‹ Histoire des origines de la langue franc̜aiseChapitre 205 sur 256 · CHAPITRE OTfZlÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE OTfZlÈME

des poissons aux Grecs, et les noms des fruits et des légumes soit aux Grecs, soit aux étrangers (1); et il ajoute que beaucoup de noms de vêtements étaient gaulois (2).

Les Sabins, qui s'étaient établis parmi les Romains dès les premières années de la fondation de Rome, avaient apporté un contingent considérable de mots à la langue latine. Crepusculum , crépuscule; Cascus, vieux; Porcus, porc; Hircus, bouc; Lixula, lessive; Mus, ides (3); Muleta, amende (4); Curis, lance (5); Terenu$, tendre (6); Nero ^ brave (7), étaient sabins. Chose remarquable, les Sabins avaient encore apporté aux Romains la notion et le nom de la plupart de leurs dieux, Feronia, Minerva, Hercules, Vesta, Salus, Fortuna, Fides, Jovis, Saturnus, Luna, Termen, Diana, Quirinus (8).

Lanuvium avait aussi son dialecte, qui avait fourni au latin immane, funeste, énorme , de mane favorable, propice (9); et Praeneste y avait glissé le sien en assez grande abondance pour provoquer les moqueries de Plante (tO) et les colères de Lucilius(ll). .

La part des divers dialectes antiques de l'Italie dans le latin était donc considérable, et elle explique les rapports frappants du latin avec les dialectes italiens modernes, comme la ressemblance du patois actuel du Latium avec ceux de l'Ombrie, de la Sabine , de la Pouille et de la Toscane.

Mais la part du grec dans le latin était énorme , et elle tenait à deux causes, comme elle remontait à deux époques.

L'invasion du grec dans la langue latine étant, d'après le témoignage unanime des grammairiens, l'événement capital de son his-

(t) \arro, De Lingua lai in. ^ p. 23, édit. Egger.

(2) /6id.,p. 47.

(a) Ibid., p. 53,92, 38,42^ 86, édit. Egger.

(4) Aul.-GcU , /Voc^ a^/ic, 1. 1, p. 211, édit. Panckoucke.

(5) Pompon. Fest., De Verbor. signifLcat.^ p. 116, édit. Egger.

(6) Macrob., Saturnal., 1. 1, p. 377, édil. Panckoucke. (7)Sueton. Tiber., cap. L

(8) Varr., De Lingua latin,, p. 29, 30r, édit. Egger. >

(9) Macrob., Satum., t. I, p. 51, édit. Panckoucke.

(10) Dans le Truculentus, Plaute se moque des Prénestins, qui mangeaient la moitié de leurs mots, et disaient Rabo pour Arrabo, arrhes, t. IX, p. 288, édil. Panckoucke.

(1 1) Quintilien rappeUe la colère de Lucilius, reproclianl à Veclius de mêler au latin des mots prénestins , sabins et étrusques. — Quintil., Jnsiit.orator., lib. I, cap. y.

kïO LANGUE FRANÇAISE.

toire, il était nécessaire à l'objet de ce livre d'en constater la certitude^ d'en mesurer l'étendue et d'en assigner la date.

Combien de mots purement grecs y a-t-il dans la langue latine? Par quels écrivains , c'est-à-dire à quelle époque y ont-ik été introduits? — Telles étaient les deux questions qui s'imposaient à la thèse ayant pour objet de démontrer qu'en effet la langue latine s'est modelée sur la langue grecque , qu'elle est devenue par la culture des écoles comme un dialecte grec, afin que cette thèse acquit la certitude d'un fait matériellement démontré.

Nous nous sommes mis en mesure, par un travail fort simple, de donner à ces deux problèmes une solution précise et rigoureuse. Sur les vingt-quatre lettres dont se compose l'alphabet grec, nous avons compté avec soin les mots que les douze premières ont données à la langue latine, et nous sommes arrivé au résultat suivant :

L*Alpba a donné à la langue latine 239 mots.

LeBéta 74 »

Le Gamma '. 36 »

LeDelta 57 »

L'Ei>6ilon 86 ••

LeDzôta 15 »

LÊta 17

LeThéla 36 »»

L'Iola 38 »

Le Kappa 201 >»

Le LamNa 71 »

Le Mu 177 »

Total 1,107

Nous garantissons l'exactitude de ce chiffre., l'ayant relevé nous-méme, avec toute l'attention dont nous sommes capable et que la question demandait (1). Nous avons exclu les noms de la mythologie, de la géographie et de l'histoire, nous bornant aux termes de la langue usuelle, ainsi qu'à ceux de la langue des lettres, des arts et des sciences.

En supposant , ce qui peut être considéré comme exact , que

(1) Voici comment nous avons procédé :

Afin d'avoir un inventaire exact des mois, nous avons pris pour le grec le Thrêsor de Henri Estienne, el pour le latin le Lexique de Facciolali et de Forcellini. Nous avons conféré mot pour mot les deux Glossaires. Cette méthode exclut donc toute erreur.

CHAPITHE ONZIÈME.

les douze dernières lettres de l'alphabet grec aient donné autant de mots que les douze premières à la langue latine, celle-ci a donc emprunté au vocabulaire de la Grèce un peu plus de deux mille deux cents mots, chiffre qui s'élèverait largement à trois mille, si l'on y ajoutait les noms de l'histoire , de la géographie et de la mythologie, que les Romains, élèves des Grecs, avaient reçus d'eux.

