^uT jambe f et cambajou, pour Jambon.

Preivnus. On sait que ce root était le nom du cbef des Gaulois Sénons qui prirent et brûlèrent Rome, et celui du chef des Gaulois Tectosages, qui envahirent la Grèce, et qui attaquèrent le temple de Delphes. Brennus était moms un nom qu'une qualification; il signifiait roi, chef; c'est le sens que ce mot a encore en bas-breton, où Breks signifie roi ; au pluriel, ce mol fait brennin. T&fjxo^. Ce mot, qui signifie pieUj est évidemment le même que e$tako^ terme gascon qui a la môme signification, et qui a produit le verbe estaka^ attacher. Dl'jkjm. Ce mot, très-employé par les Romains dans la traduction de certains noms de villes gauloises, signifie colline. Les géographes grecs Pavaient aussi employé, sous la forme Suvoc , qu'il a notamment dans Plutarque (2), au sujet de Lyon. Il s'est conservé en français sous la forme dune. Dans les pays des langues d'oc, le mot dunum traduisait souvent le mot Puy, qui a la même signification. C'est amsi gue César appela Uxellodunum la petite ville bâtie autrefois sur Téminence nommée en gaulois Puy^d* UsmIu.

Nous avons la conviction profonde d'avoir prouvé que les patois divers actuellement parlés en France sont les idiomes nationaux et vingt-cinq fois séculaires des peuples gaulois, qui depuis la grande émigration de Bellovèse et de Sigovèse occupent sous le même nom les mêmes parties du territoire.

L'antiquité de ces patois est manifestement établie , d'un côté par les témoignages historiques les plus formels qui les mentionnent, d'un autre côté par l'existence , dans les 'textes grecs ou la-

(1) TabuL Iguv.j I. Lin. 2. — Fabretti, Corpus inscription, italicar , p. 11. — Lanzi, Saggio di lingua Etrusca, t. II , vol. III, p. 630; Firenze, 1825, in-ô".

(2) Plutarque, Moral, de Ftuviis, Arar.

m LANGUE FRANÇAISE.

tins les plus anciens, d'un grand nombre de mots gaulois , que les divers patois conservent encore. A ces preuves vient s'ajouter encore celle qui résulte des noms de rivière, des montagnes ou des villes, noms évidemment empruntés aux langues locales, et qui n'ont pas changé depuis deux mille ans.

L'antiquité des patois étant prouvée, il nous reste à établir leur identité philologique , et à montrer le lien qui les unit tous étroiy tement à une seule et même langue, dont ils sont les dialectes, et ^ qui est :

La langue gauloise.

Existe-t-il*une langue gauloise, indépendante des idiomes locaux ou patois?

•-rNon.

De même que la langue grecque n'existait pas indépendamment de ses dialectes , et que nul n'aurait su parler grec sans parler ou l'attique, ou l'ionien, ou le dorien , ou l'éolique , de même nul n'aurait su parler gaulois sans parler ou le bourguignon , ou le picard, ou l'auvergnat, ou l'un des dialectes des tribus diverses qui se partageaient le sol. .

Les langues littéraires, œuvre artificielle des écoles et des académies, sont indépendantes des territoires; mais les langues nationales et naturelles vivent nécessairement par et dans les dialectes, qui en sont la forme fractionnée et locale.

Langue gauloise était donc une jdénomination générale et idéale, se résolvant, dans la réalité des choses, en un certain nombre d'idiomes provinciaux ou de patois.

Mais si cette langue gauloise n'était pas une réalité précise, délimitée, directement saisissable, est-il possible de décoqvrir et d'indiquer rigoureusement ses règles fondamentales? Assurément, et rien n'est plus aisé que cette opération. Il faut d'abord être pénétré de cette vérité, que les règles fondamentales d'une langue résident dans les principes de sa grammaire ; et tous les principes d'une grammaire jjSeuvent êtres ramenés à trois groupes , qui sont :

Les règles qui s'appliquent au substantif ; Les règles qui s'appliquent au verbe ; Les règles qui s'appliquent à la syntaxe.

Une langue est ce qu'elle est par sa grammaire ; le vocabulaire n'est qu'accessoire, au point de vue de la nature et de la classifi-

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