CHAPITRE DIXIRMB
Le sens de redamtruare est donné parjson origine gauloise ; red andro, en bas-breton, veut dire marcher, retourner en arrière. Dans les rondes qui se dansent encore en Suisse et en Gascogne, le chorége s'arrête à une certaine niesure, imprime à la danse un mouvement en arrière, auquel tout le monde cède, et il reprend ensuite le mouvement en avant, après avoir exécuté le pas exprimé dans le mot latin ampiruavit, qui répond à notre pirouette {\).
RuBiDus. — Mot employé par Plante (2). Ajouté au mot panis (3], il désignait le pain mollet et pas trop cuit. Ce mot appartient à la langue de la Gascogne, dans laquelle pasto roubido a la même signification.
Fluta. — C'est, avec celui de murène, le deuxième nom que les Romains donnaient à la lamproie (4). Tout le monde sait que la lamproie, par sa forme et par les trous ronds dont elle est naturellement percée, ressemble exactement à une flûte. Or, la fliUe étant appelée en latin tibia, il est bien évident que le nom de fluta donné à la lamproie avait été emprunté aux dialectes gaulois.
Cernere. — Quintilien fait observer que ce mol avv^it plusieurs
significations (5). Il désigne notamment celle des mots cernere fa-
rinam, qui voulaient dire bluter la farine. Cette signification s'eit
exactement conservée dans les dialectes gascons, où ceimé veut
.dire bluter.
Insicia. — Nom latin de la saucisse. La langue gauloise a d'autant plus de raison de le revendiquer que les Gaulois furent, selon le témoignage de Varron, les introducteurs de la charcuterie en Italie (6). Le mot insicia se trouve dans un vers salien (7). Le plus savant des Romains ne dédaigne pas d'entrer dans le détail des diverses et nombreuses préparations dont le porc était
(1) Les Saliens, inslilués par Numa, n'étaient pas Italiens. Ils étaient de nation et de langue étrangère. « Ils chantent en dansant des vers d*une ancienne institution de leur pays. » — Dion. Hslic^m.j AnCiquilal.j lib. II, cap. lxxi. — C^est pour cela qu^Horace et Quintilien n'entendaient pas la langue des vers saliens.
(2) Casina, act. H, scène 5. V. 5.
(3) Panis rubidus. — Festus, De Verbor, significat., Egger, p. 12G.
(4) Miicrob., Satumal., 1. 1, p. 355, edit. Panckouclie.
(5) Quintilian., Tnstit. oralor., t. III, p. 393. edit. Pancliouclke.
(6) Varr., De RerusUca, lib. II, cap. ii.
(7) Varr.. De Ling. latin., p. 32, in- 18, Mueller.
42i LANGUE FRANÇAISE.
Tobjet parmi les Gaulois. Le jambon y obtient une mention honorable, sous le nom de pema, qui était gaulois également. Peutêtre n'est- il pas tout à fait hors de propos d'ajouter ici que, dès le temps d'Athénée^ sous Alexandre Sévère, les jambons de Pampelune et de la Navarre étaient déjà en possession de la réputation qu'ils ont conservée , sous le nom de jambons de Bayonne (1).
I^BA. — C'est le nom par lequel Pline désigne l'épi du maïs (2). Le mot n'a pas changé depuis Pline. 11 s'appelle lova en patois lombard (3).
Melium. — C'est, en patois du Latium, le nom du collier des chiens (4), qui s'appelait collare en latin littéraire. Il s'appelle encore mel en patois de la Lombardie (5).
ExAGiscLA. — Ce mot se trouve, avec le sens de briser, dans une inscription antique d'Aquilée (6) ; il est donc gaulois. Ce qui ne permet pas d'en douter, c'est que chiscla, hè chiscla, signifie briser avec bruit, avec éclat, en langue gasconne.
Carmlnare. — Vieux mot latin signalé par Varron comme employé pour exprimer l'action d'étirer, de carder la laine, carmi^ nan lanam (7). On dit encore en gascon escarmia.
Nenu, nenum. — Très-vieille forme de la négation latine, employé par Lucilius (8). C'est évidemment le neni, le nani gaulois.
Taliare. — Mot du patois lalin, suivant Varron (9), signifiant, émonder, tailler les arbres. Il a la même signification dans la plupart de nos dialectes.