Ainsi, l'assertion de Quintilien et des autres critiques est pleinement justifiée; la plupart des mots latins viennent du grec; bien plus encore, la plupart des mots latins sont purement grecs, suivant cette parole : confessis quoqûe grœcis uttmur verbù; et toute la différence se réduit, coulme le dit Festus, à une légère différence dans la prononciation , parum prolatione mutata.

L'importance de cette question nous paraissant justifier l'emploi d'une page ou deux de plus, nous allons mettre le lecteur à môme d'apprécier cette invasion du grec dans le latin , en empruntant seulement six exemples à chacune des douze lettres. Ces exemples montreront que ce n'est pas seulement aux mots déclinés suivant le mode éolique, comme l'affirme Quintilien, mais aux mots appartenant à toutes les déclinaisons que le latin a fait ses emprunts.

GREC

LATIR.

Alônp, <po«, 4.

j£ther, eris, masc.

Élher.

'A"|fyjiJL«, ato;, To.

Agema, aUs, neut.

BataUlon d'élite.

*AnàOcia, a;, i^.

Apatliia, œ, fém.

Apathie.

'A(iLvy)aT{a, ot;, ift.

Annestia, œ, fém*

Amnistie.

'AvdD.OYoCf ov,ov.

Analogi», a, ani.

Analogue.

*Aoxaû/.Y);, ov, 6.

BôXavoc, ov, 6.

Ascaules, is, imasc.

Joueur dé cornemuse

Balanus, i, masc.

Gland.

BépaOpov, ou, xè.

Baratbniin, i, neut.

GoufTre.

BcwK, ICDÇ, ii.

Basis, is, fém.

Base.

BoTpvwv, ûvo;, 6.

Botr}on,ODis, masc.

Grappe, raisin.

Bpaxtwv, ovo;, t6.

Brachium, ii, neut.

Bras.

BûXoc, ou, 1^.

raXîi, fi;. ^.

Bolus, i, masc.

Boule.

Gale, es, fém.

Belette.

TopYspCi;», Terb.

Gargarizo.

Je gargarise.

ra>.ecoTrj<, ou, 6.

Galeotes, es, masc.

Lézard.

rauodbtTjc, ou, 6.

Gausape, is, masc.

CouTcrture de laine.

fi t '

GREC

rîya;, avro;, ô.

^«4^1).^;, adT.

àidtvi[ui, atxoç, t6.

Aoxoc, ov, 6.

Apà(ia, to;, tô.

EtScdXoV, O'J, TO.

*£(Aic6piov, ou, TÔ. '£f Ti^oc, ou, 6.

'EmoToX^, ii;, Vj.

'£yco4/| oico;, 6.

•Epe(xr„Ti;,^i.

Zéa, a;, ^.

Zî^Xo;, ou, 6.

Zs{ia, ttTo;, t6.

ZriXbrriQç, ou, à, ZtC^ioVy ou, t6.

ZwVTljTJÇ, ^i.

'Hp6»;, cm;, 6.

•Hxw, où;, Vj.

Hfiep';, C6o;, Vj.

*Hpitvx, tj:, ^i.

"Hîiotp, atoç, TÔ.

'Hpa>tc> (5o;, t.

6aUta, a;, i?i.

BsaTpov, ou,TÔ.

6eK>a(io;, ou, 6.

6eu>pta, a;, ii BVi^aupo;, ou, 6.

6îaao;, ou, ô.

'laTpo;, ou, ô.

*I^ïip(;, tdo;, 1^.

*Jépa^, axo;, 6.

*J>.apo;, â, ôv.

LATIN

Genesis, is, fém.

Gigas, antis, masc.

Dapsilè.

Diadema, tis, neat.

Diopetes, is, Tém.

Docus, i, masc.

Drama, atls, neat.

Dynamis, is.

Idolam, i, neut.

Emporium , ii , neut.

Ephebus, i, masc.

Epistola, œ, fém.

Epops, opîs, masc.

Erica, es, fém.

Zea, œ, fëm.

Zelas, i, masc.

Zema, œ, Tém.

Zelotes, is, masc.

Zitanium, ii, neut.

Zona, se, fém.

Héros, ois, mise.

Echo, us, rém.

Hemcris, idi^, fém .

Heroina, ae, fém .

Ilcfiar, alis, neut.

Heroîs, idis, fem.

Talia, a), fém.

Theatnim, i, neut.

Ttialamus, i, masc.

Tlieoria, œ. Thésaurus, i, masc.

Thiasus, i, masc.

latrus, i, masc.

Iberis, idis, fém.

Hicrax, acis, masc.

Ililarus, a, um.

Naissance.

Géant.

Copieusement.

Diadème.

Rainette.

Poutre.

Drame.

Force, qualité.

Idole, image.

Marché.

Pubère.

Lettre.

Huppe, oiseau.

Bruyère.

Froment.

Zèle.

Vase, pot au feu.

Jaloux.

Folle avoine.

Ceinture.

Héros.

Echo.

Chèiie à glanl comestible.

Hémine, mesure.

Foie.

Héroïne.

Tdlle, rejeton.

Théâtre.

Chambre à coucher.

Théorie.

Trésor.

Danse.

Médecin.

Cresson .

Épervier.

Joyeux .

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