‹ Histoire des origines de la langue franc̜aiseChapitre 45 sur 256 · CHAPITRE TROISIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE TROISIÈME

composition des livres religieux en langue romane^e généralisa. On peut suivre son développement de siècle en siècle, à partir de cette époque.

Au commencement du onzième siècle, vers l'année 1027, un certain Théobald , de Vernon , s'était appliqué à traduire en roman la vie des saints, d'après le témoignage de l'auteur de la vie et des miracles de saint Yulfram. a Ce Théobald, dit-il, avait traduit les actes de beaucoup de saints, notamment ceux de saint Vandregesile, de leur texte latin, et il les avait écrits en langue vulgaire avec assez d'élégance. » Après quoi, il ajoute : « Il donna même à ces récits une forme rimée , et il en composa des poèmes qui se chantaient dans les villes. J'ai moi-même vu un de ces poèmes dans un village qu'on appelle Houlme (1). »

Indépendamment de l'emploi du roman à cette époque, ce témoignage fait remonter d'une manière authentique au début du onzième siècle, au moins, l'usage des compositions rimées, en langue romane. Nous citerons même des poèmes plus anciens.

Au douzième siècle, ce travail continue. Sous la rubrique de l'année 1177, Albéric, moine de Citeaux, nomme dans sa Chronique un religieux dont il dit : « Il traduisit plusieurs livres , notamment les Vies des saints et les Actes des Apôtres, du latin en roman (2).

Au treizième siècle , le travail de traduction des Écritures en langue romane devint si général et même si excessif, que le grand pape Innocent III crut devoir le modérer. Voici comment il s'exprime à ce sujet, dans une lettre à l'évêque de Metz, dont nous avons parlé au chapitre précédent :

« Notre vénérable frère l'évêque Metz nous a fait savoir par ses lettres que, soit dans le diocèse, soit dans la ville de Metz, un grand nombre de laïques et de femmes, entraînés par un désir immodéré de connaître les Écritures, les Évangiles, les Épîtres de Paul, le Psautier, les Moralités de Job et plusieurs autres livres, les ont fait traduire en langue gauloise, gallico sermone, pour leur usage.... (3). »

C'est donc bien évidemment à l'impulsion donnée par Charle-

(1)... Ad quamdam tinnalli rythmi similitudinem urbanas ex illis cantilenas edidit. » — Acta sancior. ordin. Benedict, — Secl. 3, part. 1» p. 368. — Ex miracul. S. Vulfram. Episcop. Senon,

(2) Ducange, Glossar,, Yerbo : Lingua romana.

(3).... Pluies alios libros sibi fecit in gallico serraone Iransferre. — Eplslol. Innocent., III, lib. II. Epist. 141, t. H.

Sk LASGDB FBANÇAISE.

magne et modérée par Innocent III que sont dus lesouvrages religieux, en très-grand nombre, traduits eu langue romane ou gauloisedès le neuvième, le dixième, le onzième et le douzième siècle, et dont la traduction des Quatre Livres des Rois, publiée par M. Le Roux de Lincy, d'après uti manuscrit du douzième siècle, est un ' des modèles les plus beaux et les plus connus (1).

La littérature que nous nommerions mondaine suivit parallèlement le développement de la littérature religieuse et liturgique , avec celte remarque essentielle, que dès ses débuts elle resta un peu religieuse , même en devenant romanesque , dans le sens mor derne du mot.

Il nous parait digne d'intérêt de placer sous les yeux du lecteur quelques types de cette littérature mondaine et populaire, en les choisissant dans les dialectes généraux et divers de l'ancienne Gaule , et en mettant également à contribution la forme de la prose et celle du vers,

La première place appartient évidemment au texte gaulois le plus vénérable par son antiquité ; c'est celui des célèbres serments échangés à Strasbourg, en l'année 8i2, entre les enfants de Louis le Débonnaire; il y a de cela plus de mille ans.

Voici d'abord le serment de Louis le Germanique. Nous le reproduisons d'après le beau manuscrit de Nilhard qui est à la Bibliothèque impériale, et qui a appartenu à celle du Vatican.

Page 1