Cante. — Mot qui se trouve dans un vers salien, et qui signifie chant, comme parmi nous.
Plorassit. — Très-vieux mot des XII Tables, signifiant çu'iY pleu7HU (10). — C'est purement et simplement le mot gascon équi-
(1) Alhcn., lib. XIY, p. 657, édit. de Casaubon., in-fol.
(2) Plin., flist. naiur., lib. XVllI, cap. x.
(3) Diondelli, Vocabol. lomb., verbo Lova.
(4) Varr., De Re Rustic. lib. II, cap. ix. f5; Biondelli, Vocabol. lomb., veibo }tcl.
(fi) Fabrelti. Glossar. HaliCt verbo Exacisda.
(7) Varr., De Ling. latin., p. 101, in- 18, Mueller.
(8) Fabretti, Glossar. italiCf xerho Senu.
(9) Ibid., verbo Taliare.
(10) Si parentem puer verberit, asl ille plorassit... E;ificr, Lat. sermon, vef, relifj.y cap. JV.
CIIAPITlie DIXIÈMK. i25
valent ké plouressé. L'impératif se trouve dans Plaute, qui dit dans le Charençon : ne plora (t), mot qui serait très-exactement traduit en béarnais par nou plourés.
Grandis. — Grandiri. — Très-vieux mots latins ayant le sens (le grand, grandir. Plante a employé le premier dans la Marmite, en disant : « J'ai une grande fille, virginem habeo grandnn (2) ; » et le second, grandiri, est dans un texte de Tan i30 avant l'ère vulgaire, grandiri, fœtum frugum (3). Qui ne voit que ces mots, étrangers au latin littéraire, qui disait magnus, au lieu de grandis, et crescere, au lieu de grandiri, ont une tournure et une origine celtiques?
Gavisi. — Ancienne forme du parfait d'un très-ancien verbe latin, signifiant oser (4). Au lieu de gavisi, le latin littéraire disait ausus sum. Le gascon a conservé la vieille forme latine, dans gansa; il dit k'eigaiisat pour gavisi. Caton le Censeur employait une forme intermédiaire, qui était ausi. Il dit : « Non ausi recusare, je n'ai pas osé récuser (f>). » Ausi est la même chose que la forme française j'ai osé.
Mage. — Forme indéclinable équivalente au comparatif du latin littéraire majori, plus grand. Le mot est dans Plante, avec cette signification : « il aime de plus grand cœur, mage amat corde (C). » Cette forme est absolument gauloise ; les Gascons disent exactement mage, avec le même sens; k*el mage, il est plus grand.
Tanto melior. — Expression de Plante (7). C'est le français tant mieux, et le gascon tan meiliou.
Peda. — C'est, d'après Festus (8), le nom ancien de la trace du pied humain. Le mot se trouve dans le patois de l'Isère, sous la forme pia (9).
PiPCLUM. — Mot très-ancien, d'après Festus (10); c'est le piaulement des oiseaux de basse-cour; en gascon pioulet.
(i) Plaut,, Curcul., t. IV, p. 3'i, édit. Panckoucke.
(2) Plaut., i4u/u/ar., t. II, p. 34,6dit. Panckoucke.
(3) Egger, Lat, sermon, vdust. reliq., p. 174.
(4) Fabreiti, Glossar. ital., verbo Gavisi.
(5) Egger, Lai. sermon, vetust. reliq., p. 120. — Calon le Censeur mourut 149 an8 avant Tère vulgaire.
(0) Plaut, Truculent., t. IX, p. 216, éilit. Païukoucke.
(7) Ibid.,\^. 336.
(8) FesL, De Verbor. siyniftcal., p. 275, in- 18, Egger.
(9) Cliami)olUon-Figcar., Essai sur les patois, p. 178.
(10) Fest., De Verbor. signi/icaf., p. 114, Egger.
ViE I — C*e$t le célèbre mot prononcé par Brennus, en pesant Tor du Capitole , vœ victis, malheur aux vaincus, et resté depuis lors un proverbe, comme l'atteste Plutarque (I). Tout porte à croire qu'il était gaulois, car il se trouve avec la forme guai, signifiant malheur à, dans l'un des plus anciens monuments de la langue française, qui est la traduction du Livre de Job, publié par M. Le Roux de Lincy, à la suite des Quatre Livres des Rois (2).
