CHAPITRE HUITIÈMB
laque. César place les Tectosages près de la forêt Hercynie. Ils s'y maintenaient encore de son temps, avec une grande réputation de bravoure (1).
Laissons dans leurs sièges les colonies conduites ou précédées^^ par Sigovèse, jusqu'au moment où nous les verrons arriver, par lé bas Danube, jusqu'à la Mésie et à la Thrace, et suivons Bellovèse et ses hardis compagnons vers les plaines de l'Italie.
Bellovèse se dirigea vers les Alpes, suivi de Bituriges, d'Arvernes, de Sénons, d'Éduens, d'Ambares, de Camutes et d'Anlerques (â). C'étaient, comme leurs noms l'indiquent, des peuples du Berri, de l'Auvergne, de l'Auxerrois, des environs d'Autuii, de Chalon-sur-Saône, de Chartres et d'Ëvreux.
Arrivés dans le pays des Tricastins (3) et des*Celtoriens ou Sueltériens (4), peuples dont l'emplacement est rest^dans les noms de Saint-Paul-Trois-ChAteaux et de l'Estérel, les émigrants s'arrêtèrent à contempler la formidable barrière des Alpes, et à y chercher un passage. En ce moment, les Phocéens arrivaient d*Asie pour fonder Marseille (5). Les Gaulois les aidèrent à triompher des Salyes, populations féroces qui occupaient la côte.
Renseignés sans doute parles gens du pays, les Gaulois prirent leur chemin par les Alpes nommées plus tard Cottiennes et le pas de Suze, et descendirent chez les Taurins (6), dans les vallées du Piémont. C'était la route que beaucoup plus tard suivra Annibal.
Arrivés aux bords du Tésin, et le fleuve franchi, les Gaulois durent combatti*e les peuples qui occupaient le pays; C'étaient les Étrusques (7), nation alors la plus puissante de l'Italie, et qui l'occupait de l'une à l'autre mer (8).
(1) Gœsar, De belL gallic., lib. VI, cap. XXIV.
(2) Tit. Liv., Histor., lib. Y, cap. XXXI V. (S) JMd.
(4) Plutarque les nomme Celtoriens, m Camillo, cap. XV. Ce sont les 5tte/teri de Pline, Hist. naiur., lib. lil, cap. Y.
(5) n y a là un synchronisme important.
Scymnus de Chio fixe la date de la fondation de Marseille à Tan 120, aprèa la bataille de Salamlne, laquelle fût livrée la T* année de la 75* Olympiade.
Cette date répond à Tan de Rome 154, ou à i'ann'^ 599 avant l'ère vulgaire.
(6) Tit. LiT., lib. Y, cap. XXXIV.
(7) Ibid.
(8) Plutarq., in Camillo, cap. XVII.
Il se trouva que la région conquise, — c'était le Milanais actuel,— portait le nom de Terre des Insubres (i). Les Sénons, les Éduens, les Ambares, tous peuples de la Bourgogne actuelle, charmés de trouver dans leur conquête le nom d'une cité et d'une nation de leur pays, tournèrent le fait à heureux présage. Ils s'y établirent et y fondèrent une ville; ils la nommèrerit Milan (2).
Des sept nations conduites par Bellovèse et nommées par Tite- Live, celles qui appartenaient à la grande confédération des Éduens s'établirent seules, au nombre de trois, sur la terre des Insubres. Que devinrent les autres ? L'histoire se tait ; mais la géographie supplée un peu à son silence.
Les Garnutes descendirent le cours entier du Pô, et allèrent peupler \^ Alpes Cantiques et la Garniole actuelle, entre le Tagliamento et l'Izonso, où ils bâtirent Aquilée et Trieste^i
Les Arvernes ou Auvergnats pénétrèrent dans le Latium ; cela n'est pas douteux puisque, du temps de Lucain le Latium contenait un peuple dont les Auvergnats se disaient frères (3). Dom Jacques Martin, l'écrivain qui a porté la critique à la fois la plus hardie et la plus sûre dans l'étude de l'émigration gauloise, penche à croire que les Aurunces étaient cette vieille colonie d'Arvernes (4). Les Aurunces ou Arunces habitaient le nouveau Latium, au-dessus des montagnes de Formies, sur la rive droite du Liris ou Garigliano.
