CHAPITRE NEUVIÈME
tient à la fois aux patois antiques de Tltalie et aux patois modernes de la . France , sans être passé dans le latin, où il ne se trouve pas. Les Romains disaient Pertica.
Or, dans un texte ombrien ordonnant de donner des Ijiteurs aux grenadier , qu'on appelait des pommiers puniques , le mot Perça conserve sa forme du nominatif, quoiqu'il soit employé à l'accusatif :
Perça. Ponisiatpr habituto (1).
Que les pommiers puniques aient une perche.
NoME est aussi un mot ombrien, commun aux autres dialectes ifaliotes et signifiant Nom, Il est employé avec sa forme fixe, indéclinable, dans des cas qui seraient Taccusatif latin. Tel est le cas de l'invocation suivante :
PiHATu. Totar. Iovinar. Nome (2).
Protège le nom de la dlé d^Iguvium.
Nome était d'ailleurs le*nominatif, ainsi que le prouve le texte suivant :
TuscoM. Naharnum. Nome (3).
Le nom Toscan, le nom Narnien.
ToRU, Turup, Turuf, sont trois formes d'un mot qui, en ombrien comme en grec , en latin , en français , signifie Taureau. Ces trois formes , toutes au nominatif, sont employées dans les Tables de Gubio à un cas qui serait l'accusatif latin si le mot n'était pas évidemment indéclinable; voici les textes :
ViTL. ToRV. Trif. Fetv (4).
Trois jeunes taureaux faites (sacrifiez).
Tref. ViTLUF. Turuf. Marte. Fétu.
Tref. Vitlup. Turup. FErru (5).
(1) Tabul evgubin., VI. b. lin. 51.
(2) md., TabuL VI, a. lin. 29, 39.
(3) Ibid., TabuL VU, a. lin. 47.
(4) FabrelU, Glossar. italic,^ verbo Turuf.
(5) Le latin n^eut point pendant longtemps de mot pour dire vache, il dirait un bœuf femelle. On lit bove femina dans Tite-Live, dans une pièce de 212 ans avant Père vulgaire, 20 ans avant la naissance de Térence.— Tit.-Ltv., Hisior,, lib. XXV, cap. XII. Les Ombriens disaient un veau de taureau
Kabru, ayant aussi la forme Kapru, la forme Kaprum et la {ovmQ Kapr es, et signifiant chevreau dans les patois antiques et modernes de l'Italie , est employé dans des textes où la déclinaison latine exigerait l'accusatif; tels sont les suivants :
Kabru. Perakne. Serakxe. Upetu.
Un chevreau annuel solennel vouez.
Kabru. Purtuvetu.
Un chevreau offrez.
Kaprum. upetu.
Un chevreau vouez.
Kapres. Prusetetu. Arveitu (i).
Un chevreau découpé apportez.
Il est bien évident que dans tous ces textes les diverses formes du mot Kabru sont indéclinables et au nominatif, quoique employées à l'accusatif. Les différences terminales qu'ils présentent ne sauraient constituer un système de déclinaison , quand bien même remploi simultané de toutes ces formes au même cas n'en excluerait pas absolument l'idée. Ces différences proviennent soit de l'emploi de lettres explétives, dans un système d'orthographe capricieux, soit, ce qui est plus probable encore^ de l'emprunt de ces mots à divers dialectes. Cette dernière opinion est partagée par Lanzi (2).
On ne se figure pas assez exactement en général ce que l'emploi des dialectes d'une même langue peut jeter d'étrangeté dans un texte. On a déjà vu dans un chapitre précédent en combien de manières différentes les populations désignent en France V Enfant et le CocAon / sans employer ni cochon ni enfant. Le corbeau a sept formes dans son nom : il s'appelle corb en dialecte du Roussillon; corbé, en dialecte de la Picardie; corbin, en dialecte de la Normandie ; corbeau, en dialecte de l'Ile-de-France; Courbasch, en dialecte de la Gascogne ; Lug et Bran, en dialectes de la Bretagne.
Que dirait-on d'un érudit étranger qui, ignorant nos dialectes, prendrait corb pour un nominatif, corbé pour un génitif, coi^beau
(1) FabreUi, Glossar. italic, verbo Kabru.
(2) Lanzi, Saggio diling etrusc. (. I, p. 220.