VALAQUE
GASCON
Deu.
Dieu.
Dcu. Roussit Ion.
Gust.
Goût.
Gous.
Fùu.
Fils.
Fil. Languedoc.
Femée.
Femme.
Fenno. Languedoc.
Manta.
Mante.
Mant%,
Nepol.
^'e?eu.
Nébout
Lac.
Lac.
Lac.
Nas.
Nez.
Nas.
Om.
Homme.
llomé.
Cane. •
Ciiien.
Can.
Munte.
Mont.
Mountagno.
Soare.
Soleil.
Sourcil.
Fraie .
Frère.
Fray.
Dintc.
Dent.
Dén.
Manft .
Main.
Man.
Fleure.
Fleur.
Flou.
Slea.
Étoile.
Stello.
Mâmâ.
Mère.
Mama.
P4râ.
Poire.
Péro.
Brats.
Bras.
Bras.
Cocos.
Coq.
Coq. Bretagne.
Adjectifs,
Curat.
Nettoyé.
Curat.
Fragel.
FragUe.
Fragile.
Bun.
Bon.
Boun.
Mctî.
Mon.
Méou. Languedoc.
Tett.
Ton.
Toun.
Acest.
Celui-là.
Aqiiét.
Toi.
Tout.
Tout.
Toata.
Toute.
Toulo.
Mut.
Muet.
Mut.
Plin.
Plein.
Plén.
Ros
Rouge.
Bougé.
Vende.
Vert.
Verbes (1).
Berd.
A naste.
Naître.
Nachc.
A su ride.
Sourire.
A dormi.
Dormir.
Dourmi. Languedoc.
A cresce.
Croître.
Crescbé.
A se in^rasa.
Engraisser.
S'engrécha.
(1) Le verbe valaquea pour signe caractéristique d*avoir toujours l'infinitir, mais rinfinitif seulement, précédé de Tencly tique A. — Avoir ^ A Avé. — Faire, A Face.
CUAPITRE UUITIÈME. 317
VALAQCF..
GASCON
A lussi.
Tousser.
Toqssi.
A canla.
Chanter.
Çanta.
Ada.
Donner.
Da.
A taie.
Tailler.
Tailla.
A se culcà.
Se coucher.
Se coucha
A cumpara.
Acheter.
Croumi^a.
A leg;i.
Lier.
Liga.
A asigura.
Assurer.
Asségura.
Ces petits tableaux du substantif, de l'adjectif et du verbe valaques suffisent à prouver matériellement que la langue des roumains est gauloise, et de plu> qu'elle appartient aux dialectes iVoc, L'auvergnat, le languedocien et le gascon actuels semblent être les dialectes qui se rapprochent le plus du valaque. Toutefois, cet idiome a deux caractères , qu'il ne faut point passer sous ' silence.
D'abord , il forme le pluriel des substantifs, non à la manière du gascon, du languedocien et de l'auvergnat , par l'addition d'une s, mais à la manière des dialectes italiens et provençaux, en ajoutant au singulier e ou i; ensuite, à l'exemple du basque, il place l'article après le substantif. L'article masculin est 7 ou le; l'article féminin est a ou oa. On dit donc, en valaque, cane chien, caneiEie chien ; — muîére, femme, muïérex la femme.
Quelle est la souche gauloise à laquelle il convient de rattacher le rameau valaque? L'opinion généralement adoptée est que la Valachie représente la Dacic de Trajan, et que les Valaques sont les descendants des. colons tirés de toutes les parties du monde romain que cet empereur y établft, d'après le témoignage de son historien Lulrope.
Un examen plus attentif de la question nous a ramené à une opinion différente.
D'abord, au point de vue géographique, la Dacie de Trajan différait d'une manière considérable de la Valachie. Celle-ci possède au plus la moitié de l'étendue de celle-là,
La Dacie de Trajan était comprise entre les Carpathes au nord , le Danube au sud, le Pruth à l'est , la Theiss à l'ouest. Ce sont les limites que lui donne Cellarius , le géographe le plus sûr en ce qui touche le monde ancien (i). Il faut donc, pour arriver à la Valachie, retrancher de la Dacie de Trajan la Tran-
(1) Cellarius, Notitia orbis aniiqui, t. I, lib. II, cap. YIII, sect. 4, $ 84.
sylvanieet une partie de la Hongrie au nord, et le Bannat à l'ouest.
D'un autre côté, s'il est vrai que Trajan transporta en Dacie des colons recueillis dans toutes les parties du monde romain , il l'est aussi que sous Gallien la Dacie fut conquise par les Goths , et que sous Aurélien tous les colons romains, ceux des campagnes comme ceux des villes , durent abandonner la Dacie, et furent transportés sur la rive droite du Danube, dans les deux Mésies, c'est-à-dire en Bulgarie, en Servie et en Bosnie : le témoignage d*Eutrope est formel à ce sujet.
