C. COELIO
Un personnage portant le nom de Pomponio Virio est désigné comme ayant consacré une statuette de bronze, qu'en raison de ses formes rigides et des caractères de son inscription, Lanzi déclare très-ancienne (5).
Nous avons copié nous-méme, dans le Golombairc de la Maison d'Auguste, près de la porte Saint -Sébastien, à gauche de la voie Appia, à Rome, le nom de Celadiotï, esclave parfumeur de Germanicus,'ainsi écrit sur son urne funéraire :
Celadiotï. Cjesaris. Aug. Sêrvus. Unctor. Germanici (6).
Enfin, le musée de Naples conserve un monument épigraphique peut-être plus important encore. C'est un cachet en relief, portant le nom d'une famille italienne ou osquc, habitant Pom-
(1) MinturiKC, Formiac, Fundi,Tciirannu... — Mêla, lib. Il, cap. IV.
(2) Eggcr, Latini sernu reliq.,c^[K VII, § 1. (3)/Wc/.,cai). IX.
(4) ibid.. cap. XXXVI.
(5) Lanzi, Saggio di ling. ctrusc, part. I, cap. XVI.
(C} Les mois servus unctor montrent bien que Celadiotï esl au nominatif.
GUAPITBE DIXIÈME. 393
péi avant le désastre de la ville, et écrit ainsi, avec l'article qui précède encore les noms des familles toscanes ou romaines :
Delli Aiaa (1).
Le même musée a réuni des marbres portant les noms de beaucoup de soldats de Vespasien, ayant servi entre les années 69 et 79 de Tère vulgaire^ et ainsi écrits, à la moderne :
Ffiucio. — LucRio. — Gbrdo. — Vernio. — Botrio. — Isio. Spendo. — TuEMiso. — Primio. — Gelos. — Strato (2).
Telles sont les traces que les dialectes populaires de l'Italie et du Latium ont laissées dans la forme des noms des villes et des personnes. Ces formes témoignent avec évidence de l'existence dans les temps les plus reculés des caractères extérieurs qui constituent encore aujourd'hui les patois italiens, et qui montrent que ces patois étaient étrangers aux désinences variables de la déclinaison latine.
Mais ce n'est pas seulement dans les noms des villes et des personnes, c'est encore dans les substantifs communs, dans les noms des provinces que le dialecte du Latium échappait aux règles fondamentales de la grammaire de Rome, et conservait sa nature indéclinable.
Néanmoins, il est naturel de penser que les éléments de cette démonstration étant nécessairement empruntés à la langue écrite, et même à la langue écrite à Rome par ou pour les Romains, les exemples à citer doivent être restreints, car dès que la langue parlée commença à être écrite, elle tomba nécessairement et d'une manière plus ou moins complète sous l'application des règles grammaticales.
Toutefois, nous allons placer sous les yeux du lecteur des substantifs ayant conservé, même dans une rédaction régulièrement latine, leur forme italienne naturelle et originaire, en traversant, sous cette forme invariable, tous les cas de la déclinaison romaine.
Nominatif indéclinable employé au génitif. — Trois exemples de ce fait sont fournis par YOdyssée de Livius Andronicus (3).
(1) Prise par nous-méme, au musée de Naples, dans la salle des bronzes antiques d'Herculanuin et de . Pompéi.
(2) Relevés par nous, marbres n** 1002 , 1708.
(3) 11 florissait rers Tannée 213 avant l'ère vulgaire.
39 ï LANGUE FRANÇAISE.
Dans le premier, le nom de Latone est employé au génitif avec sa forme du nominatif. On y lit a Filius Latonas », pour a Filius Latonœ » .
Dans le second, le nom de la déesse Moneta est employé de la même façon; le nominatif indéclinable sert de génitif; on y lit a Filia Moxetas », pour « Filia Moxet^ (1) »•
Ck)nstatons, avant d'aller plus loin, que les Trouvèresdu douzième siècle sont remplis de tournures pareilles. Le roman de Brut dit : la Fille Elfinge, pour la Fille d'Elfinge ; YOncle Hélaine, pour V Oncle A' Hélène {^).
Dans le troisième exemple, fourni par Livius Andronicus, il s'agit du substantif commun Escas, nourriture, pris, sous cette forme, au nominatif (3), et employé, sans changement, au génitif: <i Mentionem Escas f) , mention du repas, pour mentionem escœ.
Les Trouvères employaient aussi les substantifs communs de la même manière. Wace dit la Flotte Brenne, pour la Flotte de Brenne, ou de Brennus (4); et les dialectes d'oil du moyen âge étaient pleins d'expressions analogues : ondisail, Vorgoj/l Moab pour Vorgueil pe Moab (5), VAntif pople Deu, pour l'Antique peuple dk Dieu (6).
Nominatif indéclixadle employé au datif. — C'est le pronom personnel italien me, moi, à moi, et le pronom personnel italien se, soi, à soi, que l'on retrouve dans des textes antiques, au lieu de la forme mihi, sibi, qu'eut exigée la grammaire latine. Les exemples de ces nominatifs conservant, au datif, leur forme indéclinable, se trouvent dans Ennius, dans Lucilius et dans Varron (7).
Ennius dit : a Siquid me fuerit humanitus,,. s'il y a en moi quelque chose d'humain ».
Lucilius dit : a Ut quœ res me impendit agatur, afin que ce qui m'importe soit fait (8). »
(1) Priscian., lib. VI, cap. I.
(2) Wacc, Li Homans de Jtrut, v. 2456, — 5862.
(3) C«s nominatifs singuliers en as .sont une forme étnis4|ue, comme Mxcenos, A^neas, etc.
(4) Wace, li Rom. de lirut, v. 2512.
(5) Saint Bernard, Sermon \".
(6) Livres des Bois, liv. \*\ diap. l*^
(7) Ennius mourut 169 ans, et Lucilius 103 Ans avant l'ère vulgaire. Varron était conlemporain de César.
(8) C'est Feslus qui rapporte ces deux cas. Il ajoute, d'une manière générale.