‹ Histoire des origines de la langue franc̜aiseChapitre 227 sur 256 · CHAPITRE DOUZIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE DOUZIÈME

30 juin 1244. — « As8i ditz que los homes de Bordeu no deven seguir lo rey foras de la diuceza deBordales (!}.>*

Ces textes appartiennent au dialecte gascon qui se parle à Bordeaux, sur la rive gauche de la Gironde. Sur la rive droite, et dans un territoire qui embrasse environ quarante communes situées dans les arrondissements de Libourne, de laRéole et de Marmande, il se parle un aulre dialecte fort différent, qui n'est franchenient ni de langue d'oc, ni de langue ctoil, et qu'on appelle gavache. L'origine des populations qui parlent ce dialecte est un mystère. Une tradition locale, qui les fait venir de la Saintonge au quinzième siècle , est évidemment erronée ; car nçus trouvons le gavache employé par les rois d'Angleterre, comme souverains de la Guyenne , dans des chartes portant la date de 1294.

Voici en effet un fragment d'une charte en gavache, du !•' janvier 1294 :

n Edduard, por la gresia de Dlu roy d'Anglaterra, senher d'Irlande e duc de Guiaina, a tôt seu qui sestes présents verront et oudiront, salus. Coma Esmon nostre très chers freire, nos ei feit à savoir que plantas son Tenuas que nostre senescaus e autres de nos gens de Guasconba aian feit plusors desobeissensas e plusors trespas au très cher senher et cosin le roy de France et a ces ministres, la quela cosa nos despleit mut : nos rolens et dnsirans que les clioses soient adreseies et amendeias a sa honor et a sa volunté.... (2). m

1221. — Nous voici au moment où les chartes en langue d'oil entrent dans notre histoire littéraire.

Dans un curieux et savant travail, publié à Lille en 1837, M. Le Glay, archiviste de la ville, signalait des actes ou chartes écrits en langue rf'ot/et portant la date de J200, de 1202, de 1219, et citait une charte de 1221, dans laquelle Jeanne, comtesse de Flandre, souscrivait certains engagements en faveur de la ville de Gourtray. Cette pièce constituait à ses yeux le texte vulgaire le plus ancien (3).

Cependant, depuis l'époque où écrivait M. Le Glay, les Archives

(1) Chartes transcrites d'un recueil déposé aux archives de rHôtel-de-Ville de Bordeaux. — Champollion-Flgeac, Documents inédits, t. II, textes, p. 4, 5, 6, 7, 8.

(2) Ihid., p. 156. — M. Borel d*IIauteriTe , habile paléographe, qui a transcrit cette charte, a cru qu'elle était du français gâté par un copiste gascon. Il a été abusé par le dialecte gavache, qui touche au patois de la Saintonge,. celui du Périgord et à celui de la Gascogne, sans appartenir il aucun des troisà

(3) Le Glay, Recherches sur les premiers actes publics rédigés en français. ~ Lille, L. Danel, Juin 1837, in 8**.

du Royaume ont fourni à M. Natalis de Wailly une charte en dialecte loirain beaucoup plus ancienne. Elle est de Tan 1 118, et portait le scel de Renaud, comte de Bar et de Mouzon.

Quoique le texte n'ait été conservé que dans un vidimus du quatorzième siècle, nous en donnerons le fragment suivant :

•« Se Rcnauldz quenz de Bar et de Monceons faez convesant a toz oeaax ki orrons et verrons ceez pre^spoz laistrez kue cum saxz lescheoile kue maducnoie de (ter ma ante madame Mahauz monsigneor Walranz Redon su n mari se reclainoye a forz et voltUl il a plains tenre se terre a tauz per H voloir et ordonnement... (1). »

C'est parmi les critiques les plus instruits une habitude ancienne, constante, et néanmoins erronée, de confondre sous le nom de français les divers dialectes de langue d'oil, quoique le mot français ne doive être entendu que du dialecte spécial de V Ile-de-France et de Parts.

Quoique cette question, digne d'un examen sérieux, doive se présenter dans le cours du chapitre suivant , nous placerons ici, à leur rang chronologique, quatre textes de langue rf oi7, dont un seul français, afin que lecteur soit préparé à la distinction nécessaire des dialectes.

Le premier, de i J23, est une charte en cliampenois, relative à l'abbaye d'Avenay.

Le second, de 1270, est une charte en artésien, relative à la ville de Béthune.

Le troisième, de iâOl, est un extrait des coutumes de La Pérouse, en berrichon.

Le quatrième, aussi de lâGi, est le serment prêté à saint Louis et à la reine Marguerite par l'Université de Paris, en français.

Dialecte champenois, d'après la charte d'Avenay :

«... Bonals des Bains jura cl dist que il vist gésir à Avcnay le comte Tliiebault, le père ccslui conte qui or est. Ne sel que il en randist, que il ne vil unques gésir a ATcnay conle de Champaigne fors que la comtesse Blanche, et que ele en raiidi vint livres, et les paia Thomas de Saint- Rcmi, qui cslot lors prevost d*E<ip:ir-

nii (?.). »

Dialecte artésien, d'après la charte de Bétluino :

«... Comme nous, frère Jchan*^, dis abbés de Los, cl li couvens de ce mci.'srn<«

[\) Natalis de Wailly, ïiléwcns de Paléographie^ l. '?., pari. II, chan ï p. 159, in.'i^ (2) ChainiMdlion Figoa*^, Drcuw. inrd.. t. I. p. :i7(>.

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