CHAPITRE DIXIÉHK. 4l
et plus de trois femmes, neve interibei virei plous duobus, mulie- • ribus plous tribus ar fuisse vêlent (1). »
— Nassa. — Filet à prendre le poisson. C'était un très-vieux mot de la langue latine. Plaute l'a employé, a Je ne tirerai aujourd'hui rien à manger de cette nasse, nunquam hercule ex ista nasla hodieego escam petam (2). » On sait que le mot nasse Sipf&v^tient à la plupart des dialectes gaulois, avec la même signification.
— Arrua. — Arrhes en français, aîrhos en gascon; trèsvieux mot du latin vulgaire, ayant dans le pays des Arpinates la forme arrabo, employée par Caton l'Ancien (3). Le mot du latin littéraire éia\i pignus.
— Sas. — ses ; sas virgines, ses jeunes filles ; expression employée par Ennius (4), et offrant une forme gauloise du pronom possessif.
— ToppER. — Très-vieux mot latin signifiant vite, tout de suite, d'après un auteur cité par Festus (5). Le dialecte gascon rend la même idée par tapé.
— Zancla. Menu bois fendu. Ce singulier mot est signalé par Varron comme appartenant au grec barbare de la Chersonèse (6). Les Romains appelaient la zancla servant à palisser les vignes fascis, facida, fustis incisus. Il n'est pas un Languedocien ou un Gascon qui ne reconnaisse la zancla dans Yasclo, Vascla, signifiant du bois fendu, et dans le verbe ascla^ fendre du bois.
A la suite de ce mot du grec barbare, plaçons quelques mots ombriens et osques, remarquables par leur identité avec les dialectes de la France.
— Apè, Apei. — Mots ombriens signifiant après (7), exactement comme apè et apei dans les dialectes du Languedoc.
— Pleo. — Verbe ombrien, signifiant je remplis, comme dans le dialecte gascon, oixpléa, remplir, fait ké plei, je remplis. Au lieu du verbe ombrien pleo les Romains avaient impleo, de même
(l)Egger, Latin, sermon, vetustior. reliquix, cap. XV, p. 128.
(2) Festus, De Verbor. signifient., p. 17.
(3) Aul.-Gell., ^oct, aitiq., lib. XVII, cap. H.
(4) Fcst., De Verbor. significaf,, p. 133.
(5) Toppcr signUicarc ait Aslorius cito. — Fest., De Verbor. signi/icat.,
(6) Utuntur in vineam alligando Tasces , incisos fustes, faculas , bas zanclas Chersonesiae dicunt. — Vair., De Ling. lat., lib. V, cap. CXL.
(7) Fabretti, Glossar. ital., verbo Ape.
418 LANGUB FRANÇAISE.
qu'au lieu de Tadjectif ombrien pleneis, ils avaient Tadjectif pienus, plein (1).
— Ero, Era. — Pronom personnel ombrien, /mi, elle (2). C'est le gascon, et, et^o,
— Reste. — Adverbe ombrien (3), ayant absolument le même sens que Tadverbe français au reste, du reste. Il se trouve dans la Vl"® table de Gubio, ligne 47, dans celte phrase : a Reste esono FEiTU ; du reste, faites un sacrifice. »
— Mais. — Adverbe osque, ayant absolument la signification de Tadverbe français mais, dans cette phrase : « il n'en peut mais (4). »
Les philologues rattachent généralement le mot mais au latin et le dérivent de magis. On voit que cette doctrine est complètement erronée. Le mot mais n'est pas un dérivé, mais un mot primitif des dialectes gaulois; il a conservé dans le français sa forme samnite, et il est l'un des plus usités de l'idiome gascon, sous la forme mes, signifiant également plus, davantage. On dit : « nou n pot pas mes, il n'en peut plus. »
— Pausa. — Ce mot, resté dans l'italien sous la forme pcmsa, dans le gascon sous la (orme pamlso, dans le français sous la forme pause, est employé par Plaute, dans le sens de temps d'arrêt, moment de repos. Il dit facere pausam, comme nous disons faire une patise.'
n Tliélis môme fil une pause, en pleurant la mort de son fils ; » « ... In lamentando fccii pausavi filio (5). »
— Dic-DUM. — C'est encore un mot de la langue de Plaute, qu'il est impossible d'expliquer sans recourir aux dialectes gaulois. Un galant dit à une courtisane :
« Que veux-fu que je le donne, dis donc ? » « Quid est quod iibi dem, dic^dum (6).' »
(1) Fabretli, Glossar. ital.f veibo Pîeo
(2) Ibid., vcrbo Ero.
(3) /^irf.,verbo Beste.
(4) /6ic/.,verbo Mais.
11 y a de M. le profes$:eur Rabastô une tlièse sur la langue osque, fort bien faile, publiée à Rennes rn 18G5. L'auteur y fait voir combien sont nombreux les mots osques communs à nos dialectes.
(5) Plaut., Truculent., v. 681.
{&) Ibid.,y. 891.
ciiAPiTRK dixiè:mk. kl9
On peut défier tous les grammairiens d'expliquer ce dic-dum autrement que par les dialectes gaulois.