Babu. — Ce mot est volsque. Il se lit ainsi : Babu Poleenis, ce qui veut dire fils de Poleenis (3). Nous le plaçons à la suite de mots empruntés aux patois antiques du Latium, pour nriontrer que les dialectes gaulois avaient leurs racines dans toutes les parties du sol italien.
Un assez grand nombre de patois actuels de la France et de la Suisse possèdent ce mot. En dialecte de Giromagny, dans les Vosges, et- de Champagncy, dans la Haute-Saône , /?& se dit boube.
Dans la montagne de Diesse, canton de Berne, on dit bouebe; dans le val d'Entremont, canton du Valais, on dit boubo; dans le patois du Locle, canton de Neufchâtel, on dit boueube.
On pourrait continuer encore cette liste des mots empruntés au latin rustique du Latium ; on pourrait surtout ajouter à la liste des mots manifestement gaulois une liste de tournures manifestement, gauloises. Lorsque Gaton le Génseur disait : (c nous nous occuperons de faire, occupabimus facere{h)\ » lorsque Na^vius écrivait : « On achète des meubles, môme lorsqu'ils ne servent pas, quia supellex multa quœ non utitur, emitur tamen (5), » il est évident qu'ils parlaient le patois du Latium, non le latin littéraire de Rome. Ainsi faisaient les praticiens romains, lorsque, 417 et 111 ans avant l'ère vulgaire, ils écrivaient, dans la sentence des frères Minucius et Rufus et dans la loi Thoria agraria, les formules actuelles de nos notaires, lesquels écrivent «... tous les biens qu'il jouit et possède ». En effet, la sentence dit : a agrum possidebunt fruenturque (6) » ; et la loi Thoria dit : « possessionem
(1) Plutarch., in Camillo, cap. XXXVI.
(2) Livre de Job, p. 8.
(3) Inscription antique de Rapino^ Fabrelti, Corpus inscript. ,\\° 2711. (i) Egger, Latini serm. vetust. reliq., p. 162.
(5) Aulu-Gell., JSoct. atiic, t. JII, p. 75, édil. Panckoucke. (0) Kggcr, Latini sermon, vefuslior. reliqnij.^ p. 188.
CUAPITIIE mxiÈMK. 427
utaiur, fruatur, hdbeat, posstdeatque (1) ». Ce qui était du patois latin est resté du patois français.
Tels étaient et le génie grammatical et le vocabulaire du latin usuel et vulgaire parlé par les habitants du Latium. L'un et l'autre l'éloignaient du latin cultivé et littéraire de Home^ dont nous allons esquisser, dans leurs traits principaux, l'histoire et le caractère ; l'un et l'autre le rapprochaient de l'osque, du samnite, du sabin, de l'ombrien, de l'étrusque, et le constituaient, avec eux et comme eux, l'un desdialectes principaux de la langue générale commune à l'Italie.
Le temps, qui change tout , altère aussi les côtés accessoires des langues , tels que la prosodie, la forme des mots , les mots eux-mêmes, dont il crée ou détruit un certain nombre; mais le temps ne peut rien contre l'essence même des langues , c'est-à-dire contre leur grammaire ou contre les termes fondamentaux de leur vocabulaire. C'est pour cela que la langue vulgaire du Latium conserve encore, par rapport aux langues vulgaires de l'Étrurie, de l'Ombrie, de la Sabine et du Samnium , les rapports de parenté qui les unissaient il y a trois mille années.
Voici des fragments de chants populaires, en langue vulgaire du Latium actuel; le lecteur y retrouvera, av.ec tous les caractères de la langue des chants populaires de la Toscane, de l'Ombrie, du Picenum et de la Calabre, le caractère de nos patois de langue d'oc.
Patois dc Latium.
0 rondinella, che per Taria vai, Ferma il golo ed ascolta due parole :
Dainmc *na penna délie tue heW ali, Pe' scrivere *na letteraa lo mio amore (2).
E mi parete un angiolo d^amore Un angiolo d'amore mi sembrate Quando co' *sta boccuccia rossa e bella Vol dite le parole dolci e melatc (3,\
Bclla, mi parto c me ne to lontano, E colle tue bellezze m'incatcno ; Ti lascio lo mio cor per guardiano ; Ti prego, l)ella, tienlelo al tu seno (4).
