CHAPITRE DIXIÈME
S'adressant à une déesse, le Rituel ajoute :
« Ferfa Martia, foutez-vous favorable. » « Ferfa Martia, FUTCTo/bncr (l). »•
— SusuM. — JusuM. — Ces deux mots appartenaient nécessairement au latin populaire, car, pour dire au-dessus et au-dessous, le latin de Rome disait supra et infra.
Susum se trouve dans la sentence des frères Minucius, rendue 117 ans avant l'ère Milgaire, et daiis laquelle nous avons déjà signalé d'autres mots purement italiens (2). Saint Augustin a employé susum eijusum (3).
La plupart des ' dialectes italiens modernes ont conservé ces deux mots, sous la forme suso et gùtso. Le languedocien dit sus pour dessus, etjous pour dessous (4); dans le dialecte d'Âgen^ que Jasmin a rendu célèbre, en haut se dit lassus, et en bas lajus.
— Lenis. — Ce mot, employé par Martial (5), et sans aucune analogie avec le latin littéraire, signifiait bateau. Il était évidemment gaulois ; et il appartient en effet à la langue catalane, où une embarcation s'appelle un lin. Le mot est fréquemment employé par Bernard d'Esclot et par Ramon Montaner dans leurs chroniques. On sait d'ailleurs que Martial était Espagnol.
Maccus. — C'était le nom traditionnel que le bouffoji portait dans les farces osques, nommées Atellanes (6). Ce mot appartient encore, avec le même sens, aux dialectes méridionaux. On appelle maccou, au pluriel maccous, en Gascogne, les bateleurs du plus bas étage qui se montrent quelquefois dans les villages. On les nomme aussi couarrous, queues-rouges.
Glut, glut. — Cette onomatopée, imitant le bruit que fait le vin sortant d'une bouteille, et qui était employée par les vieux chansonniers latins (7), est restée chère à nos poètes du
(1) Fabrelli, Corp, inscript,, Tabul, eugubin, VI, lin. 62.
(2) Inde noTio Lcmuri susum usque ad rivura combcrane... Egger, Lafini sermon, vetust, reliquiœ, p. 186. On y lit : In montem qui vocatur Boplo. — On y lit encore: Prataque fuerunt proxuma foknisioei, près delà fenaison.
(3) Jusum vis facere Deum, et (e susum ? Saint AugusMn, In Episiol. Joann, Tractât. VIII, cap. II.
(4) Une vieille chanson languedocienne dit ; Lés péscountrola muraillo, é lécapjous lé roubi.
(5) .Martial, Epigr. I, 50.
(6) Fabretti, Glossar. italic, vcrbo Maccus.
(7) Anthologie latine, II.
422 LANGUB FRANÇAISE.
dix-huitième siècle^ auxquek le glou glou de la bouteille fournissait une rime assez riche à treille,
Copis-copE. — Ces mots, appartenant à la langue de Plaute (I), signifient quantité, abondance, abondant. Ils sont encore dans les dialectes gaulois; dans le français, sous la forme beaucoup; dans le gascon, sous la forme bet-cop.
Caulis. — C'était le nom du chou. Varron constate qu'il était étranger à la langue latine (i). Le mot était gaulois ; il est dans le bas- breton, sous la forme caol, et dans le gascon, sous la forme caoulet. L'autre nom latin du chou, brassica, était également gaulois; c'est le mot breton brésic.
PuLs. — Très-ancien mot, dit Varron (3), il signifiait bouillie. Les Latins s'appelaient eux-mêmes mangeurs de bouilliejTroXro^aY^i. Le moi pouls signifie encore bouillie en bas-breton.
HosTis. — C'était, dit Varron, le mot par lequel les anciens Romains désignaient un hôte. Le sens du mot avait changé jusqu'à signifier ennemi. Il avoue ignorer pourquoi hostis avait pu vouloir dire hôte (i). La raison en est simple; c'est que le mot est gaulois. En bas-breton, hostiz veut dire hôte, et hostizes, hôtesse. .
ScRUPUS. — Vieux mot cité par Festus (5), et signifiant aigu, hmssé. Ce mot s'est conservé dans les patois de la Gascogne et du Béarn, où il sert à composer le nom propre Mont-estruc. Aigu, hérissé se dit, en catalan, esquiou, et sert à composer le nom Mont- esquiou, Mont- esquieu .
Redamtruare. — Ce mot est important comme signification et comme origine ; il désigne le mouvement d'arrêt imprimé à la ronde des Saliens par celui qui la conduisait, mouvement consistant en une sorte de pirouette, imitée aussitôt par tous les danseurs. Voici comment Varron explique celte danse :
a Redamtruare, se dit de la danse des Saliens, lorsque le coryphée a pirouetté, c'est-c^-dire a exécuté son pas, ce que les autres répèlent à son exemple (6). »
(1) Forcellini, verbo Copia.
(2) Varr., De Lingua /atin.,p. 30, éilil. Miieller, Paris, 1837, in-18.
(3) Ibid., p. 31.
(4) /«»id., lib. IV, cap. iv.
(5) Fesl., De Vejbor. significat., p. 220, Eggor, in-18, Paris.
(6) Redamtruare dicitur in Salioruni exsultalionibii:), quuin prie.su1ampirua\it, quod esf motus edidil : ei referunlur invicem iideiii motus. — Fesl., De Verhor. significat., p. 138. in-18, Kgger.