CHAPITRE DOUZIÈME. ii
liu, euissicmes et encor aiemes dedans le TÎle de Bielhone sour le rivage une tnaU'on ki fu ja<1is Wislasse a te Barbe, lequele nous tenons a cinnc sous de rente dou seigneur de Bicthune, et li eskevin et U communités le vausissent taiilier et desisscnt k^èle fust taillavie, et nous denoissiemes ceste chose (1). »
Dialecte du Berry^ d'après la charte de La Pérouse :
u Tos boms de la Paerose qui de?ent ren a autre bom de cete ville, si ne le l>ot paer, dor l vendre de la soes cbose% par regard de Baele et des Gossors, a paer son dete; et si ne poet li vendre, cil cui il doet lo dete les doet acheter au regart do Baele ou de Cossors, et li dtteors les li doetottrocr o lor égard [1). >•
Dialecte de Paris, ou véritable langue française, d*après le serment de l'Université :
« L^universilé des mai^tres de Paris en ceui mîlfmes jour et an, cVst assavoir Tan de grâce mil W soixante et ung, list lire devant madame la royne cest escript, et promirent que les seremens desquels en icelluy est faicte mention ilz feront renouveler et jurer par les maistres et escoliers, que ils garderont la paix de la ville en bonne foy à leur pouvoir de toutes gens, quant à toutes gens, tant clers comme lais (3). »
Rentrons maintenant dans les dialectes de langue d'oc qui prennent leur place dans les actes publics pendant le cours du treizième et du quatorzième siècle. A leur tête est le dialecte d'Àgen, très-différent du gascon, et très-rapproché des idiomes do Montauban et du Quercy, auxquels il confine,
1222. 122i. 1239. — Ce sont trois chartes en dialecte agenais.
Voici un fragment de la charte de 1239, qui est un accord et un traité d'alliance entre les villes d*Agen, de Gondom, de Mézin, du Mas, de Marmande, du Port Sainte-Marie et de Pêne.
'< Li cossells d*Agen, e de Condom, e de Mezi , c del Mas, e de Marmanda , c del Port Saiita-Maria , e de Pena, an fâcha entre lor, per ara et per tôt temps , per lor c por todas las univcrsilals de las pre<licbas ciutat, e bores, e vilas, aital composicio : que per tots temps sio bon amix, e se amo, e se bondro, et se dcfendo tugls c cadun en tots locs , c f ota ira e tota rancura que fos o agues estad i sa en reire entra lor o alcusdelor, es l'enida o perdonada... (4). «
4229. — En même temps que les chartes d'Agen s'éciivaient les Statuts de la ville de Marseille. Voici, sous la date de 1229, le tarif des droits de mer que la ville prélevait sur les étrangers :
« Ilcmy lo dich comiin de Masselba dcu penre lo ribaie, loquale ribaie sideu
(i) Cbampollion-Figcac, Docnm. inêd..» t. III, p. 155.
(2) Rirhcbourg, Coutumier général ^ i, III, p. 1008.
(3) ChampoUion-Fii^eac, Dotam. inéd., t. II, p. 68.
(4) Ibid., t. I, textes, \i. 50i.
penre dels homebcstranlz, so es a sabcr aisso que denAraayssitrobares escrichet es a entendre en ayssique si alcun aura paguat ribaie a Tintrar el pueys lors avers de que aura pagat Tolra traire de Masselba, far o pot sens alcuoa dacîla que non deu donar.
Aras vos farem entendre los avers que devon [>agar ni con, ni en cal maniera ora, ni cant. Car si alcuos lintz ven el port de Masselba o venra et si a so que non non vuelba dcscargar, non deu donar ripaie.
Home d'orde ni de religion et de temple et d*espital que aportaran avers el port de Masselba, el' descargaran que sia especialmentz agutz de lurz maizons, et que per ncgun semblan de mereaderia non lo porton, non devon donar alcunas dacitasintrant ni eissent (1). »
Il ne manque plus au tableau de nos patois au moyen âge que ceux du Périgord et de la Gascogne.
1247. — En cette année fut commencé à Périgueux le livre des legs et charités laissés aux pauvres , au nom de saint Front.
En voici le début :
<c E nom de deu e de nostra dona stâ Maria e de Mosenbor scn Fron fo aquest libres faicbs de las laicbas e que li pro bome e las pros fcmnas avicn laichatz ens temps qui cren passât e totz temps a deu et aus paubres a cui boni en fai la cbaritit en la vila del Put sen Fron de Peregurs lo dia de pantacosla.
£ fo certat vertadeiranien e servianien ab totz aqueus qui avien et lenien las cbauzas e lasberelatz en que la sobredicbacbarilatz. a. los cas. e los de rets que. aquest libres di. En lan que la encarnacios de nostre senbor deu ibO Xrist era de m. c. cc.e. XL. e. VII. ans. que En Rotbtz Porta era maier de la sobredicha vlla. K de la far daqucsta cbarilat sobredicba eran baile B. Blanquetz. Helias darmanbac, elc
Jôde Folcra. 1. seslierde fromen per. en. Trenrhalco qui fo chavaliers pair den Bertran Jaufre lo chavalierde la Ciptat de Pegursquil laichet a tos tëps a la cbaritut sobre la soa part de la desma de la (»arrolia sen peir de las que en Jô de Folcra te quil ret (2). >»
Quoique le patois du Béarn possède des monuments écrits bien antérieui-s à ceux de la Gascogne proprement dite, nous l'avons réservé pour la fin de ce tableau , parce que le béarnais n'est en réalité qu'un sous-dialecte du gascon.
