‹ Histoire des origines de la langue franc̜aiseChapitre 32 sur 256 · LA VIGILE DE LA NATIVITET NOSTRE SIGNOR · texte numérisé non relu

LA VIGILE DE LA NATIVITET NOSTRE SIGNOR

« Li voiz de l'eece at doneit son suen en nostre terre. Li voiz d'enjoîssemént et de salveleit, ens tabernacles des péchéors. Oye est li bone parole, li parole de solas et pleine de déléit , et digne kéle de totes parz soit recéue. Montaingnes, jubilez la loenge, et tuit li arbre des booz, eslevez dejoye voz mains davant la fazon nostre signor, car il vient. Ciel, oyez, et terre rezoif entesoroiUes. Esbahiz-vos, totes créatures, et si loez, mais tu plus que totes les altres, o tu hom ! Jhésu Griz, li filz de Deu naist en Betleem- Judé (I). »

Or, comment des lettrés contemporains de saint Bernard appelaient-ils cette langue romane de Bourgogne? Ils disaient qu'elle était la langue maternelle du saint, et ils ajoutaient, c'est-à-dire la langue gauloise. Voici en effet comment s'exprime Philippe de Clairvaux :

a II faut tenir pour un miracle ce fait , que lorsque le saint prêchait en sa langue maternelle^ c'est-à-dire dans la langue gauloise, tout à fait inconnue aux Allemands, le peuple, qui l'entendait sans le comprendre, était ému jusqu'aux larmes (2). d

Nous prendrons pour troisième exemple la traduction en roman de l'île de France du texte latin du célèbre poème intitulé /e Saint- Graal, faite, vers le milieu du douzième, par Gautier Map et Robert de Borron (3); sans qu'il nous paraisse indispensable d'en reproduire le texte, en tout semblable à ceux de cette époque.

(1) Le Roux de Lincy, à la suite des Quatre Livres des Mois^ etc.; Paris ^ 1841,ixi-4% p. 530.

(2) « Est pro imraculo habendum , quod sanclo viro prasdicante nataU Ungva, galliea nimirum, cajus Teutonici omnino expertes essent,popalum audientem» sed non intelligentem , usqae ad lacrymas proYocaret. » — Philipp» Clareval- Uns, liber DemiracxU. S, Bernard. , cap. il.— Ad a Sancior. , t.IV; Antuerpi», 1739, p. 335.

(3) «... Messire Robers de Boron, qui ceste yslore translata de latin enfran^ çais, si accorde bien. » — Paulin Parb, les Manuscrits français, t. i, p. 170.

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