CHAPITRE DIXIÈME
La phrase de Varron ei-t frappante : a Resté pauvre avec deux frères et deux sœurs, dit-il, je donnai la seconde à Lucullus, par lequel l'héritage me fut laissé tout d'abord, à quo hœreditas me cessa primum ( 1 } . o
Cette forme complètement italienne, passée du latin usuel dans le latin de Rome, se poursuit sans interruption, à travers deux ou trois siècles de culture littéraire, et elle abonde dans les inscriptions tumulaires, recueillies par les épigraphistes.
Une tombe de Tannée 382 porte : a Sei^bulus se vibu fecit (2) , — Serbulus se Test faite de son vivant. » Une autre , de Tannée 386 porte : « Seheraet Marcellina se vibi fecerunt {3) , — Sebera et Marcellina se la firent de leur vivant. »
D'autres inscriptions prouvent que le latin usuel ou populaire avait de certaines formes qui se retrouvent dans tous les dialectes celtiques modernes , telles que «e faire, s^acheteî% se procurer; formes que ce latin rendait par se facere, se emere, se comparare. Dans ces locutions, se était indubitablement l'italien actuel se, à soi ; mais il pouvait être accompagné d'une sorte de pléonasme, en s'associant au pronom latin régulier si^t, comme dans cette inscription : « Lucia se viva iocum sibi emii (4), — Lucia , de son vivant, s'acheta celte place pour elle; » — ou comme dans celle-ci : a Zosimus se bibus sibi locus comparavit (5) , Zosime, vivant, s'est acheté cette place pour lui. »
Le lecteur aura reconnu que le latin usuel et populaire bravait la déclinaison et les formes du latin littéraire : il disait Bibu, pour Vivm, comparavit locus, pour comparavit logum, et se dispensait de faire accorder en genre Tadjectif vibi avec Marcellina et Sebera.
NOMINATFP INDÉCLINABLE EMPLOYE A L'ACCUSATIP. — RicU n'est
plus propre à montrer l'état de rébellion du latin vulgaire contre la grammaire romaine, que de le voir employer, au cas de l'accusatif, des nominatifs désignant des provinces, des hommes ou des objets quelconques. Les inscriptions tumulaires des Scipions en offrent plusieurs exemples.
que les anciens disaient me' pour mihi, Fest., édit. Egger, Parisiis, 1838, p. 45.
(1) Varro, De Berustic., lib. III, cap. XVI.
(2) De Rossi, Inscript. Christian., 1. 1, p. 141.
(3) Ibid., p. 156.
(4) Paul Aringlii, Borna subterran., t. Il, p. 53.
(5) Ibid., p. 54.
39G LANGUE FRANÇAISK.
La première inscription , qui est de l'année 282 avant l'ère vulgaire, dit, en parlant du héros : a taurasia, cisauna , samnio GEPiT (1), — il soumit Taurasia, Cisauna et le Samnium. » Samnio étant incontestablement un nominatif italien, encore usité aujourd'hui, Taurasia et Gisauxa doivent l'être pareillement.
La deuxième inscription , qui est de l'année 2o0 avant l'ère vulgaire, dit de Lucius Scipion, fils de Barbatus, « cepit corsiga ALERiAQUE UREE (2) , — il prit la Corse et la ville d'Aleria. »
Dans cette phrase , Corsica , Alerta et môme urbe sont manifestement des nominatifs italiens indéclinables.
La sixième inscription, qui est de l'année 173 avant l'ère vulgaire, ofTre la particularité d'un nom italien conservant à l'accusatif sa forme invariable. On y lit : « Begem Amiocho subegît (3) , — il soumit le roi Antiochus. »
Enfin, la neuvième incription montre un substantif ordinaire et un adjectif employés à l'accusatif, sans désinence casuelle. Elle dit d'un jeune Scipion , mort à 20 ans : « magna sapientia magnasque virtutes œtate quom parva possidet (A) , — il possède une grande sagesse et de grandes vertus, malgré sa jeunesse. »
A tous ces exemples , empruntés à l'époque antérieure à la fixation du latin littéraire de Rome, ajoutons-en deux empruntés aux temps postérieurs, et qui prouvent la persistance des formes propres au latin usuel. Ce sont deux inscriptions tumulaires publiées par Mommsen, et reproduites par Fabretti. Dans la première, il est dit: a Balerianus , qui vécut XX ans, bon compagnon, fidèle amant jusqu'à la fosse, usque at fotsa ». Dans la seconde, il est dit : a Ut ni qui sepoltura mea violet , — afin que personne ne viole ma séputure (5). »
Nominatif indéclinable employé a l'ablatif. — Il y en a deux exemples concluants, l'un dans les xii Tables, l'autre dans une sentence arbitrale de l'année 117 avant l'ère vulgaire.
