‹ Histoire des origines de la langue franc̜aiseChapitre 195 sur 256 · CHAPITRE DIXIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE DIXIÈME

moderne, mais on y trouve un équivalent incontestable de cette forme ; et Tosque et surtout l'étrusque présentent des exemples de l'article actuel de la Gampanic et de la Toscane qu'il nous semble impossible de nier.

On sent que dans la thèse actuelle la principale difficulté vient de ce que, en fait de textes un peu développés, le latin littéraire seul nous en a laissé. Or, ce n'est pas dans le latin littéraire qu'il faut chercher des traces de l'article, puisque, au témoignage des critiques anciens , c'est une des parties essentielles du discours grec que la langue latine n'adopta jamais (1). Mais si le latin de Rome ne reçut pas l'article , la vieille langue de Plaute, antérieure aux grammairiens, et même celle de Térence, en contiennent l'équivalent.

Dans toutes les langues celtiques d'origine, en français , en italien , en espagnol , l'article a exactement la forme du pronom personnel, et il ne se distingue de lui que par la place qu'il occupe dans la phrase. Ainsi, dans cette phrase : « Achetez le château», LE est article; tandis que dans celle-ci : « Achetez-le », LE est pronom.

Eh bien, dans le vieux latin, le pronom revêt une forme étrangère au latin littéraire, et qui ne peut être que l'article des anciens dialectes populaires; c'est la forme Ellum, Ellam, qui est indéclinable dans les phrases où elle se trouve, et qui par conséquent représente l'article italien moderne lo , la, car ellum et ELLAM signifient toujours le, la, il, elle,

Plaute dit dans le Charançon :

Parasitum tuum Video occurrenlem ; Ellum u$quc in plateà ullimà (2). « J'aperçois ton parasite qui vient ; il est au bout de la place. »

Dans les Bacchides, il dit :

Elluv non in busto Acbilli, sed in lecto accubat (3).

« Il n'est pas coucb.'î sur le bûcher d* Achille, mais sur ton lit. >

(I) ... Absquc articulo, quem grœca lingua sola sorlila est. — Macrob., De Différent, grxci latinïque verbi, § 1.

Voy. aussi QumWWcn, Institut, orator., lib. I, cap. IV.

(2) Plaut., Curcul.f act. II, scèn. II, y. 29.

(3) Bacchides, act. IV, scèo. IV, v. 14.

Térence dit dans les Adelphes :

iEschinus ubi est? — Ellim te exspectat domî (1). « Où est Eschine? — Il vous attend au logis, m

Il dit dans VAndrienne :

Nesdoqui senc\ modo venit; Ellum confidens, catus (T.). « Je ne sais quel Tieillanl arrive ; il parait conflaDl et assuré. >*

Nous ne croyons pas raisonnable d'expliquer Ellum et Ellam autrement que par el, lo, la des dialectes italiens.

Il faut reconnaître néanmoins que des philologues expliquent la forme ellum, ellam en disant qu'elle est une contraction de ecce illum, ecce illam, le voilà, la voilà ; sans songer que les textes repoussent cette hypothèse.

Dans le passage des Adelphes, Eschine est au logis; il attend son visiteur : personne ne le voit et ne peut le voir. On ne peut donc pas interpréter Tellum qui le désigne par le voilà.

Dans le passage de VAndrienne, le vieillard nouvellement arrivé et inconnu est aussi dans une maison voisine ; on parle de lui et de son arrivée imprévue , mais aucun des interlocuteurs ne Taperçoit ; dans ce cas encore ellum ne peut pas signifier le voilà.

Ce n'est pas tout; dans les passages tirés des Baccliis , des Adelphes et de Windrienne, le mot ellum ne peut pas être l'équivalent de ecce illum, car dans ces trois cas ellu3I est un nominatif indéclinable; on dit en effet : dans le premier : « Ellum in lecto accubat; » — dans le second, « Ellum te expectat demi; » — dans le troisième, nElltnn confidens, catus. »

En résumé, le mot ellum, ell^vm, assez rarement employé, et qui ne se trouve pas dans des écrivains postérieui^s à Plante et à Térence, nous parait être évidennnent la forme latinisée de l'article El, II, Lo, La, ayant appartenu aux dialectes primitifs de l'Italie, qui Tont transmis aux dialectes modernes.

Dans cette question , Tétroite parenté qui unissait tous les dialectes italiens entre eux donne à l'analogie un poids décisif ; or, il est certain que Tosque et l'étrusque populaire avaient l'article.

La présence de l'article dans les dialectes osques ou samnites n'est pas douteuse. Elle est matériellement attestée par le cachet

(1) Adelphi, act. II, scèn. IV, v. T.

(2) Andria, act. V, scèn. II, r. M.

Page 1