En ce qui touche les Bituriges et les Aulerques, compagnons de Bellovèse, il serait impossible d'indiquer la place qu'ils occupèrent, à moins de supposer qu'ils se réunirent à la deuxième colonne d'émigrants, composée de peuples voisins et à peu près de la même langue, et venant du Maine et du Perche, sous la conduite d'Élitovius.
Cette' deuxième émigration comprenait les Cénomans. Elle arriva par les mêmes défilés (5), et elle avait été appelée comme
(1) ... Quum, inquo coDsederant, agnim Insubrium adpellari audissent... — TU. Ut., Mb. V, cap. XXXIV.
(2)Mediolanuinappellarunt. — Tit. Ut., Hb. V, cap. XXXIV. — Mediolanum e8t la traduction latine.de Miélan, milieu du pays; plusieurs Tilles de la Gaule ont porté ce nom.
(3) ArTemiqueausi Latio sefingere fratres. ^Lucan., PharsaîA. I,t. bi. 427.
(4) D. Jacques Martin, Hist, des Gaules ^ etc., t. I, p. 22 à 24. (5; Til. Ut., lib. V, cap. XXXV.
CITAPITBE HUITIÈME. ^ 265
elle fui secondée par Bellovèse lui-même. Les Cénomans formaient une agglomération considérable, à en juger par le pays qu'ils occupèrent, à la suite des Éduens ou Insubres. Ils s'établirent entre l'Adda et TAdige, couvrant les vallées intermédiaires de rOglio et du Mincio, et ils bâtirent deux villes importantes, Brescia et Vérone (1).
Après les Cénomans eut lieu la troisième émigration, celle des Salluves (2). C'était une tribu de la puissante nation des Salyes (3), occupant toute la côte maritime de la Provence actuelle, entre l'embouchure du Rhône et celle du Var. Les Salluves prirent place le long du Tésin, près de leurs compatriotes les Ligures Lèves (4), établi? depuis longtemps entre les Insubres et le Pô, et qui bâtirent Pavie et Lodi.
La quatrième émigration fut la* plus puissante. Elle comprenait les Boîens et les Lingotis , arrivés, dit Tite-Live, par les défilés des Alpes Pennines (5), c'est-à-dire par la Maurienne et te mont Cenis.
Les Lingons étaient des peuples habitant le plateau de Langres.
Les Boîens, nation célèbre par ses pérégrinations, son courage et ses malheurs, appartenaient originairement à l'Aquitaine. Ils étaient partis des bords de l'Océan, qu ils couvraient depuis la Teste de Buch jusqu'à l'étang de Mimizan, s'avançant dans les terres jusqu'aux Sotiates au nord, et jusqu'aux Tarbelles au sud.
L'itinéraire d'Antonin place Boios , chef-lieu des Boîens, à 118 milles romains de Dax, et à 24 milles de Bordeaux (6).
En langue gauloise , cette métropole des Boîens s'appelait Boïns (7). Du temps de l'historien de Marca , le pays portait le nom de Buchs ou de Bouîès, et ses habitants se nomment encore aujourd'hui Bouïés ou Boujès (8).
(1) Tit. Ut., lib. V. cap. XXXV.
(2) /Wrf.
(3) StraboD les nomme Salyes, SdD.ut;, Ub. TV, cap. I, $. 3.
Tite-Lire les appelle Salyi, Ub. Y, cap. XXXI V. Pline et des inscriptions conservées par Gniter leur donnent le nom de Salluvii, Salluves. — • Plin., lib. III, cap. VII.
(4) Tit. Uv., lib. V, cap. XXXV.
(5) Ibid.
(6) Walckenaër, Géograph. ancienne des Gaules^ t. III, p. 107.
(7) Marca, Hist, du Béarn^ Ut. I, p. 30.
(8) Walckenaër, GeograpK, ancien, des Gaulei, t. I, p. 303.
266 LAXGUE FRANÇAISE.
On lit dans la Vie de Louis le Débonnaire, par TAstronome, qu'en Tannée 821 les Normands se jetèrent sur rAquUaîne^ et saccagèrent un bourg appelé Bouin (1).
Nous verh)ns les Boïens soutenir contre les Romains des guerres formidables, pendant deux siècles.
