CHAPITRE SEPTIÈME
« Les Eubages s'attachent à scruter attentivement et à propager les secrets de la nature.
a Les Druydes, plus élevés par l'esprit , comme Ta établi l'autorité de Pythagore, vivent organisés en communautés, se tenant toujours dans les régions supérieures et mystérieuses de la pensée ; et, pleins de mépris pour la vie de ce monde, ils enseignent l'immortalité de l'âme (1). »
Tel était au commencement du cinquième siècle l'état de la philosophie et des lettres gauloises. Dans son Essai historique sur les Bardes, l'abbé de La Rue établit péremptoirement que ces poètes gaulois composaient encore leurs poèmes en langue nationale à la fin du sixième siècle (2).
La propagation du christianisme ruina l'organisation du Druydisme. Ausone nous apprend que beaucoup de Druydëk, gens voués à l'étude, entrèrent dans la carrière du professorat.
Les Bardes continuèrent leurs compositions poétiques, à la cour des grands seigneurs gaulois. Nous les retrouvons, au réveil littéraire du dixième siècle, sous les noms de Troubadours, de Trouvaires, de Jouglars.
Le nom des poètes gaulois était Bardes , en dialecte breton ; Trobadours, en dialecte provençal et en dialecte languedocien ; Jouglars et Juglas en dialecte catalan et en dialecte gascon. Celui qui écrit ces lignes a assisté, dans sa jeunesse, à des repas de noces gasconnes, à la fin desquels un personnage , faisant le rôle de Jot^la , complimentait les mariés et les convives en sollicitant une rétribution (3).
En dialecte breton, Barz signifie toujours chanteur et poète, et Barzonek, poésie. En catalan, Troba veut dire poésie, et Trobar composer en vers. Cette expression appartenait aussi à cet essai de langue littéraire du midi, qui portait au douzième siècle
(1) Ammian. Marcell., Bisior.y lib. XV, cap. IX.
(?) Seulement, et par la plus étrange inconséquence, après avoir prouvé que les Gaulois parlaient , écrivaient , composaient dans leur langue à la un du sixième siècle , Tabbé de La Rue suppose qu*ils dorent adopter le latin pour langue vulgaire, au septième siècle, à peu près sous Dagobert.
11 y avait deux cents ans qu^on ne le parlait plus à Rome !
;3) Cet usage, qui n'a probablement pas tout à fait disparu, se formulait ainsi : Hé contre lou Jougla.
C'est sans raison que les philologues modernes ont écrit Jongleurs, au lien de JuglorSf ou Jugléors, qui est Texpression employée par les trouvères normands.
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le nom de langue limousine, et qu'employaient également les troubadours provençaux, languedociens et catalans. C'est ainsi que Pierre Vidal de Bezalu ou Bezaldu intitula son petit traité de composition poétique : Las rahos de Trobar (1).
On le voit, cette vie littéraire de la Gaule, qu'Anmiien Marcellin constatait avec admiration à la fin du quatrième siècle, et que Tabbé de La Rue suivait à la trace jusqu'à la fin du sixième, est saisie au onzième par cet esprit de renouveau qui enflamme la Provence, la Catalogne, le Quercy, la Normandie, la Sicile, l'Italie elle-même; et les jouglars, les troubadours, les trouvaires (2), les giullari reprirent et continuèrent l'œuvre nationale des Bardes , qu'avait célébrés Lucain.
(1) Ilailté publié par M. Gaessard.
(2) Nous croyons plus étymologiqaement exact d'écrire Ti-ouvaires que Trouvères.
D'abord, on écrivit toujours en français Prouvaires, pour dire Prêtres; la rue des Prouvaires était la rue des Prdres-de^aint-Eustache,
Ensuite, le verbe Trouba donne pour substantif Trouhatré et Troubadour^ selon le dialecte.