‹ Histoire des origines de la langue franc̜aiseChapitre 12 sur 256 · CHAPITRE PREMlBa · texte numérisé non relu

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difficulté» que le système de la dérivation directe laisse sans solution raisonnable et acceptable.

Ainsi, ce système expliqueriait :

1® Pourquoi les témoignages de l'histoire constatent, de la manière la plus claire, la plus précise, la plus irréfutable, que les peuples nombreux de l'Italie, de la Gaule et de l'Espagne conservèrent l'usage de leurs langues nationales sous la domination ro-. maine; — fait qui est en contradiction manifeste avec la théorie de la dérivation ; car si les Italiens, les Gaulois, les Espagnols avaient adopté la langue.des Romains , ils auraient dû au préalable oublier celle de leurs ancêtres.

i» Pourquoi dans toutes les provinces de l'Italie , de l'Espagne et de la Gaule, il y a d'innombrables dialectes, correspondant au territoire des anciennes tribus, des anciens bourgs , pagi ou pays; dialectes visiblement reliés entre eux par les lois intimes d'une grammaire commune, mais séparés extérieurement parles variétés habituellement nombreuses et considérables des vocabulaires locaux ; — fait inconciliable avec la théorie de la dérivation ; car si le latin décomposé avait servi à former les langues vulgaires de ritalie, de la Gaule et de l'Espagne, la même langue n'aurait pas pu engendrer six cents dialectes entièrement différents.

30 Pourquoi les langues, de l'Italie, de la Gaule et de l'Espagne contiennent,. non-seulement à peu près le même nombre de ces mots prétendus dérivés du latin et du grec, mais pourquoi elles contiennent à peu près les mêmes mots en ce genre ; — fait incompréhensible avec le système de la dérivation, car les nations de l'Italie, de la Gaule et de l'Espagne n'auraient pas pu emprunter les mêmes mots à la langue latine et à la langue grecque, sans s'être concertées ; et comment un concert aurait-il pu s'établir entre peuples qui n'ont jamais communiqué?

4® Enfin, la thèse des origines conimunes résoudrait une difficulté immense, qui renverse à elle seule de fond en comble le système de la dérivation, en expliquant pourquoi les langues de l'Italie, delà Gaule et de l'Espagne se rapprochent du latin et du grec, par un certain nombre de mots, en se tenant absolument séparés d'eux par la grammaire.

Il sera établi en effet dans ce livre que le latin vulgaire primitif, qui necessa jamaisd'être parlé dans les campagnesduLatium, était une langue purement italienne, ne déclinant pas ses substantifs avec des cas, ne conjuguant pas ses verbes avec des flexions; et

ih LANGUE FRANÇAISE.

que ce fut la langue seule ou le latin seul de Rome qui reçut du grec, et encore fort tard, sa déclinaison, sa conjugaison et sa syntaxe.

11 sera établi encore que cette partie des nations grecques, célèbre par son humeur guerrière et par son goût des pérégrinations, qui se répandit en Italie, n'était pas de race hellénique, et ne parlait pas le grec hellénique, e'est-à-dire le grec décliné et conjugué à la mode des Attiques, des Ioniens, des Éoliens et des Doriens (1).

On comprendrait ainsi, par la communauté d'origine, comment les Italiens, les Gaulois et les Espagnols auraient eu dans leur langue des mots communs aux Latins primitifs et aux Grecs errants ou Pélasges, sans avoir ni la grammaire latine, ni la grammaire' grecque, puisque les Pélasges et les Latins primitifs ne les avaient pas.

Tel fut l'esprit dans lequel, à partir du dix-huitième siècle, la question du problème des origines de la langue française se trouva posée. Notre langue fut considérée comme originale et nationale, même dans les éléments qui lui étaient communs avec le latin et avec le grec.

Marchant vers le même but, dom Paul Pezron et dom Jacques Martin s'y dirigèrent par des routes différentes.

Dom Paul Pezron s'attacha surtout à suivre les éléments celtes qui, des plateaux de l'Asie, vinrent, d'approche en approche, dans l'Heltade et dans les lies de la mer Egée et de la mer Ionienne, se mêler, par les Pélasges, aux populations helléniques, et de là, sur les côtes de l'Italie orientale et méridionale, aux Ombriens, aux Osques, aux Étrusques, aux vieux Latins, c'est-à-dire aux éléments mêmes de tous les dialectes fondamentaux de l'Italie.

Dom Jacques Martin, sans négliger le point de vue de son prédécesseur, s'attacha surtout à suivre, dans ses divers rameaux, la grande émigration gauloise de la fin du septième siècle avant l'ère vulgaire. Il la montre, entraînant la jeunesse de toutes les tribus celtiques, se divisant en deux branches, dont l'une, prenant à gauche, par le Rhin et la forêt Hercynienne, va peupler le bassin du Danube et le revers septentrional des Alpes ; et dont l'autre, prenant à droite par les Alpes Gottiennes, inonde l'Italie, la peuple, et y apporte ces dialectes liguriens, lombards, vénitiens, toscans.

(1] Nous parlons des Pélasges. Hérodote , contemporain de ceu\ qui étaient resiés dans THellade , et Stratwn déclarent formellement, comme on verra , que leur langue était barbare, et non grecque.

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