(1) Egger, Lat. serm.,\*. 210.
(2) Oreste Marcoaldi, Caniipopolari, p. 131
('4) Ibid., p. 142.
428 LAKGIK FRANÇAISE.
PlTOM DE L* GâKOCNr.
O cngraeUlo, qui perlurù bu, Arreslo loun bol è escoulo duos piraoâlo*. D>-mé ùo plnnto d« Us hèro« alot , Earlé eserioitt Ao Mtro «oQ men tiaoa.
E" m' pirMiex un anioDlel d'MWHi , Unujoulel d'unou mé scidUiU, Qouan dab ■ qu«s1o bonqnëlo raso et Mm Bout dûetz lupanoûlos douçai et de tn^'ofl.
Bèro, ké pirliwlii f I m'en baon louy, £ dab la béoûUl ra'encad^ni :
K'el dèchi loa men ta per gardien ; Tcn pT^oi, bèro, ten-lc-lon d<u toun s^ii.
La langue vulgaire du Latiuni cORser\'a, même aux plus beaux jours de la langue de Cicéi-on, d'Horace et de Vii^ile, une importance pratique assez considérable. Les peuples latins la parlaient, et certains lettrés l'écrivaient. Les inscriptions funéraires montrent qu'elle servait à l'usage des familles. ■
D'un autre cdté, même lorsque l'admission de tous les Italiens au droit de cilé romaine eut étendu à l'Italie entière l'usage du latin comme langue d'État, cet usage en resta nécessairement furt restreint, à cause de la rareté des écoles et de la cherté des éludes. Selon la remarque de Sidoine Apollinaire, ceux-là seuls qui appartenaient à des familles riches ou qui aspiraient aux carrières publiques se vouaient à l'éiude du latin littéraire ou aux luttes du prétoire (I).
L'enseignement et la propagation relativement croissante de la langue savante de Rome n'enlevèrent donc jamais à l'idiome rustique du Latium, pas plus qu'à ceux de l'Ombrie, de la Sabine, du Samnîum, de la Cumpanie ou de l'Étrurie, son utilité journalière.
C'est pour cela qu'il conserva le nom de lah'n quotidien, que lui donne Jules Capitolin, et de latin usuel, que lui donne Sidoine.
Auguste écrivait souvent ses lettres en latin quotidien ou vulgaire (â), qui avait, dit Quintilien, une nature entièrement propre et distincte (3).
Ses règles étaient si difTérentes de celles du latin de -Rome qu'elles étaient l'objet d'un enseignement formel , sous des pro-
(OSUIon. Apallinar., Epiit., lib. VIII. Epis!. II. [1] Suetoii., Oelac. Àugiitt., cap. LXXXVIl.
!S) Aliarn enini Tidclur iiobere naturam sernio Tulgaris, Bliain riri eloqucntii Dtdtia. — QninliliaD., IhiIU. oratoi:, lib. XII, cap. xii.
CUAPITRE DIXIÈME. 429
fesseurs spéciaux. C'est ainsi que Marc-Aurèle apprit le latin vulgaire sous trois maîtres, qui étaient Trosius Aper, PoUion ^t Eutychius Proculus de Sicca, et le latin littéraire sous Cornélius Fronton (1). Sidoine, pour répondre à toutes les nécessités de la grande situation qu'il avait acquise à Rome, dut aussi apprendre le latin usuel ou rustique, qu'il avoue , dans une lettre à son ami Félix, n'avoir jamais possédé que médiocrement. « Je ne l'écris guère mieux que l'autre , o dit-il avec modestie (2), quoiqu'on sache qu'il écrivait le latin littéraire aussi bien qu'aucun étranger. Il se pourrait que l'expression de latin quotidien embrassât « avec le latin du Latium, les autres dialectes de l'Italie. César parle dans ses Commentaires de ses interprètes quotidiens (3) I lesquels pouvaient lui servir, non-seulement dans ses relations i avec Rome , mais encore dans celles qu'il avait en très-grand , nombre avec les populations de son gouvernement, ainsi qu'avec \la Gaule transalpine.
