CHAPITRE HUITIÈME
parties du giron national sous la conduite du Pic fatidique , et avec les cérémonies traditionnelles du printemps sacré. On sait que ce nom désignait la génération complète de tous les honmies et de tous les animaux nés pendant un printemps voué par avance aux dieux, et qui devaient émigrer en d'autres pays, pour éviter un holocauste réel (1).
Il n*est pas douteux que les Sabins fussent une colonie ombrienne, passée sur les bords de la Néra, car Denys d'Halicarnasse l'établit à l'aide d'autorités qui n'ont pas été contestées (â). Strabon ajoute que les Picentins étaient des Sabins, qui avaient émigré sous la conduite du AVr (3). Les Sabins nommaient le pic oiseau Sancal (4) , c'est-à-dire encore oiseau />erreur, car dans le dialecte de la Basse Bretagne percer se dit sanka.
Restent les deux grands problèmes de l'ethnologie italienne , c'est-à-dire la nationalité des Pélasges et des Étrusques. Nous croyons que l'état actuel de la philologie permet de les résoudre d'une manière satisfaisante.,
LES PÂLASGES.
La nation des Pélasges ofTre ce singuliei^ caractère, d'avoir laissé en Europe des traces impérissables de son passage, et d'avoir disparu en emportant avec elle le mystère de ses origines.
On peut dire qu'en Grèce tous les poètes depuis Homère, et tous les historiens, depuis Hérodote, ont parlé des Pélasges. Ils ont été unanimes à reconnaître en eux un peuple militaire, agricole et religieux , toujoui's «gité par l'esprit de lutte et le goût des aventures; mais il faut une connaissance approfondie de l'antiquité et une critique à la fois hardie et prudente pour mettre de l'ordre, de Ja clarté et de la précision dans le résumé général des migrations, des établissements, des destinées de ce peuple, qui est resté depuis trois mille ans l'une des énigmes de l'histoire.
(1) Toir, sur le ver sacrum, Festus, p. 8, du manuscrit de la bibliothèque F^rnèse, publié par Egger ; Paria, 1838.
(2) Dion. Halic, lib. 11, cap. LXIX.
(3} Strabon., Ub. Y, cap. IV, S 2-
(4) Atîs Sanqualis. * TU. Liv., lib. XLI, cap. Xin.
Un savant français, Larcher, nous parait être celui qui a débrouillé avec le plus de sagacité et de sûreté les traditions relatives aux Pélasges. Nous croyons donc ne pouvoir mieux faire nous-mêmes que de suivre et de résumer son travail.
Toutefois, quelques mots préliminaires sont nécessaires pour distinguer les deux grandes familles de peuples qui s'établirent dans la Grèce.
La Grèce et les Grecs reçurent leur nom usuel des Romains et de la langue latine. Dans leur langue , les Grecs se nommaient Heilènes, et leur pays Hellade, Il n'y a pas dans la langue grecque de root correspondant au nom latin Grcecia, Grèce (i).
L'Hellade ou la Grèce fut peuplée du nord au sud. La famille hellénique partit de la Thessalie^ oii elle était établie entre le Pénée et TAsope ; elle comprenait deux branches distinctes; TIonienne, qui produisit le rameau attique, et TÉolienne, qui produisit le rameau dorique. D'abord , les Hellènes ne franchirent pas l'isthme ; la branche ionienne s'établit à gauche , dans la Béotie et l'Attique ; la branche éolienne s'établit à droite, autour et dans les vallées du Parnasse, en Phocide (2).
Plus tard, toutes les parties de la famille Hellénique gagnèrent le Péloponèse, les ileset l'Asie Mineure.
Mais pendant que l'Hellade était peuplée du nord au sud, les îles et le Péloponèse étaient envahis du sud au nord par une famille de Grecs très- différente de l'hellénique, et divisée en trois rameaux , qui étaient les Cariens, les Lélèges et les Pélasges.
Ces trois tribus étaient.réellement grecques', puisque le fond de leur langue était composé de mois grecs*; mais elles n'étaient pas helléniques, car leur langue n'avait pas la grammaire des Hellènes», et ceux-ci les traitaient de Barbares.
Trois traits constituaient à ces tribus un caractère national commun : elles étaient exclusivement guerrières, servant comme mercenaires, quand elles n'étaient pas en armes pour leur compte; elles couvraient l'Asie et les îles de châteaux fortifiés et de grands tombeaux élevés à leurs chefs, et elles parlaient
(i)On trjuTera dans le Tfirésoràe Henri EsUenne, au mot rpocixo;, les trois ou quatre cas dans lesquels ce mot est employé par des auteurs anciens dans le sens de grec.
(2) L'histoire de la famille hellénique est très-exactement rapportée dans Strabon, lib. VIII, cap. I, II et seq.