Le texte des xn Tables porte ceci : « Si nox furtum factum es^ cit (6) , si, la nuit, un vol a été commis. »
Le texte de la sentence des frères Minucius et Uufus, nommés
(1) Eggcr, Latin, sermon, vetust. reliq., cap. VU.
(2) Ibid., cap. IX.
(3) /6irf.,cap. IX.
(4) Lanzi, Saggio di lingua et ruse., {^ari. I, cap. VIII, sect. 1.
(5) Fabrelli, Corpus inscripi. ital., \erho Folm et Sepultura . (6}Egger, Latin, serm. vetust. reliq., cap. VI, Tabut. VIII.
m^.*t lA
CHAPITIIR DIXIÈMK. 397
duumvirs dans un litige relatif à un territoire disputé pal? deux bourgs, situés près de Gènes, dit : a De là , en haut, tout Hroit par la crête, jusqu'au mont Lemurino, — in monte Lemurino (1). o Il n'est pas douteux que dans cette phrase, Lemurino soit le nom ligurien indéclinable, car le même texte porte , une ligne plus haut, a m montem Lemurino » .
Nous venons^ de parcourir tous les cas de la déclinaison du latin littéraire , et nous avons montré qu'un certain nombre de substantifs, de noms de pei'sonnes, de villes et de provinces appartenant aux dialectes italiens avaient conservé leur forme fixe , invariable , propre à la nature des dialectes celtiques , avant , pendant et après la domination de la grammaire des Romains.
Ainsi, le latin rustique ou le patois du Latium ne déclinait pas les substantifs à Taidede désinences casuelles, cela est certain ; mais s'il n'avait pas la déclinaison latine ou grecque , qui est à peu près la même, il devait en avoir nécessairement une autre, celle des langues celtiques, par exemple, qui forment le plus souvent le pluriel des substantifs par l'addition d'une s, et qui remplacent les désinences casuelles par des prépositions.
En était-il réellement ainsi?
Ck)mment le latin vulgaire formait- il le pluriel des substantifs ?
Par quel procédé formait- il les cas?
Questions difficiles , mais qu'il n'est pourtant pas impossible de résoudre, au moins d'une manière approximative.
Quelques textes, bien rares d'ailleurs , permettent de croire que certains dialectes italiens antiques, tels que le latin rustique, Tosque et l'étrusque, formaient le pluriel avec l'addition d'unes.
Une Ateilane de Pomponius (2) contient , au sujet du latin vulgaire, un exemple aussi curieux que concluant ; c'est le mot Zo'^iVj'a faisant Zep/{Vta« au nominatif pluriel, comme en français la joie fait les joies. Voici le texte : « Quod lœtitias insperatas
(1) Egger, Latin, serm., cap. XXII, § 3.
(2) Pomponius était de Bologne et norissait vers Tannée 55 ayant Tère vulgaire, entre Lucrèce et Catulle.
11 écrivait des Atellanes latines , iniitûes de celles d'AieUa , qui étaient écrites en langue osque.
Cette distinction aussi simple que naturelle concilie parfaitement Topinion de Denys d'Halicamasse, qui dit que les Atellanes de la Campanie étaient écrites en osque, lib. V, cap. III, § 4, avec celle du grammairien Diomëde , qui dit que 1(8 Atellanes de Rome étaient écrites en latin. — Diomède, De Partihus oraUonis, lib. UI, edit. Putsch., p. 487, 8.
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modo tnihi itTepsere in smum {{), parce que des joies inespét rées se sont naguères glissées dans mon sein, b L'exemple, comme
on voit, est complet, l'adjectif insperatas est aussi un nominatif, * et le verbe irrepsere est au pluriel.