Nous avons vu que saint Jérôme donne au latin usuel ou patois du Latium le nom de langue vulgaire, ou militaire (4), dans sa polémique contre Rufin, et le nom de langue rustique, à l'occasion de Fortunatianus , évéque d'Aquilée (5). Toutefois ce dialecte portait aussi le nom de langue latiale. Dans une inscription funéraire de l'année 433 de l'ère vulgaire, le défunt apprend à la postérité qu'il excellait dans la langue latiale, et il le prouve en écrivant son nom Silbius Dorotheus Diomedes (6).
(1) Usus prœterea grammalids, grœco Alexandro; quotidianis latinis, Tro»io Apro, et Pollione, etEutycbio Proculo Siccensi. Oratoribus usas est... Latino, Frontone Cornet io. — Jul. Capitol. M. Antoninus, cap. I.
(2) Excusalio ista hœc, etiam si faisset fera, transirerat : quia post terminatum libellam, qui parum cultior est, reliquas denuo litleras usuali, licet accusa tus mihi melior non sit, semione contexto. — Sidon. Appolinar., Epist.^ lib. IV, Epist. X. Felici suo.
(3) Gœsar., De Bell, gall.^ lib. I, cap. xix.
(4) Contra Eu/inum, lib. II, § 2.
(5) S. Hieron., Oper., t. II, p. 492, Vérone, 1735, in-fol.
(6) In eloquio latiari exceÛens. DeRossi, InscripL Christian., ann. i33.
t CHAPITRE XI.
^f LATIN LITTÉRAIRE DE ROME. SA FORMATION ET SA CHUTE GOMME LAN-
*l GUE PARLÉE.
« ; Études sur la nature du latin de Rome. — Travaux des anciens et des modernes. —
pi
> Les anciens considéraient Rome comme une YiUe grecque, et le latin de Rome comme
l ^ dérivé du grec. — Opinions et preuves. — A quelle époque la langue latine de Rome
I commença i être modelée sur le grec. -~ Éléments italiens de ce btin. — Ses élé-
a I ments grecs. ~ Environ trois mille mots grecs y sont introduits. — Par qui et i
4 i quelle époque? — Le vocabulaire latin est donc grec en grande partie. — La gram-
i l maire latine se façonne sur la grecque. — Ce travail commence i Plante et àTérencc.
^ . — Études grecques & Rome. — Abus du grec. — Néanmoins ce latin, fiiit à Timage du
/. ' gr^, ne dépasse pas les limites de la société lettrée, formée par les éc<^es publiques.
'^; : — Organisation de renseignement i Rome. — Lois des empereurs i ce si^jet. —
Hors de Rome , le latin est une langue écrite, non généralement parlée. — Il disparaîtra avec la société aristoc atique de Rome. — C'est par la chute de cette société, non par l'invasion des barbares, que le latin a disparu comme langue parlée. — Les ' gouvernements barbares ont tous maintenu le latin comme langue écrite. — Dispcr-
^ sion de la société aristocratique de Rome. ~ Invasions d'Alaric, de Genseric et de To-
tila. — La ville est pillée, la population est dispersée, les monuments sont détruits. — Rome, abandonnée, est peuplée par les bétcs fauves. — Les Romains chassés, elle *est repeuplée et rebAtie par des populations de toute ritalle. — On n*y parle plus latin, mais italien. — Poêle anonyme du VI* siècle qui constate cet état de choses. — Délivrées du Joug de Rome, les nationalités et les langues celtiques se réveillent. — " Renaissance et culture des patois, en Italie , en Gaule et en Espagne.
Nous allons rechercher et préciser dans ce chapitre les principes constitutifs du latin littéraire de Rome, et indiquer les causes, selon nous jusqu'ici méconnues, qui amenèrent sa chute comme langue parlée.
La nature et Torigine du latin de Rome ont été, depuis vingt siècles, l'objet des travaux des érudits , mais c'est surtout depuis le seizième siècle qu'elles exercent leur sagacité. Langue officielle et sacrée du catholicisme occidental, c'est-à-dire langue des saintes Écritures, des conciles, des Pères, du droit canon et de la liturgie, le latin a profondément pénétré nos sociétés modernes, à l'éducation desquelles il préside , et auxquelles il ouvre le sanctuaire vénérable des lettres antiques.