B^qvès le récit de Strabon, les Boïens s'établirent sur la rive gMMiie 4b 4PA, à «dté des Insubres (S); mais Tite-Live dit qu*8yai1t troofi oonyèe loate ia i^ion comprise entre le Pô et les Alpes, les Boïens et les Lingoos pesèrent le fleuve, et chassèrent devant eux les Étrusques et les Ombriens (3).
Il est certain que les choses se passèrent ainsi, sinon immédiatement, au moins peu d'années après l'arrivée de ce quatrième corps de Gaulois.
Les Étrusques, primitivement établis dans la Toscane actuelle, entre la mer et les Apennins, la Magra et le Tibre, s'étaient encore étendus, à une époque où Rome n'exerçait aucun empire en Italie, sur les deux rives du Pô (4), ou ils étaient voisins et rivaux des Ombriens (S). Bellovèseles avait chassés de la rive gauche ;. les Boïens et l.es Lin^ons les chassèrent de la rive droite.
Les Boïens occupèrent les pays de Parme, de Modène, de Bologne, ville qui portait alors le nom de Felsina, et qui était une cité étrusque, ainsi que l'ont confirmé des sépultures récemment découvertes (6).
Les Lingons, poussant un peu plus loin, s'établirent à la suite des Boïens, entre le Reno et le Montone.
Si l'émigration qui précède fut la plus puissante, celle des Sénons, qui suit et qui est la cinquième, fut la plus célèbre. Aux Sénons échut en effet l'action militaire qui a eu le plus de retentissement dans l'antiquité après la prise de Troie : c'est la prise de Rome.
Les Sénons étaient un peuple puissant, appartenant à la confédération desÉduens, et qui avait pour patrie les pays de Sens^
(1) L^Astronoma, Vie de Louis le Débonnaire, édit. de M. Guizot, p. 363.
(2) Sirab., Gjograph., lib. V, cap. I.
(3) Tit.Liv.,lib. V, cap. XXXV.
(4) /WJ., cap. XXXIII.
(5) Strabon., Geograph., lib. V, cap. I.
(6) Le comte Gozzadini a publié, en 1855 et 1856, des mémoires sur les découTerles faites dans les nécropoles de Pantique Felsina.
OBIAPITEE HUITIEME.
(f Auxerre et de Nevers. lis arrivèrent ies derniers; et, poittsMI encore au delà des Lingons, ils gagnèrent sur les Ombriens toute la contrée comprise entre le Montone et l'Esino (i), c'est-à-dice les territoires de Ravenne, de Forli^ de Saint-Marin et de Pézaro, jusqu'à Ancone.
Voilà placés sur le territoire italien, à l'aide des témoignages les plus précis de l'histoire, les peuples qui accompagnèrent ou qui suivirent Bellovèse, et qui ont été nommés par Polybe et p.ir Tite-Live ; mais d'autres nations Gauloises avaient passé les monts avant Beilovèse, ou s'y trouvaient établies lorsquMl arriva.
De ce nombre étaient les Taurins, les Lépontiens, les Libuens, les Orobes, et, les plus importants de tous, les Yénètes et les Ligures.
Les Taurins, ancêtres des Piémonlais, étaient gaulois ; ik différaient des gaulois transalpins, dit Polybe, non point par la race, mais par le nom (2). Un peu plus loin, à l'occasion de la prise de Turin, leur ville capitale, par Annibal, il mentionne la terreur que cet acte d'énergie inspira aux autres Celtes du voisi* nage (3).
LesLépontins habitaient les Alpes-Graies, et avaient pour centre Domo-d'Ossola.
Les Libices ou Libuens étaient groupés autour de Yerceil.
Les Orobes, colonie de Yolsques Arécomlces, venue des bords de rOrbe (4), avaient pour villes Cdme çt Bergame.
Les Yénètes, peuple très-anciennement établi en Italie, dans le pays qui a gardé leur nom, et auprès desquels vinrent s'établir les Carnutes, arrivés avec Bellovèse, sont d'origine gauloise, appartenant à la souche des Bretons de Vannes.
Slrabon pose nettement la question de leur origine, en rappelant qu'il y avait deux opinions historiques à ce sujet.
a Les uns, dit-il, en font une colonie des Yénètes qui habitent les bords de l'Océan ; les autres veulent qu'ils soient les Hénètes de Paphlagonie, échappés du siège de Troie avec Anténor (5).