Des inscriptions latines antiques , recueillies par Mommsen et Fabretti, fournissent un deuxième exemple du pluriel formé par l'addition d'une s. On y lit : a Magistreis et Magistres », au lieu de Magistri (2).
^ Le dialecte osque offre aussi plusieurs exemples du pluriel
' formé par une s. Dans une première inscription, le mot A^a, autel,
j fait Asas a» nominatif pluriel ; dans une seconde, le mot Abel-
'^ lanou, habitant d'Abella, fait au pluriel Abellanous (3).
j Enfin, le mot étrusque, Arse, feu, a, au nominatif pluriel, la
^. forme Arses (4).
On comprend qu'il doit être fort malaisé d'établir par des textes
formels que le latin rustique formait le génitif avec la préposition
.j)£, et le datif avec la préposition a. Si ces textes existaient, il
é j serait bien établi que les dialectes gaulois sont, comme le latin
Y /N^u Latium, essentiellement différents du latin littéraire de Rome,
'* et ce livre n'aurait pas été à faire. Cependant, il est possible de
recueillir des indices assez certains pour que , réunis à un petit nombre de textes incontestables, le tout présente les éléments ] d'une solution positive.
^, Néanmoins, il est nécessaire de faire observer que les langues
< celtiques ont deux manières de former le génitif. La première,
qui est rudimentaire et qui, dans la plupart de ces langues, disparaît devant la culture, consiste à rapprocher deux substantifs, en plaçant le second celui qui doit être considéré comme étant au génitif. C'est ainsi que nous avons cité, en latin, Filta Moneias, Filius Latonas, Mentionem escas, qui se trouvent dans Livius Andronicus, et, en dialecte normand, la Flotte Brenne, la Fille Elfinge, V Oncle Hélaine, qui se trouvent dans le Roman de Brut.
Cette forme du génitif est très-fréquente dans les anciens textes des divers dialectes de langue d'oil.
Le serment de 842 dit a Deo amur » pour l'Amour de Dieu.
(1) Ce texte se troave dans Nonius Marcellas, De Proprieiale sennonis^ p. 42, Terso, édit. de Paris 1483, iii-8''.
(2) Fabrelti, Glossar. ilalic.^ verbo Mafjistiis.
(3) Fabretti, verbis Asa^ etc., Abetlanou.
(4) Ibid., y erho Arse.
CUAPITRK DIXIÈME. 399
La Chronique rimée de Benoit sur les ducs de Normandie dit : « Pur amor Deu », pour l'amour de Dieu (I).
Villehardoui» offre également plusieurs exemples semblables. On y lit : € Frère sa femme » , pour frère de sa femme; — « en la main Dieu » , pour en la main de Dieu (2).
La langue française moderne a conservé elle-même un grand nombre de ces génitifs rudimentaires, tels que la Fête-Dieu, les FUleS'DieUy l* Hôtel- Dieu, Choisy-le-Roiy Bourg -la-Reine ; le gascon a conservé La Casa-Diou , YEscala-Diou, et le catalan du Roussillon Lo Mas-Dev,
On sait que la forme du génitif qui a prévalu avec le temps dans tous les dialectes celtiques , c'est celle qui se forme en plaçant devant le substantif la préposition de.
Celte forme se trouve-t-elle dans le latin rustique? — Oui,, elle s'y trouve incontestablement, quoique dans un très-petit nombre de cas. Nous allons en citer cinq, mais ils sont formels.
Le premier est tiré de ce cachet en relief trouvé dans les ruines de Pompeï, déposé au musée de Naples, examiné et copié par nous en décembre 1817, et qui reproduit le nom d'une famille ainsi écrit : Delli-Amici. Ce cachet porte une date certaine , puisqu'il ne peut pas être postérieur à l'année 79 de l'ère vulgaire.
