CHAPITRE NEUVIÈME
Ces mots : je suis le tombeaude, . • excluent donc absolument le sens d'âge, d'années, que la critique avait attribué jusqu'ici au molAviL
Nous allons rechercher maintenant quel peut être le sens du mot RU, si souvent placé dans les inscriptions funéraires des Étrusques ; mais il nous parait nécessaire de nous arrêter auparavant un instant sur les mots Su, So et Eka, qui figurent dans les deux inscriptions précédentes de Clusium et de Viterbe.
D'abord, il est bien évident que So de l'inscription de Clusium est le même mot et a le même sens que Su de l'inscription de Viterbe. Les deux inscriptions latines rapportées par Muratori et par Mommsen ne permettent à cet égard aucun doute , puisqu'elles emploient les deux mots pour dire exactement la même chose : « Je suis, b II résulte donc de ce rapprochement que les Étrusques employaient des mots appartenant également aux patois des autres parties de l'Italie, car l'inscription où se trouve le mot Su est de la Campanie.
Ajoutons que le mot So se Jit encore dans une inscription gauloise, trouvée près de Vicence (1).
Ce verbe antique So de l'inscription de Clusium s'est maintenu avec le même sens et avec la même forme dans les patois modernes de la Toscane.
Dans le dialecte de Sienne, on dit So, je suis, au lieu de Sono (2), employé à Florence, d'où il est passé dans l'italien littéraire. Cependant les patois des bords de l'Ârno disent So, comme le prouve ce vers de la pastorale de Francesco Baldovini :
« Or 50 dovento nero, come an corbo (3). »
Dans les dialectes de TOnabrie, du Picenum et du Latium, on dit également So, pour je suis, coçime le prouvent les exemples suivants :
« So stafo alla cita »
« So aniTato a quelV albero ch'amaTO (4). » « Ye 50 venuto a Fa* la niatina. »
n SeiDpre so stato allegro gioTioetlo (5). » « So ttalo taoto tempo contumace (6). »
(1) Fabretti, Corp, inscript. italic.y n' 15.
(2) Girolamo Gigli, Vocabolario caieiiniano, p. 231.
(3) Lamento di Cecco da Varlungo, stanc. XVI, p. 12. , (4) Oreste Marcoaldi, CanUpopolari Umbri, p. 23, 72.
(5) Ibid.t Canti popolaH Piceni, p. 198, 113. {6) Ibid., CanUpopolari LaiM, p. 120.
Le verbe So de l'étrusque ancien est donc resté dans l'étrusque moderne, ainsi que dans les patois de TOmbrie, du Picenum et du Latium.
En ce qui touche le mot Eka, cette foriAule Eka m, rapprochée de ces formules latines : hic so, et hoc ego su in tumulo, ainsi que d'un grand nombre d'autres pareilles, ne permet pas de douter de sa signification. Il signifie : tct; Eka su, je suis ici. Eka est l'équivalent du grec ^Hyt) du samnite Eko [i), du champenois Enki, Iqui (2), du Languedocien Aki et du gascon Aquiau, signifiant également ici, là.
Une inscription de Paieries, où se parlait une langue spéciale , que Strabon croyait être l'idiome pélasgique , confirme encore le sens de Eka; elle a été trouvée et éditée par le savant jésuite Raphaël Garucci, auquel on doit la publication des Graphiti de Pompéi , inscriptions osques gravées à la pointe du stylet sur les murailles par les écoliers, et elle commence ainsi : « He cupai.. ici repose... (3). »
Quoique le mot Ril soit considéré par tous les savants comme signifiant vixit, il a vécu, l'étude attentive des inscriptions nous a iait concevoir des doutes profonds sur cette interprétation.
D'abord, ce mot devait être ou une abréviation en usage seulement dans certaines cités étrusques, ou une expression appartenant à certains dialectes, car il n'est point 'employé dans les nécropoles de toutes les Lucumonies.
On le trouve quatre fois dans les inscriptions de Florence, vingt fois dans celles de Volterre, six fojs dans celles de Viterbe, deux fois dans celles de Tarquinies , une fois dans celles de Gortone ; mais on ne le trouve ni dans celles de Sienne, ni dans celles deRiéti, ni dans celles de Montepulciano , ni dans celles de Sarteano, ni dans celles de Vulci, ni dans celles de Cœre, ni dans celles de Pérouse. qui s'élèvent à plus de neuf cents ; et on ne le trouve qu'une fois seulement dans celles de Clusium , qui s'élèvent à trois centquatre-vingts.
Jtil était donc ou une abréviation locale, ou un mot appartenant à des dialectes régionaux.
Ce qui nous porte à douter que Ril signifie vixit, avec un sens
(1) Fabretlî, Glossarium ital.y verbo Eko.
(2) Villehardouin , Conquête de Consiantinople, p. 117, 123, 129, 377, édit. Petitot, Paris, 1824.
(3) Fabretti, Corpus inscript, ital, n"* 2452.
