‹ Histoire des origines de la langue franc̜aiseChapitre 129 sur 256 · CHAPITRE SKPTIKHE · texte numérisé non relu

CHAPITRE SKPTIKHE

L'alphabet gaulois avait dix-huit caractères, un peu rapprochés en général de l'alphabet osque et de l'alphabet étrusque (1).

Deux savants, le père Grégoire de Rostrenen et fioulerouë, auteur d'un traité sur les monnaies, avaient trouvé sur des monuments anciens, et- chacun de son côté, le vieil alphabet gaulois.

Il y a près de deux cents ans, le père Grégoire de Rostrenen lisait sur des ruines de la Bretagne un alphabet mystérieux, qui passait dans le pays plour être celui de la vieille Armorique, et il le plaçait dans son dictionnaire celto-breton , au mot Alphabet^ en le faisant précéder de la déclaration suivante :

a Alphabet des anciens Bretons armoriques , tiré d'un ancien calice de l'abbaye de Landévénec, d'une croix de Pierre en Plou- Sané, à deux lieues de Brest, et du château de Lezascoet , près de Douarnenez, dont les pierres de taille, que j'ai vues en place en 1701, étaient toutes marquées de ces caractères. »

Le père Grégoire de Rostrenen avait raison ; l'alphabet qu'il reproduit est bien l'ancien alphabet, aon-seulement des Bretons armoriques, mais des Gaulois. Seulement, l'état des découvertes épigraphiques à son époque ne permettait pas de le vérifier.

De son côté, Bouterouë reconstituait cet alphabet à l'aide de caractères lus sur une pierre déterrée aux environs d'Amiens. Mabillon a conservé l'alphabet d'Amiens; il est sensiblement le même que celui de l'Armorique (â).

A trois ou quatre lettres près, telles que l'A, le B, l'Ë, peutêtre le F, l'alphabet du calice de Landévénec était purement et simplement l'alphabet grec, modifié par les diverses nations italiennes. L'H est le digamma éolique, tourné à gauche ; l'I, l'O et le V sont ceux des Gaulois cisalpins; l'L est également tournée à gauche, comme celle des Gaulois d'Italie ; le G, le D, le K, l'M, l'N, le Q,rR, rs, leTH, l'X, sont les signes grecs correspondants; l'F, ou plutôt le PH appartient à l'alphabet osque.

Pour ce qui est des lettres tournées à gauche , elles rentrent dans le système alphabétique des Gaulois italiens.

Nos médailles nationales prouvent aussi que nos pères écrivaient quelquefois en boustrophédpn. '

quiescuni in pace. Theophila ancilla fecii, — Cette inscription est gravée et reproduite par DoinJacq. -Martin, Religion des Gaulois, i. I, p. 39.

(i) Voir ces alphabets dans Fabretti, Corpus inscription. Ualicar., p. 315.

(2) Mabill., De re Diplomatica, lib. V, Tabull. 2, p. 347.

A l'époque où vivait le père Grégoire de Rostrenen, les lettrés étaient trop préoccupés de grec et de latin pour s'arrêter à un alphabet qui, faute de preuves, n'était encore qu'un grimoire. Les études celtiques n'étaient pas encore nées ; la langue bretonne était un jargon méprisé des Parisiens-; mais les travaux modernes de la philologie ont justifié l'assertion du modeste et savant religieux qui, le premier, avait trouvé dans un recoin de la Gaule l'alphabet national des Gaulois.

Il serait donc puéril de soutenir que les Gaulois n'avaient pas une écriture qui leur appartint. Celle qu'ils employaient était chez eux aussi nationale que celle des Romains ou celle des Grecs pouvaient l'être chez ces peuples eux-mêmes. Ils l'abandonnèrent, comme la plupart des autres peuples de l'empire romain abandonnèrent la leur, pour adopter l'usage officiel de l'écriture latine , à partir de l'époque où la loi célèbre d'Antonin le Pieux leur conféra le titre, les droits et la dignité de citoyens romains.

Pour mesurer avec exactitude la vitalité des études et des lettres gauloises, il ne faut pas les prendre à l'époque où elles avaient encore toute leur sève, lorsque Lucain disait aux bardes :

a Et vous. Bardes, qui, dans vos poèmes, transmettez à la postérité la mémoire des héros morts sur les champs de bataille , ^ous avez pu en sécurité répandre partout vos vers (1). »

Il faut, pour que la vérité éclate, descendre le cours de l'histoire pendant quatre siècles, prendre la Gaule à la chute de l'empire d'occident, lorsque, épuisée d'hommes et de subsides, éperdue, sans direction, ayant les barbares à sa porte, n'étant déjà plus une province, n'étant pas encore une monarchie , le génie de son peuple survivait à sa grandeur.

Eh bien, à la fin du quatrième siècle, un historien guerrier, qui l'avait longtemps observée et défendue, Ammien Marcellin appréciait en ces termes le génie philosophique et littéraire de la -^Gaule :

(( Dans ce pays s'est énergiquement soutenu le culte des hautes doctrines, entretenu par les Bardes, les Eubages(les saints) et les Druydes.

« Les Bardes chantent, en y mêlant les doux sons de la lyre, des poëmes où sont célébrées les actions héroïques des grands hommes.

(1) Lucan., Pharaï.yMh. I, vers. 447, 8. 9.

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