‹ Histoire des origines de la langue franc̜aiseChapitre 182 sur 256 · CHAPITRE NEUVIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE NEUVIÈME

pour un datif, cat^bin pour un accusatif et courbasch pour un ablatif?

Nous pourrions nous arrêter ici, et conclure avec Tautorité des faits à l'incompatibilité des dialectes antiques de Tltalie avec la grammaire latine. Nous placerons néanmoins encore quelques autres mots, mentionnant les textes sans les rapporter, afin de ménager le temps et l'attention du lecteur.

Abrof , mot ombrien signifiant sanglier, prend encore la forme Abrum et la forme Apruf, à un cas qui serait l'accusatif pluriel (1).

Parfa, mot ombrien signifiant chouette, prend aussi la forme Parfam à un cas qui serait l'accusatif singulier (2).

CuRNASE, mot ombrien signifiant Corneille, prend également la forme Cumaco h un cas qui serait l'accusatif. Et ce qui prouve en effet que Cumaco est un nominatif indéclinable , c'est qu'à cet accusatif, le mot est accompagné de l'épithète desua, à droite, en latin dextera, laquelle épithète est bien évidemment un nominatif (3).

Mandraclu, mot ombrien signifiant serviette, nappe, s'écrit encore Mandraclo à un cas qui serait l'accusatif.

Kaila, mot osque signifiant enceinte, temple, ayant dans le latin la forme Cella, et dans le français la forme Celle, conserve sa forme invariable à la suite d'une préposition qui, en latin, gouverne l'accusatif: ant. Kaila. Iuveîs, ante cellamJovis, devant le temple de Jupiter (4).

Via, mot osque signifiant chemin, et commun à la langue latine, reste indéclinable dans une phrase où la déclinaison latine exigerait Viam (5).

ScRiTURE, mot étrusque signifiant écrivain, resté dans la langue latine sous la forme Scriptor, conserve sa physionomie, italienne correspondant à Scrittore, sur un bronze antique (6).

Petru, nom propre étrusque, équivalent de Petrus et de Pierre, se trouve dans une phrase qui , s'il était déclinable , exigerait Pétri (7).

(1) Fabretti, Glossar. italic, verbo Abrof.

(2) Ibid., rcrbo Parfa.

(3) Ibid., verbo Cunnaco.

(4) Ibid., verbo KaWa,

(5) Ibid., verbo \ÏA,

(6) Jbid., verbo Scriture.

(7) Ibid., vei-bo Petru.

Nous croyons avoir mis hors de cloute, par la production même des textes, le caractère indéclinable des substantifs italiotes contemporains du latin primitif. La même démonstration sera faite , dans le chapitre suivant , pour le latin du Latium , antérieur au latin de Rome, et resté invariablement en dehors de ses règles. Nous croyons donc légitime de répéter ces paroles de l'abbé lanelli : a Quelque soin, quelque étude, quelque système d'interprétation qu'on emploie , il est impossible de trouver dans ces textes les cas , les flexions propres à la langue grecque et à la langue latine; et ni Bourguet, ni Passer! , ni Lanzi n'ont pu arriver à montrer que ces flexions s'y trouvent réellement, n

Avoir mis en évidence l'identité congéoiale de tous les patois antiques de l'Italie, et prouvé que leur nature indéclinable répugnait invinciblement aux règles du latin littéraire , c'est avoir avancé la démonstration de la thèse qui fait l'objet de ce chapitre ; mais ce n'est pas l'avoir achevée.

Il nous reste encore deux choses à faire :

Montrer d'abord que ces patois antiques sont au fond les mêmes que les patois modernes de l'Italie et de la Gaule , et ensuite que depuis le commencement des temps historiques il ne se parle qu'une seule et même langue, divisée en un grand nombre de dialectes, dans tous les pays occupés par la race gauloise ;

Que les patois antiques de l'Italie soient au fond les mêmes que les patois modernes de l'Italie et de la Gaule , les tableaux placés plus haut dans ce chapitre le prouvent surabondamment ; et c'est moins pour faire que pour renouveler la démonstration que nous allons en placer encore quelques détails sous les yeux du lecteur.

OMBRIEN

FRANÇAIS. — PATOIS DIVEIIS.

Acnus.

Année. An, gascon.

But.

Bœuf. fiuoQ, gascon.

