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CHAPITRE DOUZIÈME

54. — Charte d'échange, portant ceci : «... da parte ecclesia ipsa commataliooem faciendum... et da parte Curlis domini Régis... de terre qui fliitde vpi^caseda /urre qui sunt liic circa civilalem... recipiet ecclesia sancti Martini duas petias de terra in loco Roncho (1) m.

772. — Charte de Tente à l^Abbaye de Saint-Julien de Brescia. 11 y eut dit : M... Ab uno latere da meridie^.,, ab aliolatere da accidente (2) m.

772. — Charte tirée du cartulaire du mont Cassin. On y lit : »... In carpeno grosso, in rovere arsa, usque in alia rovere verde pertusata (3) ».

777. — Charte de donation à Téglise de Sainl-Regule de Lucques : «... Cedo a Deo omnipotenti et ad Ecclesia monasterii Sancli Reguli martyris... (4) ».

782. — Charte de donation à une église de Lucques. On y lit : « Nam da parte puhliea ab orani calumnia et corapositioncm absolutos esse diveas^ quia taliter inter nos convinet (6). »

Voilà donc sept chartes du huitième siècle qui prouvent clairement deux choses : d'abord que la langue vulgaire était parlée à cette époque sur le continent italien ; ensuite que les notaires inséraient dans leurs actes des mots et mêmes des phrases en patois, pour être entendus des parties, au moins sur les points délicats et importants des confrontations. Que l'emploi du patois dans les actes notariés se soit borné à de courts fragments, sur le contineiU italien, jusqu'au milieu du treizième siècle, cela est possible; cependant nous avons cité au chapitre III de ce livre le passage de Gonzon, érudit italien du di.\ième siècle, lequel s'excuse envers le moine de Saint-Gall d'être un peu arrêté dans l'usage du latin par l'habitude qu'il avait contractée d'écrire en langue vulgaire italienne (6). Le témoignage est , comme on voit , précis et formel. Crescimbeni pense néanmoins que la langue italienne vulgaire ne commença à être écrite régulièrement que du temps de Frédéric I", empereur des Romains, élu en 1210, couronné en 1220, et mort en 1230 , à l'âge de 57 ans. Il est certain qu'une lettre de Tannée 1253, en dialecte de Pérouse, adressée par Arrigo Acatapane à Messere Rugiero de Bagnuolo, et dont nous citerons quelques lignes plus bas, passait , dit Muratori, pour le morceau de prose italienne le plus an-

Ci) Muraior., Àntiquit. iialic. med, œvi, t. lï, dissertât. IV, p. 129.

(2) Ibïd., dissertât. V, p. 151.

(3) md,, dissertât. XXXII, p. 1030.

(4) /frjci., dissertât. XXXII, p. 1016.

(5) Ibid.^ dissertât. I, p. 19.

(6) D. Martène, Veter. scriptor. amplissim, collectio, t. I, colon. 298, Paris,

cien (i); et Thistoire de Florence, écrite en langue vulgaire par Ricordano Malaspina, n'est que de Tannée 1281 (2); mais rétat relativement florissant' des études classiques sur la terre ferme pouvait y avoir entretenu le goût et Tusage officiel de la langue latine. Il n'en était pas de même dans les tles, en Sardaigne et en Corse, où nous voyons le patois employé largement dans les actes dès le dixième siècle et pendant le cours du douzième.