Les Fors du Béarn remontent à la fin du onzième siècle, tandis que le plus ancien monument de la Gascogne, qui est la coutume de risle d'Arbeyssan (aujourd'hui Tislede Noë), ne remonte qu'à Tannée 1308.
(1) Archives de Marseille, liber Juris Mossil.t fol. IX. — Dû à l'obligeante coin. iiumiciition de M. Louis Blanranl, arrhivisto.
(2) Arciiives de la ville de P^îrigiioux ; finr dos rentes dues à Vlft^tel de ville f obli^jeamineut communiqu»'* [►ar M. Ferd. Villepclet, ar(lii\isle.
CUAPITBË DOUZIÈME. 501
H 50. — Voici un fragment des Fors de Béarn :
« En tout Bearn no avéra que un pées et una mesura, qui seran los de Morlaas.
« En cascuna Tila ont ba marcat, sia metuda eu loc public, el que no se pusca estrema, una mieya cana de fer mesurada per paums ; et en lo un cap, miey, ters el quoart de paum ; et un coot de très paums et miey, afin que promptamen se puscan verifûco las foussas mesuras, si sen y troba (i). »
1308. — Voici maintenant un fragment de la coutume de Tisle d'Arbeyssan :
« Suber perculio de man.
R Item y Yolo e ordenec lo dit seyiihor que si negun habitant deu dit loc feriva ab punh o ab la man un aule maliciosament , que sia pugnit en XX. d. morlas. E si clamor n^es stada faite, que lo reu en mende lo damna tge au qui sera estât ferit. si pagar pot; e si non, que sia pugnit deu cas a lesgart dcu seynhor, segon que dessus es dit ne autreyat (2}. »
Terminons par un extrait du Livre vert d'Auch, où se lit, sous la date du 6 novembre 1366, la proclamation suivante faite tuba prœcedente :
« De las partz deus senhos e des cosselhs manam e defenem que negune persone no mete ni no pusca mêle ni fer mete per nulhe persone dedcns la vbele d^Âux vin de defore las dit pertenenss d*Aux, e asso en |>cne de LXV s. morl. e l>erde lo dit ?in.
K Encara mes mana hom que negun ni neguna persona no gause bcne vin a caliera en lotas las pertenenssas de la dita vliela, en pena de perde lodil vin (3). »
Il résulte évidemment deux choses de ce qui précède.
D'abord, tous les grands dialectes de la France s'écrivent pendant les douzième et treizième siècles. Les uns servent à la rédaction des Coutumes; les autres à la composition de l'histoire et des livres de poésie. En 1210, Villehardoin écrit l'histoire delà quatrième croisade; en 1271, Joinville commence l'histoire de saint Louis; en 1295, Bernard le Trésorier continue l'histoire delà troisième croisade, commencée par Guillaume de Tyr; en 1283, Beaumanoir compose les coutumes de Clermont en Beauvoisis.
Ensuite, le dialecte de Paris, celui qui, seul, est le type véritable de la langue française, réalisait au treizième siècle, par sa
(1) Fors de Bearn, Ricbebourg, Coutum, général, t. (V, p. 1086.
(2) Coutum. m,unicip. du Gers, recueillies par J. O. Bladé ; Paris , Durand, 1864. ~ p. 239.
(3) Archives municip. d'Auch, A.A.I. Uvre veit,(. XXXVII. v.— Dû à l'obligeanle communication de M. Léon Coulure, archiviste du département.
502 LANGUE FRAXÇAISE.
clarté, sa netteté, sa sobriété, son élégance, cette sapériorité que lui reconnaissaient les étrangers, et qui préparait déjà sa donmination sur tous les autres dialectes de la Gaule. Il était donc, même en sa forme d'alors, digne et capable de prendre dans les lois et dans les actes publics le rôle encore réservé à la langue latine. Pourquoi n'en fut-il pas ainsi? Pourquoi, maître à peu près souverain dans rhistoire, dans la poésie, ne fut-il, pendant trois siècles encore, dans la rédaction des lois et dans les actes administratifs que le rival humilié de la langue latine?
C'est une question qui viendra clore ce chapitre, mais après que nous aurons montré combien les Espagnols surent régler avec bien plus de patriotisme et de sens pratique les destinées de leur langue nationale.
E^iPLOi des' patois ex Espagne. — Les critiques espagnols n'ont pas échappé à l'action du préjugé littéraire des trois siècles derniers, qui fait dériver de la corruption du latin toutes les langues dites romanes. Ils l'ont même aggravé bien gratuitement, en pensant que la langue espagnole dérive à la fois du latin et du goth.
Trois faits indiscutables auraient dû néanmoins faire écarter cette théorie.
Le premier fait, c'est que la langue espagnole n'a ni la déclinaison avec des cas, ni la conjugaison avec des flexions , ni la syntaxe avec l'ordre inverse ; et que de telles qualités excluent la paternité du latin et du goth, langues qui possèdent ces trois choses.
Le second fait, c'est qiie les Goths ne s'abstinrent pas seulement de l'idée d'imposer leur langue à l'Espagne ; ils s'empressèrent, comme tous les autres peuples barbares, de conserver le latin, pour leur législation et pour leur administration, à titre de langue officielle.
Le troisième fait, c'est que dès l'année 950, l'histoire nous liiit connaître que l'Espagne possédait déjà les principaux de ses dialectes actuels, Tandaloux, le valencien, le catalan, le castillan et le basque. C'est ce que déclare en propres termes la chronique de l'évéque Luitprand (l).
Ces trois faits indéniables proclament l'originalité de la hinguo espagnole.
Donc, comme dans toutes les autres provinces de l'Empire ro-
(1) Luilprand. Ticin. Epacop. Cronlcon., i>. 372, édit. de IGiO, in fol.