‹ Histoire des origines de la langue franc̜aiseChapitre 40 sur 256 · CHAPITRE TROISIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE TROISIÈME

« Si au contraire un Franc a enchaîné un Romain , il payera . quinze ^ns (i).

On lit dans la loi Ripuaire :

« Si un Ripuaire a tué un Franc voyageur, il payera deux cents sous.»

« Si un Ripuaire a tué un Bourguignon voyageur, il payera cent soixante sous » .

o Si un Ripuaire a tué un Romain voyageur, il payera cent sous ('2). »

Les textes qui précèdent indiquent suffisamment , par Tinfériorité sociale dans laquelle ils placent les Romains par rapport aux Bourguignons ou çux Francs, que ces Romains ce sont, les Gaulois. S'il pouvait rester d'ailleurs des doutes à cet égard, ils seraient complètement dissipés par le passage suivant de Frédégaire, où il est dit formellement que la désignation de Romains doit être entendue des Gaulois :

« Les Bourguignons, dit-il, après être restés deux années le long du Rhin, reçurent des envoyés qui , au nom des Romains, c'est-à-dire des Gaulois habitant la province lyonnaise, la Gaule chevelue, la Gaule soumise et la Gaule cisalpine, les engagèrent à s'exonérer du tribut (3). »

Le même chroniqueur donne d'une manière générale le nom de Romains à toutes les populations gauloises composant l'Aquitaine au huitième siècle, c'est-à-dire aux habitants du Berry, de l'Auvergne, du Limousin, du Poitou, de la Saintonge, du Quercy et du Rouergue (i).

Une formule d'inféodation contenue dans le Recueil de Marculfe énumère très-clairement les personnes de nations différentes qui pouvaient se trouver sous l'administration d'un feudataire : a Nous te confions l'autorité de comte , de duc dans tel pays , et toute la population qui y demeure ; Francs, Romains, Bourguignons et autres de toute nation, vivront sous ton autorité et

(1) Ug. Salie., lit. XXXV, § 4.

(2) Leg. Bipuariœ liber, lit. XXXVIII, § 1, 2, 3.

(3) Burgundiones,... cum ibidem (ad rheoum) diiobus annis resedissent, per legatos invitati a Romanis, vel Gallis qui Lugdunensem proTinciam, et Gallia comata , Gallia domata, et Gallia cisalpina manebant, ut tributarii publiée po-

tuissent renuerc — Fredegar. Fragm,, ex Euseb. Chronic. — Recueil des

Histor. des Gaules, t. II, p. 462.

(4) Fredegar. cÂron/c. . ann. 742.

Ik LANGUE FRANÇAISE.

ton administration, régulièrement soumis à leurs lois et à leurs coutumes (1). »

.Sur quoi le savant Jérôme Bignon s'exprime ainsi : « Tous les Provinciaux de l'empire romain devinrent citoyens romains pai' la loi in orbe, de statu hominum, d'Antonin. C'est pour cela qu'après la chute de l'empire ils conservèrent le nom de Romains (2). »

C'est donc, comme on voit, un fait clairement et inconlesrablementétabli qu'à partir de l'établissement régulier des Barbaresdan« la Gaule les Gaulois furent appelés Romains, ce qui fit qu'en même temps leur langue fut appelée romaine ou romane (3).

C'est d'ailleurs ce que Ducange déclare sans hésiter, dans les termes suivants : o Leur langue fut appelée romaine, non latine, et cette dénomination lui vint, soit parce qu'elle était la langue des citoyens romains, ou anciens habitants de la Gaule, jadis soumis aux Romains, soit parce qu'en effet elle était bien différente de la latine (4) » .

L'intérêt de la question traitée en ce chapitre exige même qu'il soit prouvé que les choses se passèrent en Espagne comme elles se passaient dans la Gaule.

En Espagne aussi la langue vulgaire prit à la môme époque le nom de langue romane. La raison de ce changement de nom fut la même , c'est-à-dire que les Espagnols reçurent, également par rapport aux Barbares, le nom de Romains. C'est ce que prouve clairement un passage de la chronique de Sigebert de Gembloux, relatif à une expédition de Sigebold , roi des Goths (5), passage pleinement confirmé par Frédégaii^e^ dans les termes suivants :

« Un duc nommé Francion, qui avait soumis la Biscaye dans le temps des Francs , avait longtemps payé des tributs au roi des Francs; mais celte province étant revenue à l'empire, les Goths s'en emparèrent, et Sigebold ayant pris plusieurs cités de l'empire romain sur les bords de la mer, les détruisit de fond en

(1) Marcuir. Formul , lib. I, cap. 8.

(2) Hieroniro. Bignon , Not. ad Marculf, lib. I, cap. 40.

(3) Ungua romana, disent tous les textes lat'ins.

(4) Ducange, Glossar. med. et infim. latinitat /prsefat., n" IIIX.

(5) Sigcbodus, Gothorum rex gloriosissimus, pluriraas in Hispaniis provincisa romanx militix sibi bellando subjecit. — Sigeb. Gemblac. Chronic.y ann. C39.

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