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actif y comme dans une phrase ainsi faite : a vixit annos XX, il a vécu XX ans, » c'est que dans trois inscriptions de Yolterre EU n'est suivi d'aucun chiffre (1) ; et que dans trois autres inscriptions, l'une de Tuscania, l'autre de Hoi-tanum , la troisième de Tarquinies, le chiffre des années du défunt n'est point précédé de M (2).
 la rigueur, on comprend que l'ouvrier quadrataire ait écrit le nombre des années, en sous-entendant Vixit, comme on le voit dans deux inscriptions latines de Yolterre (3) ; une phrase ainsi faite : « annos XII » ; ou ncamm XXII ^ » s'entend parfaitement bien; mais écrire : a vixit, il a vécu, » sans ajouter le chiffre des années , ce serait manquer à la fois au bon sens et à l'usage.
Nous croyons avoir montré que AtYn'a pas le sens actif de Vixit, qu'on lui attribue généralement ; mais nous n'oserions donner à ce mot un autre sens, avec quelque certitude.
Il peut désigner soit un titre local, comme une confrérie ou un état ; il peut désigner une mort précédée de l'accomplissement de tel ou tel rite; enfin il peut vouloir dire simplement défunt, trépassé, comme la fin de l'inscription d'Antipatra : « Non so, » je ne suis plus, d
Deux inscriptions , Tune de Yolterre, l'autre de Yiterbe , pourraient appuyer cette interprétation.
Dans l'inscription de Yolterre (4), le mot Avil, signifiant tombeau, précède le mot RU, ayant le nom du défunt entre eux.
Dans l'inscription de Yiterbe (5), l'R de RU est remplacée par un caractère qui peut être prononcé Y, F ou H aspirée (6), de telle sorte que le mot pourrait être lu Hil.
Or, en cherchant dans l'espagnol l'équivalent de Hil, comme
(1) Ce sont les inscriptions n* 320 bis c, 321, 365. — Fabretti, Corpus inscrip, iialic, (2} Ibid.y Inscription de Tuscania, n° 2107. Inscription de Hortanum, n*' 2266.
Inscription de Tarquinies^ n° 2338.
(3} Ibid,, Inscriptions, n"* 313, 325.
(4) Ibid., Inscript., n** 340.
(5) Ibid., Inscript., n*» 2077.
(6) On sait que 1*F et TH se sabstituent l'une à l'autre, dans les dialectes de la même langue.
Les Latins disaient Hircus, pour bouc ; les Sabins disaient Fircus,
Les Gascons disent ifè, ou Ha, pour faire ^ les Languedociens disent Fa.
nous avons trouvé dans les patois de la Toscane l'équivalent de Avil, on aurait le mot Ahilato, mort, dépéri, desséché.
Mais ce n'est là qu'une hypothèse, que les philçlogues auront à apprécier.
Pour épuiser les termes relatifs aux sépultures étrusques, nous avons encore à examiner les deux mots Lupu et Tularu.
Lujiu se lit dans quelques inscriptions sépulcrales, notamment à Yolterre^ à Clusium, à Viterbe et à Tarquinies (I). Lanzi et les autres savants considèrent généralement ce mot comme signifiant Sépulture; ils ont raison ; mais aucun d'eux n'allègue une preuve à l'appui de cette interprétation, qui reste ainsi à l'état de probabilité.
Il y a néanmoins deux preuves qui donnent positivement au mot Lupu le sens de Sépulture; l'une est tirée d'une inscription de Clusium; l'autre est tirée d'une analogie fournie par les dialectes gaulois de l'Italie et de la France.
Une inscription de Clusium, au lieu de Lupu, porte Luchu (2). Cette version reproduit l'équivalent de l'expression latine Locus, signifiant aussi sépulture, ainsi que le prouve cette inscription en patois du Latium, rapportée par Âringhi : nZozimusse bibussibi Locus comparavit {S), »
D'un autre côté , les dialectes de Milan et de Brescia offrent une analogie frappante avec Lupu; c'est le mot Fopu, signifiant en général sépulture, et en particulier Fosse commune (4). Enfin, en dialecte lorrain, Pouateu, Boetu signifient trou, fosse.
Le mot Tularu prend trois formes dans les inscriptions; il est écrit Tular à Fiésdes, à Florence, à Montepulciano et, une fois sur cinq , à Clusium (5) ; il est écrit Tularu à Cortone et aussi une fois sur cinq à Clusium (6) ; enfin, il est écrit Tlaru à Clusium dans trois inscriptions (7).
Il n'y a aucun doute sur le sens de Tular ou de Tularu; il est
(1) Fabrelti, Corp. inscr, <to/.,poar YoKerre, n"* 318 bis; pour Clasium, n* 762; poar Viterbe, n*" 2070, 2071 ; pour Tarquinies, n^ 2335 a. (2)/Wd.,n*»697 6i« q.
(3) Paul Aringhi, Roma subterranea, t; II, p. 54.
(4) Biondelli, Saggio sui^dialetUitalo-celtiei ; ^ Dlahtt, Lombard.^ verbo Fopu,
(5) Fabretlî, Corp, inscript, itaL^ Fiésoles, n® 103 ; Florence, n"* 259 ; Montepulciano, n"" 937 ; Clusium, n'^ 1910.
ijS) Ibid.^n'' 1914.
(7) Ibid., n" 1808, 1809, 1810.