(1) Til. Lit., Kb. V, cap. XXXV.
(2) Polyb., Bitior., Ub. Il, cap. XV.
(S) IHd., Hb. III, cap. LX.
(4) Dora Jacques 11 artin nous parait aToir claireroeot établi ce fait, sur de* antorités certaiaes. Voy. son HiMoire des Gaules, i, I, p. 215, 286.
(5) Strab., Cteograph,, lib. V, cap. I.
Polybe, historien sévère, qui avait étudié les Celtes en vivant au milieu d'eux, n*hésite pas à comprendre les Yénètes dans le dénombrement des nations gauloises qui s'étaient partagé l'Italie transpadane. a Par les mœurs et le costume, dit-il, ils diffèrent à peine des Celtes, mais il parlent une autre langue (i). »
Scymnus de Chio, qui écrivait environ 120 ans avant l'ère chrétienne, parlant des nombreuses tribus de Gaulois établies dans le midi de l'Espagne, dit : a Parmi ces Celtes, je compte les Yénètes, lesquels sont frères de ceux qui sont établis le long de la mer Adriatique (2).
Enfin, l'empereur Julien, si savant en toutes matières, n'hésite pas à dire que les Yénètes, qui avaient une écriture à eux, appartenaient à la nation gauloise (3).
Restent les Ligures, compris entre la Magra et le Yar, et couvrant les deux versants de TApennin.
Quoique Strabon déclare que les Ligures sont une autre nation que les Celtes (4), il ne faut pas attribuer à cette expression un sens plus étendu que le mot ne le comporte dans les habitudes de cet écrivain. C'est ainsi que les quatorze peuples gaulois, compris entre la Garonne et la Loire, et réunis par Auguste à l'Aquitaine de César, sont désignés par lui comme autant de nations différentes des Aquitains (5), quoique les uns et les autres appartinssent à la race celtique.
ï.es Liguriens différaient donc des Celtes au même degré où ceux-ci différaient des Gaulois, des Aquitains ou des Belges. C'était une différence nominale et géographique.
Au Yar, où finissaient les Liguriens, commençaient les Salyes, qui s'étendaient jusqu'à Marseille et un peu au delà (6). Ces Salyes étaient des Gaulois. Les Grecs les nommaient anciennement Ligyes, ce qui était, dans la langue grecque, le nom même des Liguriens ; et Strabon ajoute que dans la suite des temps ces mêmes Grecs appelèrent ces peuples Celto- Ligyes, ce qui est l'équivalent de Celto-Ligures (7).
(1) Polyb., Hiêtor., lib. II, cap. XVII.
(2) Scynni. Cbias, vers. 190.
(3) Jalian. Opéra, Comt. panégyric, II, cap. XVI.
. (4) O^Toi 8*iT6poeOvet; piÉv el«i... — Strab., Ceograph.y lib. II, cap. V.
(5) ...Te'rTapc;xai8ex« lO^/v) tûv pteraÇù toO Tapoûva xal xoO AetY^ipo; ico- Toe^iov. — Hid., lib. iy,'cap. I.
(6) Strab., Geograph., lib. IV, cap. VI.
(7) Ibid.
CHAPITBE HUITI^MB. 269
Polybe n'hésite pas à considérer les Ligures comme des peuples gaulois (1) ; et l'empereur Julien exprime une opinion exactement semblable -{2).
Mais ce qui ne laisse aucun doute sur l'origine gauloise des Ligules italiens, c'est qu'elle était reconnue par ces Ligures euxmêmes.
Lorsque Marins fut envoyé dans la Gaule, ICI ans avant Tère vulgaire , pour s'opposer aux Teutons et aux Ambrons, revenant d'Espagne en Italie, en suivant les bords de la mer, il alla, comme on sait, les attendre sur la rive gauche du Rhône, près de Martigues. Les Barbares, après avoir vainement essayé de forcer le camp du consul, passèrent outre, et Marins les suivit et les joignit près des sources thermales d'Aix , où eut lieu la bataille.
