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CHAPITRE HUITIÈME

irréguliers, taillés à la règle flexible de plomb, et ajustés, en blocs énormes, sans ciment. Aristote et Euripide parlent de cette règle, qu'ils appellent, Euripide la règle phénicienne, et Aristote la règle lesbienne (1); et Denys d'Halicamasse rapporte qu'elle fut remplacée, dans l'architecture de l'Italie, par la règle droite^ dont Taix|uin l'Ancien introduisit l'usage à Rome (2).

Les murs pélasgiques étalaient depuis bien des siècles aux yeux des savants et des artistes l'enseignement si précieux qu'ils contiennent, sans que personne eût pénétré leurs mystères, lorsqu'un Français, Petit-Radel, allé en Italie, en 1791, pour herboriser, en rapporta et expliqua, en 1802, devant l'Institut surpris et convaincu, la légende historique d'un des peuples les plus anciens et les plus singuliers de l'Occident, écrite en monuments indestructibles.

La révélation de Petit-Radel s'imposa comme la vérité ellemême; et aucun doute ne s'est élevé depuis lors sur la nature pélasgique des monuments caractérisés par la construction polyédrique et irrégulière qu'il avait signalée (3).

Grâce à ses travaux, nous pouvons donc, avec toute certitude, suivre le mouvement des Pélasges en Italie.

Nous avons vu arriver les Pélasges par le nord de l'Ombrie, et descendre au midi, vers la Sabine et le Latium. Cette marche historique est matériellement confirmée par la construction de deux villes pélasgiques, Spolète, sur la rive droite de la Nera, et Ameria, sur la rive gauche du Tibre. Dans ces temps reculés les Ombres s'étendaient à l'ouest, puisque Pline dit qu'ils confinaient aux Ligures. C'est donc probablement à l'époque où ils étaient mêlés aux Ombres que les Pélasges bâtirent sur la rive droite du Tibre, au-dessus du lac Trasimène, la ville de Cortone, dont les Étrusques s'emparèrent plus tard.

Il est à remarquer que la.nation pélasgique ne s'établit pas

(l)...Tà Kvx>.wKtdv pâOpa, 4»oîvtxixavdvi.... — Eurip., Hercul. /Vtr.^acl.y, V. 946-7.

ToO Y^P iopîffTou iépiatoc xal 6 xoivcov iotiv, «uaicep xal xf); Ataéîoi; otxoSopifSc 6 (AoXiéStvo; xavcav* icpoc ^^ ^^ ^X^l^ ^^^ ).C6ou {uxaxiveïtai, xai oO |Aévgi 6 xavcov. — Aristolel., Elhic. Nicomach,, lÛ). V, cap. XI V.

(2)... HpâToc tôoxifjLOtae XiOoi; &{&a^iaioic flpYQ(a|&fvci; icpo^ xavova xaiaoxcu^- Cetv. — Dion. Halicarn., lib. III, cap. LXVII.

(3) Voir Petit-Radel, Recherchais sur les monuments Cyclopéens ou Pélas^ giqueSy Paris, 1841,iii-8^

au nord de ritalie au delà d'une ligne transversale et un peu brisée, tirée deSpolète àCortone, par Ameria.

Le séjour des Pélasges parmi les Sabins est marqué par la fondation de quatre villes, Tiore, Suna, Vesbola et Fundi.

Tiore offre encore à Torano, sur la route de Riéti à Rome, près de Monte-Gastori, les restes du temple de Mars, où le Pic sacré rendait les oracles, à l'imitation des colombes de Dodone. Suna s'appelle aujourd'hui Alsana ou Alzana, et Vesbola montre ses ruines près du bourg de Marmosedio. Fundi n'a pas changé de nom, ce qui montre que les terminaisons des noms en i, comme Arpi desDauniens et Garsoli des Marses, appartiennent aux patois de l'Italie primitive.

En poussant au midi, les Pélasges dépassèrent à peine le cours du Liris, ou Garigliano. On ne trouve en effet au delà de cette ligne que deux villes pélasgiques, Albe des Marses, un peu au nord du lac Fucin, et Bovianum, aujourd'hui Boiano, chez les Samnites.

G'e'st donc à l'orient de Rome, dans les montagnes des Vokques et des Herniques, que les Pelages fondèrent leur puissance sur * la rive gauche du Tibre. On trouve en effet dans cette région quatre villes chez les Yolsques :.Setia, aujourd'hui Sezzia; Signia, aujourd'hui Segni ; Gora, aujourd'hui Gori ; et Norba, qui n'a pas changé de nom. On en trouve deux chez les Herniques : Alatrium, aujourd'hui Alatri, et Ferentinum, aujourd'hui Ferentino ; et enfin au delà du Liris, Arpinum, aujourd'hui Arpino, patrie de Marius et de Gicéron, et Atina, aujourd'hui Gitta d'Antina.

Le vieux Latium ne contient que trois constructions pélasgiques, la ville d'Ardea, chez les Rutules, dont les ruines encore debout appartiennent aux princes Gesarini, le temple de Gircé, sur le mont Gircello, et le temple de Feronia, près de Terracine.

Maîtres du cœur de l'Italie, les Pélasges étendirent encore leur puissance au delà du Tibre, dans ces riches contrées qui prirent plus tard le nom d'Étrurie et de Toscane. Les historiens leur attribuent unanimement la construction d'Agylla, nommée plus tard Gœre, et aujourd'hui Gervetri, sans qu'il soit resté de traces de leurs constructions; mais on en retrouve les caractères manifestes dans les ruines de Gosa, devenue Ansedonia, sur les bords du lac de Burano; dans celles de Salurnia, sur l'Albegna; enfin dans celles de Rosellae, aujourd'hui Roselle, sur l'ancienne voie Claudia, un peu au nord de Grossetto, au centre de la Maremnie toscane.

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