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CHAPITRE DIXIÈME. h\i

— LA.CTE. — Ennius et Vairon emploient ce mot, qui est aussi de forme évidemment italienne.

Ennius dit :

« Et si muUerembuH, ceu (acte et purpura mUta {i\ « £t si la femme rougit, commis du lail mêlé à de \x pourpre.* »

Varron dit.

« Candïdum lacie papilla cum liait (2). /

« Lorsque le lait blanc jaillit de la mamelle. »

La forme lacté du latin vulgaire avait môme fini par s'établir dans le latin littéraire. C'est ce qu'affirme le grammairien Verrius Flaccus, qui vivait sous Auguste et qui mourut sous Tibère : « Nous disons régulièrement lacté (3). »

Ces formes italiennes indéclinables se rencontraient dans tous les dialectes antiques; nous avons montré dans le chapitre précédent que nome, nom, appartenait à l'ombrien, et que sm/ore, écrivain, appartenait à l'étrusque.

— MiNACLE. — Ce mot est employé par Plante dans un jeu de mots, où il est pris avec le sens de menaces qu'il avait dans le latin vulgaire , et opposé à minWy qui avait le même sens dans le latin littéraire, mais qui signifiait aussi une pièce de monnaie.

Un soldat et un laboureur se disputant une courtisane, ce dernier dit au soldat :

« Melius te minis certare mecnm quant minaciis (1) « Mieux te vaudrait lutter contre moi avec des mines qu^avec des menaces, m

Minaciœ est purement italien et gaulois. Les Italiens disent minaciCy les Français menaces, les Gascons miaços, les Languedociens menaças, les Espagnols amenazas,

— Despolies. — Encore une expression faisant jeu de mots, parce qu'en latin vulgaire elle signifiait désliabiller, et qu'en latin littéraire elle signifiait dépouiller.

Dans la Casina de Piaule, une esclave donne le conseil suivant à une nouvelle mariée :

(1) Non. Marcellus, De Proprietat. sermon. ^ p. 233, cdil. Paris, 1483.

(2) Ibid.

(3) Verr. Flaccus, Fragmenta, p. 30.édil. de Paris, Egger, 1838w

(4) Plaut., Casina, y. G62.

■ Vir le vestiat, iu virum despoUet (1). » n Maiutieos ton empire ; c^est à ton mari de te vêtir, et à toi de le déshabflter ( de le dépouiller ). »

Dans le latin littéraire , despoliare ne veut dire que dépouiller, ruiner. En italien, despogliare, spogliare veulent dire déshabiller; en languedocien, en gascon, despouitla signifie également déshabiller, ôter les vêtements.

— Battuere. — Ce mot avait, en latin vulgaire la même signification que pugnare, prœliare, certarCy verberare en latin littéraire ; il voulait dire battre et combattre, Plaute l'emploie dans le premier sens , en faisant menacer un vieillard libertin de lui battre le museau :

«... Baluatur tibios (2) ».

Cependant, battuere désignait spécialement les duels, les as sauts des soldats ou des gladiateurs, qui dans la langue vulgaire s'appelaient des batailles , battalia , ainsi que le témoigne Cassiodore (3). BattucUia avait prévalu dans la langue des lettrés ; mais battalia, le mot italien moderne, était employé par le peuple.

C*est dans le sens normal du mot que Suétone dit de Caligula : a II faisait assaut avec de véritables armes de guerre, Batuebat pugnatoriis armis (A) ; o phrase grammaticalement curieuse, en ce qu'elle réunit le patois battuere et le latin littéraire pugnatoriis.

— Parentes. — Ce mot avait deux sens bien différents, suivant qu'on l'empruntait au latin littéraire ou au latin rustique.

Dansle latin littéraire, />areR^e$ désignaitles ascendants, le père, la mère, l'aïeul, l'aïeule, et ainsi de suite. Dans le latin vulgaire, il désignait non-seulement les ascendants, mais encore les collatéraux et même les alliés. Il avait donc , dans le dialecte du Latium, le sens qu'il a conservé en Italie et en France, où le mot parens comprend tous ceux qu'unit un lien de famille quelconque.

C'est saint Jérôme quinousapprend cette particularité, dans une diatribe contre le prêtre Rufin, où il lui reproche de savoir assez peu le latin, pour avoir donné au mot parentes une signification

(1) Plaut., CaUnOj v. 662.

(2) Ibid., Y. 389.

(3) •( Batiualia, qaœ Tulgo battalia dicuntur,.... exercilationesautem militnra vel gladiatorum significanl •. — Cassiolor., De Orthograph.y cap. V.

(4) Sueton., CaliguL, cap. V.

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