‹ Histoire des origines de la langue franc̜aiseChapitre 144 sur 256 · CHAPITRE HUITIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE HUITIÈME

cette langue à vocabulaire grec, traitée de barbare par les Hellènes (1).

Maintenant, nous allons détacher de l'histoire de ces tribus celle des Pélasges.

Les Pélasges apparaissent en Europe un peu plus .de dixneuf siècles avant l'ère chrétienne. On les trouve dans le Péloponèse, dont ils occupent la partie orientale, ou TArgolide. Ils émigrent vers l'an i896, et passent vers la partie occidentale entre l'Alphée et le golfe de Messène, dans le pays appelé depuis Arcadie.

Treize ans après, vers l'an 1883, les Pélasges émigrent de nouveau, passent l'Isthme, traversent le pays appelé depuis l'Hellade, et s'établissent en Thessalie, entre le Pénée au sud, le mont Olympe au nord, la mer Egée à l'est, le mont Pœus à l'ouest Ce pays prit le nom de Pélasgiotide.

Après un séjour d'environ trois cent quarante-deux ans, 1541 ans avant l'ère vulgaire , de nouvelles tribus pélasgiques, venues aussi peut-être du Péloponèse, envahissent la Thessalie; et la nation primitive, chassée de ses demeures, se disperse.

Ces émigrants vont, les uns sur le haut Pénée, en Estiotide, les autres en Béotie , en Phocido^ en Asie Mineure, sur les bords de THellespont; mais la plus forte colonne prit à l'ouest, doubla le golfe d'Ambracie, et s'établit en Thesprotie, autour de Dodone , célèbre par l'oracle de Jupiter, qu'elle y fonda.

Dodone porte aujourd'hui le nom de Gardiki, un peu à l'est de la vallée de Janina, dans l'Albanie.

Ces Pélasges de Dodone sont les seuls qui resteront désormais dans l'histoire, et dont nous aurons à suivre les migrations, car nous allons les voir arriver en Italie.

Quelle route vont-ils tenir?

Dans la Thesprotie et à Dodone , ils étaient en face de Corcyre ou de Corfou, et, de là à peu de distance du cap le plus oriental de la Calabre, d'où ils auraient pu naviguer, en suivant la côte, jusqu'aux embouchures du Pô.

Ont-ils pu en ces temps reculés, où des forêts inextricables couvraient l'Europe, remonter au nord par terre, à travers les pays alors innommés et qui s'appellent aujourd'hui le Monté-

(1) On trouvera drs notions précises sur cette famille spjciale de Grecs dam» Hérodote, lib. I, cap. 67 ; dans Strabon, Itb. VIII, cap 6 ; et cap. XIV, cap. II.

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négro, l'Herzégovine, la Dalniatie, l'IUyrie, et pénétrer en Italie par les défilés des Alpes carniques?

Le fait est qu'on les trouve arrivés à la bouche la plus septentrionale du Pô, vers l'an 1400 avant l'ère vulgaire. Ils y fondèrent la ville de Spina, qui donna le nom de Spinétique à cette embouchure du fleuve.

C'était six siècles et demi avant la fondation de Rome , et.cent trente ans avant la prise de Troie.

Après leur arrivée en Italie , les principales bandes pélasgiques pénétrèrent dans l'Onibrie, en la traversant, s'allièrent aux Aborigènes, et s'établirent parmi eux. Les uns et les autres , descendant la crête de l'Apennin dans le sens de la vallée du Tibre , atteignirent et dépassèrent les lieux où plus tard fut bfttie Rome ; et c'est vers l'année 1350 que, poussant plus loin encore vers le sud-est, les Ombriens, réunis aux Pélasges, chassèrent les Sicules delà basse Italie, et les rejetèrent en Sicile, d'où ils ne sont plus sortis.

Quittons ici un moment l'analyse du récit de Larcher ( i ), et examinons, avec un autre savant français, Petit-Radel, les points précis où la nation pélasgique assit son pouvoir passager et imprima les traits ineffaçab\jes de sa mémoire.

Quelque accrédités que soient les témoignages de l'histoire, il est toujours important , lorsqu'il s'agit d'époques aussi reculées, que ces témoignages soient confirmés et expliqués par des preuves matérielles et irrécusables, comme le sont les médailles ou les monuments.

Les Pélasges ont semé leur route à travers l'Asie Mineure , la Grèce, l'Italie, l'Archipel grec, la Sicile, la Sardaigne, l'Espagne , de monuments que leur originalité désigne aux yeux les moins attentifs , et qui , encore debout en ce moment, défient les éléments depuis plus de trente siècles.

Ce sont les murs que déjà du temps d'Hérodote on attribuait aux Gyclopes.

Le caractère de ces murs, employés aux enceintes des villes, aux citadelles, aux temples, est d'être construits en polyèdres

(1) Larcher, Essai de chronologie d' Hérodote, chap. VIII, où se trooTent rapportés , comparés et coordonnés , avec une remarquable netteté , tous les témoignages des anciens poètes et des anciens liisloricns sur les diverses brandies de la nal'on dej* Pélaiigps.

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