Les Ambrons, qui s'engagèrent les premiers, poussaient dç grands cris, et répétaient souvent leur nom d'Ambrons. «Les premiers d'entre les Italiens qui marchèrent contre eux, dit Plutarque, étaient les Liguriens, -qui entendirent ce nom et qui le répétèrent, eix disant que c'était leur nom national. En effet, les Liguriens reconnaissent qu'ils appartiennent à la race des Ambrons (3). »
Or, les Ambrons étaient des Gaulois, et ils formaient Tun des quatre cantons des Helvétiens (4).
Voilà donc l'Italie enserrée de tous les côtés par des peuplés gaulois, dont les innombrables tribus y apportèrent leurs innombrables dialectes.
A l'ouest, les Gallo-Ligures l'enveloppaient, le long de la Méditerranée, depuis le Var jusqu'à la Magra.
A l'est, la côte gauloise commençait à Trieste, et, contour^ nant le golfe de Venise,. descendait jusqu'à Ancône.
Au nord, les nations gauloises occupaient toutes les vallées des
(1) Polyb., HisL, lib. in, cap. LX.
(2) Julian., Oper. Constant, panegyric. II, cap. XVI.
(3) Voici le passage de Plutarque :
T«&v 2*iTaXi)(âv. icpÂâtot xatafoivwre; lie* avtov; Aiv^f ^^ ^xouaov ^ocâvrcov %a\ ov-.iSxov, &vT<p^»vQuv lud aOrol t^v icdtpiov iicCx>.Y)9iv otvmAv elvai* o:f&; yàçi avToù; outw; 6vo|Aa2;ouai xotà ^ivoç Aiifve;. — Plotarq., in Mario^ cap. IX.
(4) Il ne saurait y avoir le moindre doute à ce siyet . — Voir Strabon, Geog.. lib. IV, cap. l. — Etttrop., lib. V, et les sommaires des livres LXV et LXVUI de Tile-Live. •
270 LANtiUE FRANÇAISE
Alpes, depuis Nice jusqu'au Saint-Bernard, et les deux versants de la vallée du Pô jusqu^aux Alpes Juliennes.
Au sud , les Gaulois possédaient la plus grande partie de la €alabre. C'étaient même des Sénons, la nation qui prit Rome. Ils y étaient encore du temps d'Appien, sous Auguste, e{ en si grand nombre, que la Calabre en avait pris le nom à* Italie gauloise (4).
C'est dès l'époque même de leur émigration que les Gaulois Sénons avaient gagné l'extrémité méridionale de l'Italie. Ceux qui assiégèrent Clusium avant de prendre Rome venaient de la Daunie; et c'est autour de Locres qu'ils étaient établis lorsqu'ils firent alliance avec Denys, tyran de Sicile, quelques mois après la prise de Rome (2).
Mais ce n'est pas tout. Les Gaulois occupaient encope la Fouille, à l'ouest de l'Italie (3); et, l'an 186 avant l'ère vulgaire, une colonie de 70 mille Liguriens fut établie au centre même, dans le Samnium (4).
Un philologue lombard, Bemardino Biondelli, dans son curieux et remarquable Essai sur les dialectes gallo-celtiques^ délimite ainsi que nous venons de le faire les dialectes des gaulois conquérants qui s'établirent dans la haute Italie.
Il en compte quatre familles : — - la ligurienne ou génoise ; — la vénitienne; — la carnique ou frioulane; — la Gallo-italique.
La famille ligurienne est comprise entre la Magra, Menton, l'Apennin et la mer.
La vénitienne s'étend de l'Adriatique^ au delà des embouchures du Pô , jusqu'au lac de Garde et au Mincio, et de la chaîne des Alpes au Pô.
La frioulane occupe seulement l'extrémité de Tangle oriental
(1)... OlxoOat ôavTÛv xà pièv "EÀXrive; àtiçi ti^.v 'loviov àxn^v, xà Si Àoticà KeÀ-
xaXoOoiv ^IraXfav roXatixiQv. — Appian., De bell. Annibal.^ p. 550, édit. Ani8te> lod., 1670.
(2) C*est là que les place expressément Justin, lib. XX, cap. V.
(3) Tite-Live, en divers endroits, assigne aux Gaulois comme établissemenls d'où ils venaient attaquer Rome, et où ils se retiraient, la Campanie, la Fouille et les bords de la mer Inlériemê. Voy. lib. V, cap. LX; lib. VII, cap. I, II,
(4) /ftW., lib. XL, cap. XXXVIII.