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CHAPITRE TREIZIÈME

Tous les dialectes eurent leurs poëtes; celui de Sienne eut Folcachiero de Folcachieri et Mico; celui de Pise, Lucio Drusi; celui dePadoue, Piero délie Vigne; celui d'Arezzo, Guitone; celui de Florence, BrunettoLatini et Lodovico délia Vernaccia; celui de Bologne, Guido Guinicelli et Guido Ghisleri; celui du Latium, San Francisco d'Assisi.

Jusqu'au milieu du treizième siècle , la balance fut à peu près maintenue entre les dialectes; mais en 12G5 naquit Dante Alighieri ; et dès les dix premières années du quatorzième siècle le dialecte de Florence devenait la langue de prédilection. Trois autres Florentins, Villani, né en 1275 , Pétrarque, né en 130i; Boccace, né en 1375, ajoutaient encore à sa correction et à sa grâce; et à partir de cette époque la langue générale de Tltalie était créée. Arioste, Machiavel, Bembo et le Tasse ne firent que la consacrer.

Formée avec une incomparable promptitude, la langue italienne avait besoin, comme toutes les langues littéraires, d'être codifiée dans son vocabulaire, car sa grammaire était inhérente à sa nature même. Dante, en discutant les moyens propres à donner à l'Italie une langue vulgaire illustre, avait parlé d'un crible, dans lequel il fallait jeter les mots, afin de ne retenir que les plus nobles (1).

Cette idée de Dante germa dans les esprits, et en 1582 fut fondée à Florence l'Académie de \2iCrusca ou du 5ow, qui prit pour devise un Bluteau, avec ce mot : ilpiiA belfior necoglie. C'est par ordre de date la troisième Académie de l'Europe , celle des Jeux Floraux ayant été fondée en 1323, et celle de Barcelone, en 1390. Ardente au travail, l'Académie de la Crusca publia la première édition de son dictionnaire en 1612.

Ce miracle d'une langue littéraire formée en moins de trois siècles fut renouvelé par l'Espagne,

La langue et les ouvrages de Troubadours, favorisés par les comtes de Barcelone, qui étaient en même temps rois d'Aragon et de Valence, y pénétrèrent pendant la seconde moitié du douzième siècle, et la bienveillance d'Alfonse le Sage leur ouvrit

(1) Guarda adunque, lettore, qoanto per scegliere le egregie parole ti sia bisogna di criveUare... avérai curache solamente i nobilissimi vocaboli nel tuo crivello rimangano. — Dante Alighieri, De Vulgar. eloq., lib. II, cap. VII. — Nous avons cité dans ce passage la traduction italienne du Trissin, faite peu de temps après la mort de Dante.

pendant le treizième les États de la couronne de Castille, c'està-dire tout le resle de l'Espagne, à l'exception du royaume de Grenade, encore occupé par les Maures. Ramon Vidal de Bezalu, Berenger de Paracols (1), Guillem de Capestany (2), Mossen Jordi, Mossen Febrer, Ausias Marck, son ami don Carlos, prince de Viane, au-dessus d'eux tous Alfonse II, roi d'Aragon, reHnplirent donc la moitié de l'Espagne de la langue limousine, et les Joglars d'au-delà des Pyrénées ne furent pas autre chose que les disciples des Troubadours.

Cette culture d'une langue étrangère et d'un art de convention passionna la noblesse espagnole pendant trois siècles. A la fin du quatorzième, Don Jayme I", roi d'Aragon, se résolut à fonder TAcadémie ou cl Consistorio de Barcelone.

Parlant des divertissements qui eurent lieu aux noces du roi et de la reine Violante, Zurita s'exprime ainsi :

« Alors succédèrent les poésies en langue vulgaire et ce que l'on appelait l'art de la gaie science, gaya scienciay dont on commença à ouvrir des écoles publiques, où se délassèrent ceux qui dans le passé s'étaient livrés à de nobles exercices, ou s'étaient fatigués aux travaux de la guerre. Dans cet art, cultivé en langue limousine, se signalèrent des esprits éminents, nobles du Roussillon et du Lampourdan ; et leurs progrès furent tels, que tous se montraient de vraisjoglars.

a Pour expliquer plus à plein cet état des esprits, il suffira de rappeler ce que rapporte un fameux cavalier de ce temps. Don Henrique de Villena, en disant que, pour établirdans son royaume une grande école de cette gaie science, ^ l'imitation des Provençaux, et pour attirer les meilleurs maîtres, le roi envoya en France une solennelle ambassade (3) » .

L'Académie fut en effet fondée à Barcelone, en 1390. Le roi Don Jayme lui accorda de nombreux privilèges, ainsi que des revenus, pour former les récompenses accordées aux poètes vainqueurs dans les concours. Le roi Don Martin, qui succéda à Jaymie I*"", maintint ces revenus et ces privilèges. A la mort de Martin, TAcadémie fut supprimée; mais Ferdinand 1*"^ la rétablit

(1) 11 est à tort nommé Bércng<>r de Palazols. Les ruines du château de Paracols dominent encore les bains de Moligt, dans la yaliée de Mosset.

(2) Les ruines de son château étaient sur les bords de l'Étang de Saint- Nazaire.

(3) Zurila^ Annal, de la corona de Aragon, Ub. X, cap. XLII.

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