‹ Histoire des origines de la langue franc̜aiseChapitre 5 sur 256 · X1J PREFACE · texte numérisé non relu

X1J PREFACE

Pour ce qui est des lois^ les armées romaines n'en laissaient pas davantage.

Seuls ; les citoyens romains avaient le droit d'user des lois romaines, qui étaient personnelles, non territoriales.

Ce n'est qu'à partir d'Antonin le Pieux, par la loi in Orbe romano, que les Gaulois libres 46vinrent citoyens romains, et usèrent des lois romaines.

En résumé, le simple bon sens, éclairé par Tbistoire générale , suffit pour faire considérer comme entièrement romanesque la théorie qui montre le gouvernement romain imposant l'usage du latin dans la Gaule, et substituant cette langue étrangère à la langue nationale de nos ancêtres.

Cette théorie, qui ne repose sur aucune preuve, et qui est d'ailleurs contraire à des faits considérables et matériellement établis , tels que le maintien complet de la langue gauloise , pendant et après la domination romaine, a contre elle d'un autre c6té des arguments péremptoires.

D'abord, elle choque grossièrement la raison , en supposant qu'une des plus grandes nations de la terre a changé sa langue contre une autre , sans que l'on dise quand, comment et pourquoi.'

Ensuite , elle ne résout aucune des questions inhérentes au problème ; elle n'explique :

Ni pourquoi tant de mots grecs , qui ne sont pas dans le latin , se trouvent dans tous les dialectes populaires de la Gaule , à l'est comme à l'ouest , au nord comme au midi , au centre comme à la circonférence;

Ni pourquoi, en apprenant le latin , les Gaulois auraient radicalement changé sa grammaire , rejetant son système de déclinaison, son système de conjugaison, son système de syntaxe , et leur en substituant d'absolument contraires ; œuvre admirable d'unité , dans toute la Gaule ; œuvre surhumaine , que toutes les académies de la terre n'auraient pas réalisée , et qu'on suppose accomplie par sept millions de paysans illettrés , divisés par des forêts impénétrables , des fleuves immenses ; paysans dont la plupart ignoraient

PRÉFAGB. Xiij

les noms les uns des autres , et qui par conséquent ne s'é* talent jamais ou concertés, ou connus;

Ni enfin pourquoi les Romains , s'ils avaient imposé le latin aux Gaulois, ne Tauraient pas également imposé à tous les autres peuples soumis à leur domination , aux lUyriens, aux Dalinates, aux Epirotes^ aux Pannoniens, aux Mésiens, aux Grecs, aux Carthaginois, aux Juifs, aux Arméniens, aux Égyptiens; peuples secondaires par rapport aux Gaulpîs, et dont aucun n'a perdu sa langue nationale.

Cette théorie est donc illogique, absurde , impossible.

C'est pourquoi il faut nécessairement l'éliminer, sous peine de fermer les yeux devant les enseignements de la logique et de l'histoire , et demander à un autre ordre d'idées et de faits l'explication de la présence dans la langue française et dans nos dialectes nationaux d'un certain nombre de mots qui se trouvent aussi dans la langue latine et dans la langue grecque.

(Notez d'ailleurs que la théorie classique adoptée pour expliquer la présence de ces mots dans le français remplit fort mal son office. En effet, si elle dit d'où viennent certains mots qui sont dans le latin , elle ne dit nullement , . d'où viennent certains autres mots qui n'y sont pas.

D'où viennent ehemiriy lande , guérel^ gibier y folie ^ vieillard?

D'où viennent jo/t, ancien y grimacier, sérieux y bavard^ coquet?

D'où viennent marcher y briller y choisir y flétrir, bruire y craindre ?

D'où viennent désormais, davantagcy bientôt, jamais, prèsque t aisément?

D'où viennent ar^r, chez, selon, derrière, parmi, après?

On ferait ainsi en substantifs, adjectifs, verbes, adverbes, prépositions, un vocabulaire comprenant, en mots simples, au moins la moitié de la langue française. Eh bien, interrogée sur la nature et l'origine de ces mots, la théorie qui dérive le français du latin reste muette et impuissante , car le latin ne les contient pas.

Ce n'est pas tout encore. IjSl moitié des mots de la langue

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