Ainsi, une charte de l'an 900, souscrite par Béranger, roi de Corse et de Sardaigne, porte : a... in loco ubi dicitur Lo eavo, tutto lo 8U0 circulo, quomodo est terminato çt circumdaio da ogni parte.,., terras agrestes, ...depiede in ficatella inBusso, et mette aile saline, et mette a sancta Juncta, et mette a Verde, et mette alla Livelli, et mette in viapublica (3). »

Ainsi encore , une charte de vente , souscrite en Corse, en Tannée 936, porte ce qui suit : a.... Domina Mateila , comitissa, uxor de Domino Guiglielnio, lo quale habitabat locum ubi dicitur a Cocovello di lo plebajo di Ampogiano (4). »

Jusqu'à cette époque, on trouve donc en Corse et en Sardaigne des chartes latines mêlées de langue vulgaire ; mais, à partir du milieu du douzième siècle, on en trouve plusieurs qui sont complètement écrites en patois. Telles sont- les deux suivantes :

1153. — Charte sarde en faveur du mont Cassin. On y lit : « £go Jtuiice Gunr nari di Laccon, ki faco custa caria cum boluniate de Deu^ et de fuiut meuM JBarvasone liegCy et de sa muicre Pretiosa de Florrubu,.., pro remissione dessos peccatoSy meos et de parentes meos, et pro servitu i}onu Kispi in monte Cassino...(h) ».

1170. — Charte sarde d'Albert, archevêque de Sardaigne, faisant remise de redevances au monastère du mont Cassin : « Ego Albertu mon<ichu archiepiscopu de Turres ki gla fhato custa carta pro ca mi pregait su abbate de monte Casinu Domno Raynaldu pro indugere li sus census (6) ».

On le voit, la langue vulgaire italienne, employée par fragments dans les chartes de la terre ferme dès les premières an-

(1) Muralor , Antiquit, ital. med, xvi, dissertai. XXXlï, p. 1048.

(2) Muralor., Rer. italicar. scriptor., t. VIII, p. 879.

(3) Murator., Antiquit. itai, med, .rri,t. il, dissertai. XXXII, p. 1065.

(4) Ibid.yfi. 1063.

(5) Ibid., p. 1053. On remarquera dans celle charte IVmploi du mot Fcius signifiant Fils, comme en langue étrusque, ce qui prouve encore une fois que Vé^ trusque n'élait qu'un diaieclc ilalien.

;C) Muralor., Ibid., p. 1051.

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nées et pendant toute la durée du huitième siècle, se développe avec ampleur dans les chartes des îles de Corse et de Sardaigne dès la première année du neuvième, et s'y établit complètement pendant le onzième. Les exemples qui précèdent autorisent donc à considérer comme parfaitement authentique la charte corse de Tan 719, que nous avons annoncée. En effet, si dans deux chartes de Lucques de 729 et de 730 on trouve déjà des phrases en langue vulgaire, n'est-il pas naturel qu'à la même époque et dix ans près, c'est-à-dire en 719, un notaire corse, moins lettré que ceux des villes du continent , ait exclusivement employé la langue vulgaire pour la rédaction de ses actes, comme l'ont fait plus tard ses collègues du onzième siècle ? Voici donc la charte de Monte Ghristo :

« Sia a tudc persane che legeranno et oderano questa charta : quando vene Messer Vabbaie GiuUo, abbate delV Isola di Monte Christo, et Misser Placifo abate di Sancto Slefano^ et Sancto Benedicto di Venaco, dell' ordine di Monte Christo, coh h sua frati, innanzi a Messer Rolando conte per la grazia di Dio, et signore di tut ta l* Isola di Corsica, et innami a Messer Johanni Legato in Corsica, et altri boni homini che vierano...

... Et questi dicti abbati diceano che lutta la possessione era propria délie Abadia; et questi abbfiti appresentaro sua charta dinanzi a Misser Rolando et a Miser lo Judice et a Misserlo Legato... (1) ».

Tel est le texte développé le plus ancien que puissent produire les langues romanes, car cette dénomination s'étendait aux idiomes vulgaires de l'Italie, tout comme à ceux de la Gaule et de l'Espagne (2).

