CHAPITRE ONZIÈME. kll
des Romains, après en avoir été les spoliateurs, les barbares qui ont inondé la Gaule, Tltalie et l'Espagne, ont adopté le latin comme langue politique et administrative. Leur domination comprime donc encore la nationalité de ces grands pays, comme la langue légale q u'ils ont maintenue en comprime les idiomes; mais encore quelques années de souffrances et de captivité, et la grande et impérissable race gauloise va rentrer en possession de ses libres destinées.
Déjà la puissance des Goths dans la Gaule s'est écroulée sous les coups de Clovis, en 508, avec le royaume de Toulouse, fondé en 419, et tombant après une durée de 89 ans.
En Italie, les ravages de Totila étaient le prélude de la ruine de sa propre nation, car elle disparaissait huit ans après la prise de Rome, en 554, et après 61 ans de durée, devant les armes de Narsès.
Les Lombards, arrivés comme les Goths par les Alpes Juliennes, en 568, semblèrent prendre l'héritage des Goths; ils durèrent plus longtemps qu'eux, n'ayant cessé d'exister comme nation et comme gouvernement qu'en 773, après une domination de 205 ans, lorsque Charlemagne détruisit leur empire et emmena leur roi Didier prisonnier.
En Espagne, la puissance des barbares ne fut pas plus durable.
Le royaume des Suèves, arrivés en 408, avec l'invasion du Nord, s'éteignit après une durée de 75 ans, absorbé par la domination des Goths.
Celle-ci fut détruite à son tour par les Arabes en 712, après une durée de Sî93 ans, même en la comptant de la fondation du royaume de Toulouse, en 419.
En résumé, la Gaule était délivrée des Goths en 508; l'Italie, en 554; l'Espagne en 712. Plus tenaces, les Lombards disparaissaient néanmoins en 773. Avant la fin du huitième siècle, les trois grands peuples de race gauloise, sauf la partie de l'Espagne envahie par les Arabes, reprirent le cours de leurs traditions et de leurs destinées.
, Emporté comme les flots d'une mer qui se retire, le latin laisse donc désormais à découvert toutes les langues populaires qu'il avait, non pas étouffées, mais voilées aux regards des lettrés.
Délivrées de cette oppression, et rentrées désormais dans les «sages publics, ces langues vont commencer un travail intérieur
de reconstitution; de nouvelles mœurs vont naître; et, avec ces mœurs, ces langues locales chercheront et trouveront dans un ardent et vaste mouvement de renaissance un éclat que leur donneront les troubadours de la France^ les jouglars de l'Espagne et les giuUari de Tltalie.