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CHAPITRE DEUXIÈME

la Marne, l'Ourcq, l'Aisne et TOise; c'est-à-dire la Brie française , le Gâtinais français, le Hurepoix, le Maniais, le Yexin français, le Thiinerais, le Beauvaisis, le Valois, le Soissonnais, le Noyonnais et le Laonnais.

Divisée en deux parties, l'une septentrionale , l'autre méridionale , l'Ile de France avait pour villes :

Au nord, Paris, Saint-Denis, Montmorency, Pontoise, Meulan, Mâgny, Chaumont, Beauvais, Glermont, Noyon, Laon, Boissons, Compiègne, Senlis, Crépy et la Ferté-Milon.

Au sud, Lagny, Rosoi, Brie Gomte-Hobert, Gorbeil, Melun, Fontainebleau, Saint-Germain-en-Laye, Poissy, Mantes et Dreux.

Au milieu des nombreuses variations qui changèrent souvent les limites de la monarchie francfue, la partie de la Gaule qui précède conserva spécialement et invariablement le nom de France. A la fin du dix-huitième siècle, comme au douzième, on disait encore : Paris en Frcmce (I).

Eh bien, le dialecte spécial parlé dans les limites de l'Ile de France et à Paris, c'est ce qu'on a appelé dès la fin du douzième siècle le français ou la langue française, par opposition aux dialectes de toutes les provinces environnantes, qui avaient^ même les plus rapprochées , des idiomes très-différents.

Gonstatons d'abord, à l'aide des autorités contemporaines , l'époque vei*s laquelle la langue romane parlée dans le périmètre qui précède prit généralement le nom de français. .

Les noms de Paris^ de Gompiègne, de Fontainebleau, de Soissons, suffisent à rappeler le long et constant séjour de la monarchie iranque sur ce territoire. Gepéhdant, il s'y était opéré vers la fin du douzième siècle une révolution philologique bien curieuse et bien importante; les Franks avaient complètement laissé s'éteindre l'allemand ; et dans toute l'Ile de France on ne parlait plus que le gaulois traditionnel , qui y avait pris, en raison du pays, le nom de langue francique. G'est Guibert, abbé de Nogent, qui nous apprend ce détail en ces termes :

« Un certain moine, qui demeurait à Barisy de Saint- Amand^ avait amené avec lui, pour les instruire dans la langue francique, deux jeunes enfants qui ne savaient parler que la langue teutonique (2). d

(0 Le trouvère Benoit, parlant de Rou ou Rollon, dit : « Revint Rous à Pari£ en France. ^Chroniq, des Ducs de Normand., y en Ml 0. (2) Guit>ert. abb., De vit, sua, cap. V.

60 lanOce fbancaisb.

Cette langue francique, que les jeunes Allemands venaient apprendre dans le diocèse de Laon , c'était le français.

Dès cette môme époque, et sous le nom de franceis ou de francès, la langue française prenait possession de Thistoire.

Une glose de la traduction des Quatre Livres des Bois, écrite, comme l'ouvrage, à la fin du douzième siècle, dit, en parlant des gardes du corps du roi David : a E l'um les apelout à cel ure Cerelhi et Pheleti, ço espeit en franceis ocians e vivifians, kar eiltur le res esturent (1)... »

Un psautier de l'année 1210 environ confirme l'usage de cette dénomination. Son premier feuillet porte la mention suivante : a Si cou menée le sautier translaté dou latin en francès, par maistre Pierre de Paris, as prières de Simon Le Rat , de la sainte maison de l'ospitaude Saint-Jouhan de Jérusalem (2). »

Voilà déjà le nom de la langue française établi. En même temps s'établissait sa suprématie naturelle et morale, fondée sur ses qualités propres de clarté, d'agrément et de diffusion extérieure, qui la rendaient déjà plus propre à tous les sujets , et plus répandue au dehors.

C'est l'opinion qu'en exprimait, vers 1284, Brunetto Latini, le maître illustre de Dante, en la choisissant pour écrire son Trésor :

a Et ce aucuns demandait por quoi cist livres est escris en romans, seloncle langage des François, puisque nossomes Italiens, Je diroie que ce est por deux raisons : l'une, por ce que nos somes en France; et l'autre porce que françois est plus délitaubles langages et plus communs que moult d'autres (3). o

Tous les témoignages qui viendraient s'ajouter à celui de Brunetto Latini ne seraient qu'une superfétation. Transcrivons néanmoins encore l'hommage que Jean de Bignay rendait, en 1336, au français de Paris , en le choisissant pour traduire une partie de l'Écriture : a Cy fenissent Épistres et Évangilles translatées de latin en françois selon l'usage de Paris. Et les translata frère Jehan de Bignay, à la requeste de madame la royne de Bourgoi-

(1) Les Quatre Livres des Rois, Ut. II, chap. 9 ; publ. par M. Le Roux de Lincy.

(2) Manuscrit de la Bibliothèq. injpér., n* 7887 ; cité par M. Le Roux de Lincy, ibid. préf., p. xii.

(3) Brunetto Latini, lA Trésors^ liv. I, part. I, chap. 1 ; publié par P. Chabaille.

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