A partir des premières années du treizième siècle, et par conséquent beaucoup plus tard qu'en France et en Espagne, la langue vulgaire devint d'un usage général en Italie. Voici les premières lignes de la lettre d'Arrigo Acatapane , de l'année 1253, dont nous avons parlé, et qui était conservée à Sienne :

(1) MuraioT. , Àntiquil,, t. II, dissert. XXXil, p. 1071. On remarquera les caractères extérieurs qui, à cette époque reculée, distinguaient déjà le dialecte ligurien de l'ile de Sardaigne, du dialecte toscan de la Corse. Le dialecte sarde emploie les finales en u : Deu, Servitu^ bonu^episcopu, Florrubu ; le dialecte corse emploie les finales en o : Giulio, Sancto Benedicto di Venaco, Monte-Christo, Dio. Il en est encore de même de notre temps.

(2} Left Italiens donnaient aussi le nom de langue romane à la langue vulgaire.

C^esl ce que dit expressément Rolandini, dans le prologue de sa Chronique sur la marche de Trévise, en parlant des romans de chevalerie de son temps , écrits en langue romane rimée : « Quod dirimatum vulgo dicimuSj et romanum. * ~ Murator., Rer. italicar. scriptor., t. VIII, p. 158.

« A voi Messere Rugiero da Bagnuolo per la grazia di Dio et di Domino Be CorradCy capitano del comune di Siena^ Tulo Ârrigo Àcatapane vi sia va racomandandOf Coidio vi s'a che io sono in Peroscia, etc.. (I) •.

Un peu plus tard, vers 1280, fut achevée l'histoire de Florence, écrite en langue vulgaire par Ricordano Malaspina, et dont le Prologue ou Proemio commence ainsi :

.« A onore e reverencia dello Iddio pâtre, dacul discende cVlsommo bene, ed ad fruito e utilitade di tutti coloro che leggeriano, si degli alletterati comme de' laid. Accioche per molta antichitade abbiamo dimenticata al~ quante belle storie^ e dile'tevoli, impercio t maestri Filosofi,, cioe coloro che hanno faite le storie o le compila ro no... (2) ».

En comparant les textes italiens qui précèdent , le lecteur constatera qu'ils avaient aux époques reculées auxquelles ils appartiennent les mêmes caractères extérieurs 'qui les distinguent aujourd'hui. Au huitième et au neuvième siècles comme de notre temps, ridiome de la Sardaigne se rattachait aux dialectes de la Ligurie, et l'idiome de la Corse aux dialectes de la Toscane.

Emcloi des patois en France. — Si tous les écrits composés en langue gauloise s'étaient conservés, les plus anciens remonteraient au moins aux trente premières années du troisième siècle. Ce seraient les Fidéicommisque l'empereur Alexandre Sévère, sur le conseil d'Ulpien, permit aux Gaulois de rédiger en leur langue, en vertu de la loi onzième, conservée au trente-deuxième livre du Digeste. Mais des monuments aussi antiques n'ont pu résister à Tépreuve du temps; et il faut descendre, pour trouver un texte en langue vulgaire un peu développé, juscju'aux serments prononcés à Strasbourg, en 8i2, par Louis le Germanique et ses vassaux.

Ce n'est pas précisément qu'il n'existe des fragments encore plus anciens. Nous allons en citer un qui remonte à l'an 808, six ans avant la mort de Charlemagne, et même un autre, encore plus ancien d'un siècle et demi, et qui remonte à l'an 65(y environ, sous Clovis II, fils de Dagobert I**"; mais ce ne sont que des fragments d'un et de deux mots, suffisants toutefois pour montrer que la grammaire de la langue était formée.

(1) Muralor., Antiquit. italtc, t. Il.disserlat. XXXII, p. 1048.

(2; Muralor., Renan ifalicar. scriptor., t. VIII, p. 882 ; Milan, 1726. i\icordano Malaspina était conlemporain de noire Join ville. La lanj^ue de rbistorien de Florence est inanifcslement plus complélcmeut formée que celle de rbistorien de saint Louis, ce qui justifie cette observation de Boubours, que la langue italienne a été faite avant la nôtre.

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