‹ Histoire des origines de la langue franc̜aiseChapitre 215 sur 256 · DE NOUVEAU LES PATOIS · texte numérisé non relu

DE NOUVEAU LES PATOIS

La chute de TEmpire romain bit renaître les nationalités et les langues celtiques. — Ces langues sont employées dans la rédaction des actes. -^ En Italie, le plus ancien monument en patois est une charte corse de Tannée 719. — Doutes '*e Muratori. — Discussion de cette charte. — Elle est authentique. — Les patois italiens deviennent d'un usage généraU la fin du treiiième siècle. — En Frart^, le document patois développé le plus ancien, ce sont les serments de Strasbourg, de Wï. — Fragments plus anciens encore. — Les serments de Strasbourg sont rédigés dans la langue des TrouTatres. <— Examen et preuve. — Textes romans du dixième siècle. — Tableau des patois, dudouzièmeau quatonième siècle.— Patois du Rouergue, de Montpellier, deManosque, deBrive, de Bordeaux , rive gauche, ou gascon; de Bordeaux, rive droite, ou gavache ; patois lorrain, champenois, artésien, berrichon, français ; patois d'Agen, de Périgueux, duBéam, de la Gascogne.— En Espagne, les patois éuienten usage au dixième siècle; témoignage de Luitprand. —Les Goths, les Arabes, les Maures respectèrent ces patois.

— A partir du treizième siècle. Ils devinrent d*un usage général. — En France, au contraire, le htin et les patois furent employés simultaném'înt. — Exemples de ce parallélisme Jusqu'au seliième siècle. — Charles VIII est le tpremicr qui bannit le latin des procédures. — Ordonnance de 1490. — Louis XII Timitc par Tordonnance de 1512.

— François I**" complète Tœuvre, par Tordonnance de 1539. — Anecdotes à ce siijet .

— Il reste! foire un demiereffort pour bannir Pusage du latin.— Charles IX en 1562, et Louis Xni en 1029, accomplissent cette réforme. -En cette année 1^29, Corneille débutait, en faisant jouer Mélitc.

Yoilà donc l'Empire romain d'Occident tombé ; et avec lui a été détruit le long vasselage auquel Rome avait soumis les nations celtiques de l'Italie , de l'Espagne et de la Gaule. Ces trois grands pays, désormais délivrés du joug, ranimés et redressés par le jet de leur sève naturelle, vont reprendre possession d'euxmêmes , et recommencer le cours de leurs destinées en vertu des lois morales tirées de leur tradition et de leur génie.

Tout va se réveiller avec leur nationalité: les institutions, les mœurs et les langues.

Ce n'est pas que les langues nationales de la Gaule , de l'Espagne et de l'Italie eussent jamais disparu, ou même sommeillé. On

verra dans ce chapitre ritalîen écrit en 719 ; Tandaloux, le catalan, le valcncien , Taragonais parlés en 790 , et le français en 842. Le foyer domestique et les relations privées avaient conservé ces langues, vivantes et impérissables comme la famille elle-même; mais le gouvernement romain les avait comme exilées de la société officielle, en les excluant des contrats écrits, réservés à la langue légale (1). Tout le monde parlait les langues vulgaires ; mais les contrats , les lois et les livres d'histoire ou de poésie composés par les lettrés se rédigeaient encore en langue latine.

Néanmoins, cet état de choses va changer. Le désordre produit par les excès des barbares avait ou détruit les écoles, ou troublé les études. Les hommes voués au savoir par leurs fonctions, les Évêques , les Abbés, les Comtes administrateurs n'étaient plus en état d'écrire Végulièrement la langue latine. Un capitulaire de Charlemagne de l'année 805, pour obvier à cette grave irrégularité , qui menaçait de briser les liens de son vaste empire, en laissant tomber dans l'oubli la langue légale , ordonna aux Ëvéques, aux Abbés et aux Comtes , qui n'étaient plus en état d'écrire le latin, d'avoir près d'eux des notaires ou des scribes lettrés, capables de faire pénétrer partout les volontés du gouvernement , à l'aide de la langue traditionnelle, qui était au besoin traduite par la corporation des interprètes (2).

Il faut remarquer en effet qu'un grand État ne peut être administré qu'à l'aide d'une seule langue , partout comprise ou du moins partout expliquée. Un dialecte ne peut servir que dans la région où il est usité. Si Charlemagne n'avait pas conservé le latin, il eût été forcé d'adopter l'un dos idiomes innombrables parlés par ses peuples, et cet idiome n'aurait eu qu'une valeur locale. Mille ans plus tard, au lieu de l'empire de Charlemagne , l'Assemblée constituante de 1789 n'avait à administrer que la France , dans toute l'étendue de laquelle la langue française n'était pas comprise. Reculant devant l'idée impraticable d'abolir les langues locales, elle jugea nécessaire d'ordonner, par décret du 14 janvier 1790, que ses décrets fussent traduits dans tous les patois du royaume.

(1) Nous avons tu que le Digeste et les Institut es, en douaant à la langue gauloise le caractère de langue légale, ne lui avaient néanmoins attribué que le domaine des obligations verbales et des fidéicommis.

(2) Ut vitiosè non scribant, unusquisque Episcopus, et Abbas, et singuli Comités suum notarium liabeant. CapituL reg. Franc, 1. 1, p. 421 ; Parisiis, 1677,

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