‹ Histoire des origines de la langue franc̜aiseChapitre 142 sur 256 · LES «OMBRIENS · texte numérisé non relu

LES «OMBRIENS

La plus grande et la plus importante des nations primitives de l'Italie, c'était celle des Ombres ou Ombriens.

L'Ombrie, si on la considère dans la situation que lui laissa le développement de la puissance des Étrusques, était une région de forme à peu près rectangulaire, comprise entre l'Adriatique^ le Rubicon, le Tibre, la Néra et TEsino, et divisée par l'Apennin en deux parties^ mais c'était TOmbrie déchue ; elle s'était primitivement étendue beaucoup plus à l'ouest, entre l'Apennin et le Pô, avant d'être absorI>ée dans l'Étturie circumpadane..C'.e9t à ce titre que Servius la nooMnait a une partie de l'Étrurie (3) »,. et que Pline rappelait que les Étrusques lui avaient enlevé trois cents villes (3).

Tous les historiens sont unanimes pour faire des Ombres le peuple le plus ancien de l'Italie, c'est-à-dire pour les placer, à. cet égard, au rang des nations réputées autochthones, comme les Sicules et les Aborigènes.

« Les Ombriens, dit Pline, passent pour la nation la plus an* cienne de l'Italie (4). » Florus s'exprime à leur sujet dans les

(1) Denys d'Halicamasse fait desSicolesdes autoclitfaones du territoire de

Rome nxXaiÔTOcxoi tûîv (jLvv)|iovevo(uvMv Xîyovtxi xatee^x'^'' pdp6aipot rixe>.oî,

iOvoc aOOiYivé;, lib. I, cap. IX.

Ces Sicules, si antérieurs aux Romains, et même aux Latins, appelaient la gelée, gélu, un liippodrome eampos, et un lièvre léporit, --Voy. Fabretli, Glossar. ifalic, verb. Gelu, eampos, leporis.

(2) Umbria.pars TiisciM. Servius, jEneid,, lib. Xlf, vers. 753.

(3) Plin., HUior, nat., lib. III, cap. XIX.

(4) Umbrorum gens antiquissima Italiœ existiroatur. — Plin., Histor. nat,^ lib. III, cap. XIX.

mêmes termes (i); et Denys d'Halicarnasse les considère comme les peuples naturels du Réatin (2).

Enfin Strabon constate qu'avant rétablissement de la puissance romaine les Ombres disputaient aux Étrusques la domination de l'Italie (3).

A quelle branche de la famille humaine appartenait la nation ombrienne ?

A cette question, l'histoire répond sans hésiter que les Ombriens étaient Gaulois d'origine.

Solin , compilateur qui écrivait vers le milieu du second siècle , rapporte en ces termes l'opinion de Bocchus , roi de Mauritanie, beau-père de Jugurtha, et historien estimé, ainsi que celle de Marcus Antonius » le grand orateur :

a Bocchus déclare que les Ombres soiit une race d'anciens Gaulois. M. Antonius rapporte que les Grecs les ont appelés Ombriens, parce qu'ils survécurent à l'inondation, pendant le désastre du déluge (4). » '

Servius, célèbre commentateur de Virgile, confirme la même tradition : a Marc Antonin, dit-il, raconte que les Ombres sont certainement une race d'anciens Gaulois (5) »

L'origine gauloise des Ombriens ressortira d'ailleurs clairement, au chapitre suivaitt, de l'examen de leur langue, dans laquelle se retrouvent les éléments de nos patois.

Avec les Aborigènes, les Sicules et les Ombres finit la liste des nations établies en Italie aux époques antéhistoriques , car l'arrivée des Pélasges et des Étrusques appartient aux époques datées avec certitude.

Quant aux autres nations italiennes, telles que les Sabins, les Picentins, les Samnites, lesOsques, les Lucaniens, lesBrutiens, c'étaient autant d'émigrations ou d'extensions des Ombres,

(1) Flor., lib. I, cap. XVII.

(2) Dion. HaKc, Ub. I, cap. XLIX.

(3) Strab., lib. V, cap. ï, S 10.

(4) Bocchus absolvit Galloram veterem propagîDemUinbros esse. M. Antonius refert eosdem, etc.... — Solin. Polyhist., Ub. I, cap. II. —Dans la tradition rapporta par M. AntoniuSf le nom des Ombriens venait da mot grec &ft^^ signifiant pluie.

(5; Sane Umbros veterum Gallorum propaginem esse M. Antoninos refert. — Senr. , jEneid., lib. XII, vers. 753. —Le texte de Senrius, Leovard'ur, 1717, in-4*, porte M. Antoninus, ce qui semblerait désigner Marc-.\urèle.

Page 1