Le second, non moins explicite, est tiré d'un passage de Flavius Vopiscus , dans la vie de Firmus, où, parlant de la grande quantité de papyrus qu'il s'était procurée, il s'exprime ainsi : « Perhibetur tantum habuisse hEchartis, ut publiée diceret exercitum se alere passe papyro et glutino (3) ; on assure qu'il avait tant de papier, qu'il se disait en état de nourrir une armée avec du papyrus et de la coUo. » Rien de plus net que cette forme. Tantum de c/tartis ne fut jamais du latin littéraire; c'est du pur italien, tanto di carte.
Le troisième exemple , où la forme italienne da est deux fois reproduite, est emprunté à l'une des plus anciennes inscriptions sépulcrales des chrétiens de Rome. Elle est ainsi conçue :
Haboat analbcma a Juda si quis allerum Oininc (1) siii)erposucrit. Anathema abeas da
(1) Benoît, Chronique, vers il, 701.
(2) Villehardouin^ Ilist. de la conquête de Consiantinople, p. 159, édil. Petitot.
(3) Flav. Vopisc. Firmus, cap*. III.
(4) Online eiX Va forme italienne et indéclinable employée pour /(07»/?if?7i.
400 LANGUE FfiANÇAlSB.
Tricenli decem et octo patriarch», qui canones EiposueruDt et da sancla Cliristi ËvangelU (1).
Da Patriarchœ, da Evangelia, sont des constructions manifestement italiennes ou gauloises. La formation du génitif à l'aide de la proposition de s'y accuse matériellement, comme dans le texte de Vopiscus qui précède.
L'allusion évidente que cette inscription fait aux Pères du concile de Nicée, qui précisèrent les canons de la foi, prouve qu'elle ' est des plus anciennes.
Le quatrième et le cinquième exemples sont encore fournis par les inscriptions funéraires des premiers chrétiens.
L'une, de l'année 482, est ainsi conçue : « Locus Augusti : Lectot:is DE Belabf'o (2), sépulture d'Auguste, lecteur, du quartier de Vélabre s.
L'autre, sans date, s'exprime ainsi : « Antius, lector, de Pallacine («{), Antius, lecteur, de Pallacine » .
La formation du génitif à l'aide de la préposition de, dans le latin rustique, n|est donc pas douteuse. Elle devient usuelle dès le huitième siècle. Muratori cite un titre de rannée7â9,dans lequel on lit, au sujet d'une donation destinée à l'hospice de Lucques : « Je donne sur ma terre au Bonco de Casai, ad Ronco de Casale (4). »
Nous croyons même que c'est à l'imitation du latin rustique que les meilleurs écrivains ont employé la préposition de dans le latin littéraire, à un cas qui peut être considéré comme le génitif.
Ainsi , lorsque Gicéron reproche à Antoine de vivre avec des bandits, non-seulement de jour, mais tout le jour (5) ;
Lorsque Horace dit que les voleurs se lèvent de nuit pour nous égorger (6) ;
Lorsque Suétone dit de Domitien qu'il se baignait de jour et dînait avec excès (7) ;
(1) ArLoghi, Borna subterranea, lib. I, cap. XXVI.
(2) DeRossi, Inscription. chrisUanx, n'* 878, p. 388.
(3) Aringhi, Roma subterranea, t. II, lib. IV, cap. XXXVIl, p. 132.
(4) Murator., ÀnHquitat. italic, t. Il, p. 1043.
(5) Non solum de die, scd etiam in diem vivcre. — Cicer., Philipp. Il, cap.
(6) Surgunt de nocte latrones. — Horat., Epist. I, II, vers 32.
(7) Suet. Domitian., cap. XXI. — « Lavabat de die, prandebat que ad satietatem. »
^ CHAPITRE DX\IÈMB. fcOl
Lorsque Catulle rappelle à Porcius et à Véranion a qu'ils font DE jour des repas somptueux (1) » ;
Est-ce que ces expressions , étrangères au génie de la langue romaine, ne peuvent pas raisonnablement être considérées comme des emprunts faits à la langue duLatium, dans laquelle le génitif formé à l'aide de la préposition de se trouve incontestablement?
Nous ne connaissons aucun texte qui ait conservé la forme du datif en al, alla, que dut posséder nécessairement le patois antique du Latium , puisqu'on la trouve dans le patois moderne, lequel n'a pu l'emprunter ni au grec, ni au latin , qui ne l'ont pas.
