CHAPITRE DEUXIÈME
gne, femme jadis Philippe de Valois, rois de France (i)....»
Telle est donc la langue française, nettement caractérisée dans sa nature, dans les limites de son siège propre, dans la portée de son éclat particulier.
Elle est ridiome roman ou gaulois (â) des anciens Parmi, Meldi^ Suessiones et d'une partie des fiemi; elle eut son siège dans l'Ile de France, qui lui a donné son [nom ; et dès le treizième siècle elle est considérée, même par les étrangers , comme la plus élégante et le plus répandue de toutes celles qui se parlent dans Tè^ tendue de l'ancienne Gaule.
Ces points étant bien établis , le français ne pourrait donc être confondu avec aucun autre idiome ou dialecte. Ils se distinguaient tous de lui par leur siège, par leur dénomination territoriale , par leur nature.
C'est ce qu'explique fort bien Roger Bacon, qui, en sa qualité de savant et d'étranger, conserve aux habitants de l'Ile de France leur ancien nom latin de Galltci , mais en ayant soin de les distinguer des autres Gaulois , leurs voisins. Les Parisiens et les MeUes appartenaient en effet à la Gaule proprement dite dans la géographie romaine ; et c'était parler correctement en latin que de les appeler Gaulois.
a Les dialectes delà même langue, dit Roger Bacon, varient avec les divers habitants du pays , comme on le voit par la langue gauloise , laquelle, chez les Français, chez les Picards, chez les Normands et chez les Bourguignons, se présente sous la forme d'idiomes distincts. Ce qui est dit correctement en idiome picard choque violemment chez les Bourguignons , et même chez les Français, quoique plus voisins (3). n
On ne saurait dire plus clairement que ne le fait Roger Bacon, qui écrivait vers le milieu du treizième siècle (4), que la langue
(1) Manuscrit de la Bibliothèq. impériale, n** 7838; cité par M. Le Roux de Lincy ibid,, préfac, p. XIX.
(2) Le chapitre suivant est destiné à prouver que la langue gauloise prit le nom de langue romane après rétablissement des Barbares , et à expliquer les causes de ce changement.
(3) « Idiomata ejusdem linguœ variantur apud diversos , sicut patet de lingua gallicana, quœ apud Gallicos, et Picardos, et Normannos, et Burgundos multiplid variatur idiomate. Et quod proprie dicitur in idiomate Picardorum horrescit apud Burgundos, imo apudGalUcos, viciniores. » — Opusmajus^fwri. III, DeutilUaie grammaticXy p. 44 ; Londini, typis Gulielm. Bowier, 1733, in-fol.
(4) Roger Bacon naquit en 1214 et mourut vers 1294.
66 LANGUE FKANÇAISE.
Ce chapitre va être consacré à redresser cet immense malentendu.
Néanmoins, vouloir montrer que la langue romane , dans laquelle il est généralement convenu de ne voir que du latin corrompu y est en réalité la langue gauloise elle-même , traditionnellement parlée et écrite par nos ancêtres ; lever le voile qui l'avait si bien dissimulée, que les savants et les paléographes des trois derniers siècles, en quête de textes authentiquement gaulois, en ont eu mille sôus les yeux sans en reconnaître un seul, trompés qu'ils étaient par le masque , néanmoins bien transparent, de l'appellation de langue romane ; enfin, restituer à la nation française la possession non interrompue de sa langue, généralement considérée comme disparue depuis la domination romaine, c'est poser une thèse à la fois nouvelle, inattendue e| difficile, qui ne saurait se contenter de probabilités , et qui exige des preuves positives et matérielleSé
Ces preuves, nous nous considérons comme obligé et nous nous croyons certain de les donner. Nous n'osons pas espérer que nous ramènerons les esprits voués aveuglément aux anciens systèmes , ou qui ont passé leur vie à les défendre ; mais nous croyons que la puissance des faits déterminera l'adhésion de tous les esprits libres et sérieux , qui veulent enlever la philologie au mysticisme et lui donner pour base les témoignages rigoureusement contrôlés de l'histoire.
La thèse que nous voulons établir comporte cinq ordres de preuves différentes, mais allant toutes au même but.
Premièrement , nous dirons pourquoi et à quelle époque la langue gauloise a pris ce nom de langue romaine ou romane, qui a donné le change à la critique et à la paléographie.
Deuxièmement , nous ferons voir, par la production des textes, que cette langue romane est toujours citée ou employée comme étant la langue vulgaire, la langue du peuple et des illettrés; caractère qui ne peut convenir qu'à la langue nationale.
Troisièmement , nous montrerons que lorsque le clergé opéra la propagation du christianisme dans les campagnes, ou lorsque, à la suite du rétablissement de l'ordre social, des poètes et des conteurs voulurent vulgariser les anciennes chroniques, précédemment rédigées en latin et par cela même confinées dans le cercle étroit des lettrés, les évêques et les poètes s'appliqueront tous à traduire en langue romane les Écritures et les