CHAPITRE VIII
£TABUSS£M£NT DES GAULOIS EN ITALIE, OU LES AVAIENT PRÉCÉDA LES TRIBUS LATINES, OMBRIENNES, PÉLAS6IQUES ET ÉTRUSQUES. — LEUR DIFFUSION EN EUROPE ET BN ASIE.
La Gaule ftit le foyer d*ob la race gauloise rayonna en Europe. — Récit de ses « émigrations en Italie, ob les avaient précédés les Latins, les Ombriens, les Pélasges et les Étrusques. — Départ de Sigovèse et de Bellovèse vers 1^ Danube et les Alpcs^ — Ob s'établissent les tribus de Sigovèse. — Arrivée des tribus de Bellflhe au pied des Alpes. — Passage et emplacement successif des cinq émigrations de Gaulois, entre Suie et Rimini. — Dénombrement de leurs tribus. — Dialectes apportés par les Gaulois en Italie. — Ils s*y parlent encore, avec leurs caractères primitifs, -qui sont complètement celtiques. — Ces dialectes sont communs à Tltalie, ob des tribus gauloises avaient plus anciennement pénétré. — Histoire de ces tribus. — Les Abobi- CÈNES ou Latins. — Leur langue. — Le nom du Pic prouve qu'elle est gauloise. — Les Ombriens. — Témoignages qui établissent leur nationalité gauloise. — Les Pê- LASOES. — Leur langue.— Leur arrivée en Italie.— Us sont unebi^ncbe barbare de la (lamille grecque, ou des Gaulois-Grecs. — Les Étrdsqites. — Systèmes sur leur nationalité. — Ils sont des habitants primitif^ de Hulie. — Leur langue a le caractère ombrien et gaulois. — Prise de Rome par les Gaulois Sénons,*établis dans la Calabre. — Fables de Tite-Live à leur sujet. — Participation des Gaulois dans les affaires de TEurope. — Leurs traités avec Denys Tanden et les Carthaginois. — Leur éublissement en lUyrie et dans la vallée du Danube. — Leur tentative sur Delphes. — Leur passage et leur établissement en Asie Mineure. — Royaume gallo-grec — Son histoire et sa chute. — Nationalité des Valaques, Gaulois établis sur le Danube. — Ils sont les Tectosoges, mentionnés par César.
Il serait sans objet pour le but de ce livre de rechercher par quelles voies ou à quelle époque la grande famille gauloise ou celtique descendit d'Orient en Occident, pendant la difFusion primitive des nations. On doit penser, qiie la Gaule fut le pays où elle s'établit le plus fortement et de préférence, puisqu'elle lui donna son nom, et que ses colonnes d'émigrants partirent de son sein pour aller chercher au loin et de tous les côtés des terres à peupler ou à conquérir.
C'est ainsi que la Gaule fournit les populations de race celtique répandues en Espagne, dans la Grande-Bretagne, en Ecosse et en Irlande; elle fournit également celles qui, parties des côtes de la Provence et suivant le rivage de la mer, ga-
gnèrent de proche en proche, sous le nom de Liguriens, le versant occidental des Alpes-Maritimes et des Apennins, depuis le Var jusqu'à la Magra.
Ce chapitre, écartant les hypothèses pures , et prenant les Celtes ou Gaulois à l'époque où ils entrent dans l'histoire pour n'en plus sortir, va raconter la grande émigration de la fin du septième siècle avant l'ère vulgaire, qui versa la famille gauloise dans la vallée du Danube et dans la vallée du Pô , et qui gagna, par deux routes opposées, laThrace, Byzance et l'Asie Mineure.
n exposera aussi les origines celtiques des peuples qui, sous le nom de Latins, d'Ombriens, de Pélasges et d'Étrusques, s'étaient, avant l'émigration du septième siècle, établis en Italie.
Ce fut, nous l'avons déjà dit au chapitre VI, en l'année 599. avant l'ère vulgaire que Sigovèse et Bellovèse, neveux du roi Ambigsfl^artirent du Berry à la tête de deux colonnes d'émigrants, se dirigeant, Sigovèse au nord, vers l'immense forêt Hercynie, Bellovèse au midi, vers les Alpes.
Avec Sigovèse ou à sa suite passèrent successivement le Rhin, marchant par Bàle et le lac de Constance, vers le Danube et la forêt Hercynie (1), des tribus de Tectosages, d'Helvéïiens, de Boîens, de Gothins^ et enfin des Gaulois innommés, groupés encore du temps de Tacite sur les Champs Décumates, dans la haute vallée du Necker (2).
La colonie des Helvétiens s'établit entre l'Hercynie, le Rhin et le Mein (3). Les Boîens gagnèrent les sources de FElbe et se répandirent dans les plaines de la Bohême , qui reçurent et qui ont gardé leur nom (4). Les Gothins, poussant plus loin, se fixèrent entre les sources de l'Oder et celles de la Vistule. Ils y étaient encore du temps d'Auguste, et ils y parlaient toujours la langue gauloise (5).
Où s'établirent les Tectosages? Problème sans solution précise, mais qui sera repris plus loin, à l'occasion du dialecte va-
(0 C'est la route que Strabon indique pour aller delà Gaule à la forêt Hercynie. Il fallait traTorser le Rhin, le lac de Constance et le Danube. — Slrab., Geograpk.f 1. VII^ cap. I, in fine.
(2) Tacit., Germania, lib. XXIX.
(3) Ibid., cap. XXVIII.
(4) ... Boii, gallicagens, tenuere. Manel adhuc Boïtiemi nomcn, significat que Ikd Teterem memoriam. — Tacit, Germania^ cap. XXVIII.
(5) Ibid,, CAP XLIII.