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CHAPITRE TREIZIÈME

aussitôt après son élection ; et Don Henrique de Villena en fut nommé directeur (1).

Cette institution exerça une influence à la fois considérable et funeste sur la littérature de la Catalogne, de TAragon et du royaume de Valence. En y maintenant la culture de la langue limousine, elle détourna les lettrés de la culture des dialectes nationaux. On a déjà vu que pour faire lire les poésies d'Ausias March à la société castillane, il avait fallu les traduire ; et lorsque, vers le milieu du quinzième siècle, les troubles politiques du midi vinrent clore Tère des Troubadours et emportèrent la langue limousine, TAragon, la Catalogne el le royaume de Valence se seraient trouvés sans littérature, si déjà le roi Don Jayme P% Bernât d'Esclol et Ramon Montaner, plus patriotes ou plus avisés, n'avaient composé leurs ouvrages en langue catalane.

Les lettrés de la Castille ne commirent pas celte faute.

Égarés un moment sur les traces des poètes galiciens et portugais, ils se ravisèrent bien vite. Alfonse le Sage ne composa en portugais que quelques hymnes en Thonneur de la Vierge, et il reprit aussitôt la culture de son dialecte national, qui avait déjà produit dans le poème du Cid une des belles épopées du moyen âge.

Quatre générations, on pourrait dire quatre poètes suffirent à fonder la littérature de la Castille. Ces quatre poètes sont : l'auteur anonyme du poëme du Cid ; don Gonzalo de Berceo, auteur de la vie de San Milan; Juan Lorenzo d'Astorga, auteur du poëme d'Alexandre, et Juan Ruyz, dit l'archiprètre de Hita.

La critique historique est d'accord pour reconnaître que le poëme du Cid a été composé vers 1150, un demi-siècle après la mort du héros, Ruy Diaz de Bivar. On sait qu'il est écrit en langue castillane, et qu'il ressemble pour la forme à notre poëme de Roland.

Don Gonzalo de Berceo, ami et protégé d'Alphonse le Sage, llorissait vers 1221. il composa plusieurs poèmes, écrits avec aisance et clarté. On est néanmoins frappé en les lisant des rapports de la langue qu'il emploie avec nos dialectes méridionaux. Ce n'est pas le castillan pur d'Alphonse le Sage, encore moins la langue limousine des Troubadours ; le mystère s'explique par ce fait que Berceo, né dans la Rioja, y avait contracté l'usage d'un dialecte de frontière, très- voisin du navarrais.

(1} D. Antonio Sancbez, Co/ercion de poesias^ eic^ t. Il, p. 8, note 15.

53''f LANGUE FRANÇAISE.

Le poëme d'Alexandre , composé à peu près vers l'époque où Lambert li Cors écrivait le sien, est néanmoins une œuvre originale. Son auteur, Juan Lorenzo, né à Astorga, n'écrit pas non plus le pur castillan. Habitant du royaume de Léon, près de la Galice, il a employé le dialecte léonais.

A Juan Ruyz, dit l'archiprôlre de Hita, revient l'honneur d'avoir composé en vrai et pur castillan un poëme dépouillé des inexpériences de style du moyen âge. Ce poëme, portant le nom général de Poésies, nouveau de forme, étrange d'allures, dans lequel Tauteur est le véritable héros, constitue une sorte d'épopée personnelle, offrant une grande variété de tableaux, et un style qui ouvre l'ère de la belle et classique littérature dont Garcilasso, Quévedo, Cervantes, Lope de Vega et.Calderon fixèrent les formes magnifiques, pendant la première moitié du dixseptième siècle.

On peut donc considérer le dialecte castillan comme formé après l'œuvre (^e Tarchiprétre de Hita, qui florissait vers 1340, sous le règne d'Alphonse XI. D'ailleurs, il n'y a pas entre le dialecte castillan de la fin du quatorzième siècle et celui de la fin du seizième la différence qui existe chez nous par exemple entre les livres de Christine de Pisan et Y Heptaméron de Marguerite de Navarre. C'est ainsi que, par un caprice de son esprit, Lope de Véga put composer et faire jouer deux comédies écrites en langue du quatorzième siècle (1), sans dérouter ses contemporains.

Lorsque Charles-Quint, en 1516, réunit sur sa tôle toutes les couronnes de l'Espagne unifiée, il trouva donc la langue castillane toute formée, et prête à prendre le rôle de langue légale. Elle le prit en effet, et l'aragonais ne fut plus qu'une langue de province.

Ainsi, le dialecte de la Castille devenait la langue espagnole à l'époque où le dialecte de Florence devenait la langue italienne.

Il n'en fut pas de môme parmi nous; car, selon la juste remarque de Bouhours, l'italien et l'espagnol furent faits avant le français (2).

Jusqu'au seizième siècle , la langue française n'avait dû ses progrès qu'aux efforts personnels et isolés des écrivains. La litté-

(1) Ce sont : Las Famosas Àsturianas, et El calallo vos han muerto.

(2) Bouhours, Entretiens (TAriste et (TEugène, p. 130; Amsterdam, 1071.

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