‹ Histoire des origines de la langue franc̜aiseChapitre 29 sur 256 · CHAPITRE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE DEUXIÈME

gâtions verbales, car il Tautorisa partout, c'est-à-dire à Rome même (i).

Il se dégage de ce qui précède deux faits de la plus grande importance pour l'objet de ce livre ; le premier, c'est que le gouvernement romain, loin d'avoir cherché à détruire la langue gauloise, la fortifia, la consacra, en l'élevant au rang de langue légale ; le second, c'est que la langue gauloise existait encore à la fin du règne de Justinien, en 565, plus de cent ans après l'établissement des Francs dans la Gaule.

Ce fait est indiscutable ; car on n'aurait pas fait des lois pour autoriser dans certains actes de la vie civile l'emploi de la langue gauloise si elle n'avait plus existé.

Nous pourrions nous borner aux preuves qui précèdent^ et considérer comme parfaitement établi le maintien de la langue gauloise jusqu'à la fin du sixième siècle ; mais nous voulons que la certitude déborde. Les lois réglant l'usage du gaulois établissent qu'il a dû nécessairement être parlé ; nous allons, à l'aide des témoignages directs de l'histoire, établir qu'il a été parlé en effet.

Lorsque Alexandre Sévère partit de Rome pour aller repousser les Germains qui infestaient la Gaule, une druidesse l'abOrdaaux environs de Mayence, et lui dit, en gaulois, gallico sermone : a Vat'en, n'attends pas la victoire, et défie-toi de tes soldats (2)». C'était en l'année 235, vers le milieu du troisième siècle.

Pendant la seconde moitié du quatrième siècle, saint Jérôme vint passer quelques années aux écoles de Trêves ; il y apprit le gaulois. Lorsque , pendant sa vieillesse , il se retira en Orient, il visita la Gallo-Grèce, et il trouva qu'on y parlait encore la langue gauloise des environs de Trêves (3). Ce témoignage constate donc l'usage de la langue gauloise vers la fin du quatrième siècle.

Pendant le cinquième, Sulpice Sévère rapporte un dialogue supposé entre un jeune chrétien delà Gaule centrale, nommé Gallus, qui avait été témoin des miracles de saint Martin, et de jeunes

(1) Utram autem latina, grœca, vel qaalibet alia lingua stipulatio ooncipiatur, nihil inlerest, scilicet si uterque stipulantium intellectuni ejns liogu» habeat : neque necesse est eadem lingui utrumquenti. — Institut. ^ lib. III, tit. 16,

(2) MuUer dryas euntl exclamaTît, gallico sermooe : « Vadas, nec victoriam

speres, nec tao militi credas. » — Lamprid., Alex. Sever., c. LX. (3} S'Hieronim. Commeniar. in Epislol. ad Galatas,}ab. Il, cap. 3.

Aquitains lettrés, dontrun, nommé Posthumianus, récemment arrivé d'Orient, était avide d'entendre le récit de la vie du grand apôtre de la Touraine.

a J'obéiraiy dit Gallus, quoique au-dessous d'une telle tâche ;... mais lorsque je songe que moi, Gaulois, je dois parler devant des Aquitains, je crainsque ma langue rustique ne blesse vos oreilles, habituées à la délicatesse des villes. Vous m'écouterez néanmoins comme un homme sans éducation, parlant sans distinction et sans art ; mais puisque vous me reconnaissez comme disciple de Martin, accordez-moi aussi le droit de dédaigner, à son exemple, les vaines habiletés du langage.

a Parle, répond Posthumianus, ou celte,- ou, si tu le préfères , gaulois, pourvu que tu paries de Martin (i) ».

Le gaulois ou le celte se maintient donc pendant le cinquième siècle comme langue usuelle (2). On verra plus loin que l'appellation de gaulois désignait les dialectes compris entre la Garonne et la Seine; et que celle de celte désignait les dialectes compris entre la Garonne et les Alpes, en longeant les Pyrénées et la Méditerranée.

A la fin du septième siècle, sous la rubrique de l'année 697, Sigebert de Gembloux, reproduisant un passage de YHistoire de Bède (3), parle d'une ville nommée Ultrajectum, Utrecht, et ajoute qu'en langue gauloise trajectum signifie ville (4).

Arrivons à un récit d'Albéric, moine de l'abbaye de Trois-Fontaines, qui s'exprime ainsi sous la rubrique de l'année 987 :

a Theodorinus, duc des Moselliens, c'est-à-dire de Nancy, dirigeait le légat vers son cousin , roi des Francs (Hugues Gapet), parce qu'il l'avait reconnu très-adroit dans ses réponses, habile et très-disert dans la langtie gauloise (5). » Le gaulois était donc

(1) Sulpic. Sever. Dialog, 1, 1. 1, pag. 96, in fin.'; Veronœ, 1741.

(2) Ces motSR celtice, aut, si mayU, gallice foquere, » ont jeté quelques bons esprits dans d^étranges perplexités. M. Fauriel {Dante et les origin, de la long, italien,, t. 2, ch. 8, p. 230) en conclut que le celtique etie gaulois n'étaient pas la même langue. Lr celte et \e gaulois éiaieni la même langue , comme les Celtes et les Gaulois étaient la même nation ; seulement, le celte et le gaulois étaient, dans le cas dont il s*agit, deux dialectes différents.

(3) Bed., Histor., 1. 5, c. 12.

(4) Ce mot se trouve en effet dans le nom latinisé de plusieurs TiUes : Trajectum ad Mosam, Maëstricht.

(5) ... Dux Theodorinus Mosellarum , id est Nancei,... dirigebat legatum, et maxime ad consobrinum suum, regem Francorum , quoniam noverat eum in responsis acutissimum et Unguœ gaUicse peritia facundissimum. — Alberic, monach. Triumfont., Chronic, ann. 987.

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