PREFACE. V
L'explication improbable 9 nous Tavons aussi indiquée ; c'est celle qui attribue Tintroduction de ces mots grecs aux Phocéens de Marseille , et Tintroduction de ces mots latins aux légionnaires de César.
Or, le moyen de croire qu'à des époques reculées , où des forêts inexplorées et des fleuves sans ponts rendaient les communications presque impossibles, les Phocéens de Marseille, bloqués dans leurs murailles par des voisins féroces y ignorants des localités et des villes de la Gaule , le moyen de croire , disons-nous, que ces Phocéens auraient porté dans les contrées les plus éloignées de leur ville, en Picardie, dans rile-de-France, en Basse-Bretagne, en Gascogne, en Béarn, les mots grecs fort nombreux qui se trouvent dans les idiomes de ces pays?
Le moyen d'admettre que des soldats illettrés , mille fois plus illettrés que les nôtres , appartenant à toutes les provinces de l'Italie , en parlant tous les patois , depuis le gaulois cisalpin jusqu'à l'osque, et placés psur les empereurs romains dans des camps retranchés, le long du Rhin, auraient répandu en Normandie, en Auvergne, en Languedoc, en Guyenne, dans les provinces qu'ils n'habitèrent jamais, l'usage d'une langue qui n'était pas la leur, et qu'ils n'avaient pas apprise ?
Le moyen d'accueillir sans rire une doctrine d'après laquelle six millions de paysans gaulois, disséminés dans des provinces isolées, se seraient tous entendus , laboureurs, pâtres, bûcherons, mineurs, matelots, sans exception d'une seule contrée, d'une seule vallée , d'un seul village^ d'une seule famille , pour oublier tous à la fois leur langue nationale , celle dans laquelle ils nommaient leurs travaux, leurs outils, leurs animaux domestiques, celle qu'ils employaient avec leurs femmes et avec leurs enfants, et se seraient spontanément mis à parler latin, lorsque, de nos jours, sous nos yeux, l'élite de la jeunesse, guidée par les meilleurs professeurs, pâlit sept années sur la langue latine, sans réussir à la parler couramment?
C'était donc une étrange hypothèse, de supposer que les