Fameria.

Famille.

Far.

Farce. Farci. Far, gascon.

Fel.

Fils. Hil, gascon.

Kabni.

Cabro, languedocien; crabo, gascon.

Carne.

Chair. — Car, gascon.

Mestni.

Maître. — Meslré, gascon.

Nome.

Nom.

Pase.

Paix. — Pals, gascon.

Peica.

Pie.

Peico.

Pic, oiseau.

Pople.

Peuple. — Poblé, gascon.

CHAPITBE NECVIÈHE.

OUBRIEN.

FR\NÇ\I8. — P4T013 DITE 18.

Porcus.

Porc.

Salu.

Sel. — Sal, languedocien.

Toru.

Taureau. — Taur, languedoc^.

Voeu.

Feu. — Fos, lar^edocien.

Urna.

Urne. •

Tre.

Trois. — Très, gascon.

Dece.

Dix. — Detz, gascon.

OSQCE.

FRAICÇ\I8. — PATOIS DtVRRS.

Araget.

Argenl.

Mater.

Mère. -^ Madré , espagnol.

Loi.

Terum.

Terre.

Tiurri.

Tour.

Via.

Voie. Biatge, '^a^con.

Teremnis.

Terme.

Ula.

Oulo, pot de terre, gascon.

Mesene.

Mes, mois, gascon.

Aukil.

Aukil, rouge-gorge, oiseau, gascon

Allr,

Altré, autre, languedocien.

Pelora.

Pelor, quatre, bas-breton.

Eko.

Aket, celui-là, gascon.

lu.

lou, moi, béarnais, languedocien.

Mais.

Mais.— Mes, gascon, j

Forlis.

Fort.

Facus.

Fait.— Faït, languedocien.

Presenlil.

Présent.

Sepu.

Sayant. — Savj, limousin.

Contrad.

Contre.

Nous croyons complètement superflu de continuer ce dénombrement. Il n'est pas un lecteur sachant Tun des dialectes de 11talie , de la France ou de l'Espagne qui , en relisant les tableaux placés plus haut, ne soit en état de placer un mot appartenant à ces dialectes à côté de chaque mot osque ou ombrien.

Assurément, les Ombriens et les Osques d'il y a près de trois mille ans ne sont pas venus apprendre leur langue à Toulouse, à Aucb, à Orthez, à Tréguier ou à Paris; de leur côté, les Parisiens, les Bas-Bretons, les Béarnais, les Gascons, les Languedociens ne sont pas allés chercher la leur à Tiore ou à Salerne. Puisque ces langues sont manifestement les mêmes, il faut naturellement conclure qu'elles l'ont toujours été, à cause de la commune origine de ceux qui les parlent , car l'identité de langue suppose nécessairement l'identité de nation.

Cette thèse de Tidentité , de la nationalité des patois anciens et modernes de l'Italie^ ainsi que de leur identité avec ceux de la France et de l'Espagne étant le fondement de ce livre, nous croyons qu'on n'y revient pas trop souvent, même en y revenant toujours, n ne faut pas se lasser de montrer que ces patois existent par eux-mêmes, qu'ils sont indépendants du latin, aussi anciens que le latin vulgaire du Latium, beaucoup plus anciens que le latin littéraire de Rome.

Longtemps avant Romulus, les Osques disaient Araget, Mats , Via, Ula, Aukil, Petora, c'est-à-dire parlaient une langue qui est le français, le gascon et le bas-breton. Longtemps avant Romulus, les Ombriens disaient Buf, Fameria, Came, Mestru, Nome, Petco , Pople , c'est-à-dire parlaient les dialectes actuels de la France.

Il en est de même des patois modernes de l'Italie; ils sont autonomes ; ils ne vienneht pas du latin , et ils sont les mêmes que les nôtres.

Ces patois ne viennent pas du latin, car un grand nombre de leurs mots ne sont pas dans le latin.

Ces patois sont les mêmes que les nôtres , car ce fait résulte de leur simple rapprochement.

Ces deux vérités vont être l'objet des tableaux suivants ; nous y placerons des spécimens des patois de la Lombardie, de l'Emilie, de la Toscane, de l'Ombrie et du Latium ; et nous nous attacherons de préférence aux mots qui n'étant pas dans le latin, ne peuvent pas dériver de lui.

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