— CAPjeaAT. — Fro.vtb capeaata. — Ces deux mots, étrangers au latin littéraire, ont exercé l'imagination des érudits romains. Varron croyait que fronte caperata, expression qui est dans Naevius et qui se retrouve aussi dans Plante, sous la forme from caperat, venait de capra, chèvre, et signifiait un front menaçant et hérissé (i). Voici le vers de Plaute :
« Quld Uluc esty quod illi eaperat from severitudine (2) ? « Qu*y a-t-il, que son front se couvre de sévérité ? »
Quel rapport un front sévère peut-il avoir avec une chèvre? N(>us n'en apercevons aucun. Nous aimons mieux recourir aux dialectes gaulois, dans lesquels capera signifie couvrir. En gascon, froun capérat est un front couvert, soit que les rides du chagrin le plissent, soit que les cheveux le voilent.
7— Galle. — Ce mot, qui se trouve dans la loi agraire dite Thoria, édictée lli ans avant l'ère vulgaire, appartient évidemment au latin rustique, puisque l'auteur de la loi se croit obligé de l'expliquer par le mot correspondant du latin littéraire. Il signifie chemin; la loi s'exprime ainsi :
<c Si quelqu'un, en faisant voyager ses troupeaux, les a conduits ou fait paitre dans des chemins ou voies publiques, — m calleis viasve publicas, — pour ces troupeaux, qui ont pu paitre en voyageant dans ces chemins ou voies publiques, — iVi callidus vieisve pubiicis, — il n'aura rien à payer, soit à la population, soit au collecteur des impôts. »
Ce mot calle est resté dans l'italien et dans l'espagnol, où il veut également dire chemin.
— Bravium. — Brabium. — Brabeum. — Employé seulement à partir du premier siècle de l'ère vulgaire, dans le Nouveau Testament et dans TertuUien, ce mot n'a aucune analogie avec le latin littéraire. Il signifie le prix du combat ou du courage. TertuUien dit aux martyrs : a Vous allez livrer le bon combat, dont le prix, le brabium, est au ciel (4). »
(0 Varr., De Ling. latin., lib. VU, cap. CVIf. Mueller. Paris, 1837.
(2) Plaut., EpidiCyV. 585.
(3) Egger, Latini sermon, velust. reliquLv, cap. XXIX, § 11. (4)Terlull., Ad martyr., cap. III. — « Bonum agouemsubituri estis, in quo
brabium... incœlis. »
420 LANGl'K FRANÇAISE.
Dans la langue de Rome, l'homme courageux, résolu, se nommait strenuus, fortis. Ce n'est que dans les dialectes gaulois que l'homme courageux se nomme brave^ bravo, et que le courage se nomme bravoure. C'est évidemment en signe de triomphe que Ton crie encore aux vainqueurs : Bravo (1) !
Peut-être est-ce ici le lieu où il convient de placer le jurement national et traditionnel des Gaulois, jurement aussi ancien que la nation elle-mt^me^ puisqu'on le trouve écrit en toutes lettres dans les plus anciennes inscriptions osques ou samnites.
Ce jurement, puisqu'il faut le formuler, c'est foutre.
On le lit ainsi écrit dans une inscription antique trouvée à Bénévent (2), et le sens du mot n'y est pas douteux.
Chose étrange, le môme ordre d'idées a prévalu dans le jurement des autres nations gauloises; les Italiens disent cazzo, et les Espagnols carajo.
A côté du jurement gaulois se place une expression qui en dérive évidemment, mais qui n'entraîne aucune pensée obscène ou grossière de la part de ceux qui l'emploient. Cette expression^ usitée parliculièrement dans le peuple, n'est que vive et énergique ; c'est celle de se fouh'c en colère, se foutre par teiTe, se foutre dans la tête, foutre le camp.
Dans l'antique dialecte de l'Ombrie, cette expression signifiait, comme parmi nous, êtrCf faire, mettre, se montrer.
Une invocation à Jupiter, conservée dans les Rituels de Gubio, est ainsi conçue :
« Dieu GniboTius, fous-toi favorable. » « Die GraboviCf fitu fos (3). •»
(1) Le|)cui>1e formait naturellement la majorité aux courses et aux spectacles du cirque, et il eài logique de supi>oser que la langue populaire s*y imposait. CVst ce que constate Quintilien, en difanl qu'on parlait barbare dans le cirqae, ce qui signifiait, dans sa bouche, qu'on y parlait les patois italiens : Tota txpe iheatia et omnem circi turbam exclamasse barbare.— Quintilian., Institut, orator., lib. I, cap. VI.
En grec, le prix du combat ne s'appelait pas brabium, mais àOXov, et Pétrone avait fait passer le mot dans le lalin. Cela prouve bien que bravium appartenait à une langue étrangère.
(2) Fabrelli, Glossar. italic., vcrbo Futrei.
(3) Fabrelll, Corpus hiscript. italicav,, — Tahul. eugubin. VI. lin. 30, 33. La ligne '#0 |)orte la version fui h /'onç.