CHAPITRE DEUXIÈME
Et quelle était cette langue gauloise , imposée en Angleterre sous Guillaume P% et qui ne cessa d'être langue légale que sous Edouard III, en 1367, après trois siècles de domination?
Cette langue n'était autre qu'un des dialectes de la langue de la Gaule, le dialecte de la Normandie.
Voici, en effet, emprunté aux Institutes de Litleton, un des nombreux statuts rédigés en dialecte normand et promulgués en Angleterre par Guillaume le Conquérant :
De Féauté.
(f Quant Franck tenant ferra fealty a son seignior, il tiendra sa maine dexter sur un lieux, et durra issint : ceo oyes vous mon seignior, que jeo a vous serra foyal et loyal, et foi a vous portera des tenements que jeo claime a tener de vous, et que loyalment a vous ferra les customes et services queux fair a vous doy as termes assignes, si com moy aide Dieu et ses saints; — et basera le lieux.
a Mes il ne genulera quant il fait fealty , ne ferra tiel humble révérence com avant est dit en homage (i). »
Afin que le lecteur puisse apprécier plus exactement ce dialecte, voici un fragment du Roman de fiou, écrit en vers par Wace, poëte normand de Jersey, vers l'année 1480, c'est-à-dire cent ans environ après le fragment en prose qui précède :
Si Ton demande ki ço dist,
Ki ceste estoire en roman inist,
Jo di e dirai ke jo soi
Wace de l'isle de Gersui,
Ki est en mer, vers occident,
Al fieu de Normandie apent.
En I*isle de Gersui fu nez,
A Caem fu petis portez;
lllec fu a lettres mis ,
Puis fu longes en France apris (2).
lilitium loqui, chartas et chirographa gua more Francorum conficere.... Ipsum etiam idioma tantum abhorrebant , quod leges terrœ, slatutaque anglicorum regum lingua gallica tractarentur.... pueris etiam in scholis principialilteranim... galiice, ac non anglice, tractarentur.... Manus galUcana^ quia magis legibiliset aspectui perdelectabiiis, frequentius in dies apud Anglos pra&cellebat. — Ex Ifi" gul/i, abbaiis Croylendis^ Histor. inter. rer. anglicar. scriptor,; Francofurt., 1601, in fol., p. 895, 90f, 902.
(1) InsUtvUeê de Litleton, -* Anciennes lois des Français conservées dans les coutumes anglaises; Rouen, 1766, in-é*", 1. 1, p. 123.
(2) Wace, Roman de Rou^ t. 2, p. 95, ▼. 10,440-50.
Prenons pour deuxième exemple les sermons de saint Bernard, écrits en roman de Bourgogne, vers le milieu du douzième siècle. Le témoignage de Philippe de Clairvaux , son contemporain et son auditeur^ établit d'une manière indubitable que saint Bernard prêchait, même chez les peuples étrangers, en cette langue, dont voici un fragment , tiré du sermon sur