‹ Histoire des origines de la langue franc̜aiseChapitre 208 sur 256 · CHAPITRE ONZIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE ONZIÈME

sept cents ans; les lois de Guillaume le Conquérant, qui en ont huit cents, et le serment de Louis le Germanique, qui en a plus de mille.

Ce n'est point parce qu'il était ancien que ce Latin des premiers consuls était devenu inintilligible ; c'était parce que ses règles grammaticales ne répondaient plus k celle de la langue adoptée à Rome.

En vertu de quelle loi, à l'aide de quelle force s'était opérée cette révolution? En vertu de la loi qui fait du beau dans les lettres et dans les arts une intuition individuelle , propre aux intelligences d'élite que Dieu prédestine à l'enseignement des multitudes. Plante et Térence arrêtaient les formes grammaticales de la langue latine plus de cent ans avant que Crates de Mallos, envoyé du roi Attale, ouvrit à Rome la première école de grammaire (I); et Malherbe arrêtait les formes grammaticales de la langue française quatre-vingt-dix ans avant que l'Académie publiât son Dictionnaire {¥).

Toutefois, Plante avait été précédé d'un mouvement littéraire passager, aussitôt étouffé que produit. Le sénat , encore inabordable aux lettres, avait par un décret solennel chassé les rhéteurs latins de Rome 75 ans avant la mort de Plante, ou 258 ans avant l'ère vulgaire.

En quoi donc avait consisté le travail de régularisation de la grammaire de Rome commencé par Plante et achevé à peu près complètement par Térence?

Fien évidemment il avait consisté à fixer avec précision, pour les substantifs les règles des cas et des genres; pour les verbes les règles de la conjugaison active et passive, par rapport aux temps, aux modes et aux personnes; pour la syntaxe, les règles sur l'accord des substantifs et des adjectifs, ainsi que sur le régime des verbes et des prépositions.

Avant Térence, l'empire absolu de ces règles ne s'était pas en- * core imposé aux écrivains.

On a vu dans le chapitre précédent les substantifs se refuser à l'application des cas.

Livius Andronicus formait le génitif de Latona^ de Monefa, du *

(1) C'était un grammairien grec. — Sueton., De Clar. rhetor.

(2) Malherbe mourut en 1628 ; et le Dictionnaire de l'Académie parut en

\: '■ :. substantif e$ca& sans désinence casuelle ; il disait Filim LatonoM ,

. pour Filius Latonœ, Filia Monetas pour Filia MoneioPy Mentionem es^ [ ;^ cas pour Mentionem escœ.

Le texte des XII Tables méconnaissait l'ablatif casuel du mot nox; et il disait : o sei nox furtum factura escit n , au lieu de « sei

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