Tite-Live contient un passage qui s'en rapproche beaucoup, et qui semble emprunté à la langue rustique. Dans une guerre contre les peuples du Latium , Tite-Live dit que l'on fit mettre pied à terre à la cavalerie romaine , ad pedes deducere (2). Pris dans le sens du latin littéraire, ad signifie auprès, vers. Pour que AD pedes signifie à pied, il faut que l'expression soit empruntée au latin usuel.
Après la chute du latin littéraire en Italie, et dès la renaissance des anciens patois, le datif en al se révèle. Muratori en cite de nombreux exemples, notamment un titre du dixième siècle, où il est dit : «... Usque al fechano fine al capo del monte (3). »
Les anciens dialectes italiotes et celui du Latium avaient-ils l'article?
Cette question devait naturellement se poser d'elle-même dans l'esprit des philologues; car les dialectes modernes de l'Italie possèdent tous l'article , et il a fallu nécessairement se demander si l'article moderne ne tirait pas son origine de l'ancien.
Lanzi reconnaissait des traces visibles de l'article dans l'étrusque (4); mais c'était surtout l'arlicle grec.
L'école si nombreuse des philologues qui dérivent le français , l'italien et l'espagnol de la langue latine tombe dans des embarras mal dissimulés et risibles , lorsqu'il s'agit d'expliquer comment
(1) ConTim lauta....
DE die Facitis.
{CikiuW., Carmen XLII, ▼. 5,6.)
(2) Tit.-Liv., Histor., lib. IV, cap. XL.
(3) Murator., Àntiquitat. iial., t. II, p. 1035, 6, 7.
(4) Lanzi, Saggio di lingua etrusca, etc., t. I, p. 33f.
(02 LAKGtE KRANÇAISE. ,
ces trois langues et leurs dialectes ont emprunté l'article au latin, qui ne l'a pas.
Muralnri a reculé devant ce ridicule, et, dans une de ses dissertations sur l'origine de la langue italienne, il déclare qu'à son avis ce sont les Lombards qui ont apporté l'arlicle lo, la, le, li, en Italie (I). Les Lombards étaient une nalion allemande, et la la langue allemande possède l'article ; mais cet article est der au masculin, diea\i féminin et c/d^ au neutre. Il y a donc une première et sérieuse diflicuité à expliquer comment der et die seraient devenus lo et la, et pourquoi les Italiens, s'ils avaient adopté der et die, n'auraient pas adopté das.
Toutefois cette difTiculté n'est pas la plus considérable contre l'hypothèse de Muratort; il en reste deux autres, qui sont évidemment insolubles.
Si les Lombards,quin'ont pas dominé deux siècles dans unepelitc partie de l'Italie, avaient eu assez de puissance sur les esprits pour introduire l'article dans les deux cents dialectes qui se partagent le pays, depuis Turin jusqu'à Messine, pourquoi donc n'y auraient-ils introduit que l'article, car leur langue, au témoignage de Maffei et d'autres critiques, n'a laissé parmi les populations italiennes aucune trace sérieuse de son passage?
D'un autre cAté, si l'article italien était dit aux Lombards, à qui donc seraient dus l'article français, l'article espagnol, l'article grison, l'article valaque, sur lesquels la petite nalion lombarde n'a certainement jamais exercé une influence quelconque?
La doctrine de Muratori sur l'origine de l'article italien est donc aussi insoutenable que celle de l'école de Roquefort et de Raynouard sur l'origine de l'article français, qu'elle fait venir de ille, illa, sans dire d'où viendrait le génitif </u ou le datif au.
La vérité est que l'article est une de ces parties essentielles et constitutives d'une langue , qu'elle a ou qu'elle n'a point par ellemême , mais qu'elle n'emprunte jamais ; et comme tous les dialectes des pays habités par des nations d'origine gauloise poâsèdenl l'article, c'est une preuve qu'il fait partie de leur nature même, et par conséquent qu'ils l'ont toujours eu.
On ne trouve point, il est vrai , dans le dialecte antique du Latium, avec une forme nettement accusée, l'article du dialecte
(1) Murator., Àntig. Itotie. ~ De Orisin. linç. Halle., à'aitrti*. XXXll,