0 Aurélien, dit-il, fit un désert de la Dacie, que Trajan avait constituée province romaine au delà du Danube, carie ravage de toute riUyrie et de toute la Mésie lui enleva l'espoir de pouvoir conserver cette province; il retira donc les colons romains des villes et des campagnes , et les plaça au milieu de la Mésie ; de sorte que la Dacie se trouve maintenant à la droite des bouches du Danube, après avoir été précédemment à leur gauche (i). »
Tel était l'état des choses sous Valens, mort en 378, et auquel Eutrope dédia son livre ; mais un siècle plus tard, vers 480, Odoacre rappela de la Mésie et fil rentrer en Italie toutes les familles qui avaient colonisé la Dacie. C'est ce que dit formellement Eugyppe dans la vie de saint Séverin (2), apôtre du Norique.
Deux grandes raisons nous semblent donc repousser l'opinion généralement reçue au sujet des Valaques , et qui fait d'eux les descendants des colons établis par Trajan dans la Dacie.
Premièrement, les colons de Trajan furent tous transportés en Mésie, sur la rive droite du Danube, sous Aurélien. Eutrope dit qu'on ne laissa personne ni dans les villes ni dans les campagnes. En outre et plus tard ces colons furent tous ramenés de Mésie en Italie, par ordre d'Odoacre.
Il est vrai qu'Ubicini et la plupart des historiens de la Yalachie admettent que les colons ruraux, c'est-à-dire les paysans de Trajan restèrent en Dacie. Mais ce n'est là qu'une hypothèse gratuite, contraire au texte d'Eutrope , qui dit qu'on ramena aussi les populations rurales, abductos romanos... ex agris. Ce qui prouve d'ailleui's que ces émigrations étaient complètes , c'est que les colons de Trajan, transportés en Mésie, où ils restèrent cent ans, et ramenés en Italie par Odoacre, n'y ont laissé aucune trace de leur
(1) Eulrop., lib. IX, cap. X.
(2) C ni versos J assit ad Italiam migrare ilowMsrno*. — Eugypp. Vit. sandi Séverin.
CHAPITBE HUITIÈME. 31 tT
passage. On parle slave , et non gaulois^ en Bulgarie , en Servie et en Bosnie .
Deuxièmement, s'il était resté des colons ruraux de Trajan dans la Yalachie actuelle, qui n'était qu'une partie de l'ancienne Dacie, il en serait resté par la même raison dans la Transylvanie , qui faisait également partie de la Dacie, et Ton parlerait gaulois Témeswar, ce qui n'est pas.
En résumé, la sortie complète des colons de Trajan de la Dacie, leur translation sur la rive droite du Danube en Mésie, sous Aurélien , et leur nouvelle émigration de la Mésie en Italie , sous Odoacre, nous paraissent repousser d'une manière absolue l'opinion d'après laquelle les Valaques seraient les descendants de ces colons.
Il faut donc rattacher ce rameau gaulois à une autre souche; et l'histoire réunie à la philologie nous semble indiquer les Volsques-Tectosages comme la tribu originaire des Valaques.
D'abord, César les place avec la plus grande précision dans le pays qui fut depuis la Dacie Trajane. a Les Volsques-Tectosages , dit- il , vinrent occuper la .contrée la plus fertile de la Germanie, le long de la forêt Hercynie , et s'y établirent. Cette nation s'y est maintenue jusqu'à ce jour, et y jouit d'une grande réputation de justice et de valeur. Aujourd'hui encore ses habitants vivent dans la même pauvreté, la même indigence , la même frugalité que les Germains ; ils ont adopté leur genre de vie et leur costume (1).
On le voit donc, César place les Tectosages dans les parties les plm fertiles de la Germanie, le long de la forêt Hercynie, circum Herci/niam sylvam, et il explique plus loin que cette forêt s'étend, le long du Danube, jusqu'au pays des Daces et des Anartes, qui étaient les habitants de la Transylvanie. Ces indications nous paraissent s'appliquer très-clairement à la contrée qui porte le nom de Valachie.
D'ailleurs, si les Volsques-Tectosages ne s'étaient pas établis en Valachie, où donc faudrait-il les placer ?^Quel est, le long du Danube, le pays où l'on parle gaulois? Il n'y en a aucun autre.
Enfin, comrtie la philologie est, en ces sortes de questions , l'auxiliaire le plus naturel et le plus précieux de l'histoire, il faut
(1) Cœsar, De hell, gallic, lib. Vf, cap. XXIV.
(2) Ihid., cap. XXV.
LANGUE FRANÇAlSe.
ajouter que le dialecte du bas Languedoc est l'un de ceux qui se rapprochent le plus de l'idiome valaque. Nous avons vu que cet idiome échappe à la règle générale des dialectes de la Gaule , qui forment le plus souvent le pluriel des mots par l'addition d'une s. Les dialectes riverains du Rhône sont les seuls qui, avec le bas-breton, échappent, en France, à cette règle.
Tels sont lès établissements diversement glorieux que firent les Gaulois, pendant leurs migrations agricoles et guerrières à travers l'Europe et l'Asie mineure. L'unité de leur race résulte des liens visibles qui rattachent leurs tribus l'une à l'autre ; elle va devenir plus manifeste encore par la comparaison des dialectes que ces Gaulois ont parlés, soit pendant les temps antiques, soit pendant les temps modernes.