‹ Histoire des origines de la langue franc̜aiseChapitre 55 sur 256 · CHAPITRE TROISIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE TROISIÈME

Un titre de l'Abbaye de Savigny, de Tannée 889, mentionne une propriété nommée hzMontelet (i).

Un autre, de l'année 980, mentionne une terre située aux confins d'un lieu nOmmé villa de Tréneau (2).

Un troisième, de l'année 1070, mentionne comme ayant signé une charte Girbert de Sivrac (3).

Un quatrième, de l'année 1080, cite aussi comme témoin Arnaud de Clairac et Gamhert de Mons (4).

Une charte latine de l'an 1036 mentionne une propriété-, sise près d'Userches, appelée à la Clida, et une autre appelée a Campaniac (5).

Une autre^charte latine, de l'année 1060, désigne une propriété sise à Marçay, canton de Vivonne, près de Poitiers, en disant que cet endroit est appelé : à la Bigotère (6).

Dans ces textes anciens, remontant à mille ans, à huit cents ans, les modes du verbe roman sont tous régulièrement organisés. Le futur, l'imparfait du subjonctif se conjuguent avec des flexions; le parfait se conjugue avec l'auxiliaire avoir.

Le serment de 842 dit : a Si salvarai meon fradre ; — il dit : nul plaid prindrai » .

Le Poème de Boèce dit :

<( Hanc no fo om, ta gran vertut agues^ •( Qui sapiencia compenre pogues. »

Il dit encore :

«( Per be qu^a fait, Deas a ssa part lo te. »

En outre, les textes les plus anciens présentent certaines locutions exclusivement' propres à la langue romane, et étrangères à la langue latine, telles que il y a, — qu'il, quelle :

(1) Cartulaire de Savigny, t. I, p. 6; publié par Aug. Bernard, Paris,

(2) Ibid.y p. 77.

(3) Ibid., p. 389.

(4) Ibid., p. 416.

(5) Unum mansum qui vocatur à la Clida,,,, Unum mansum qui vocata à Campaniac.

(6)... Qaod ille in Harciaco habebat, à la Bigotère, » CbampolUon-Figeac , Documents historiques inéd.^ t. I, p. 489.

La Nobla Let/son dit :

« Ben ka mil e ceat aaz compli entièrement. »

Le Cantique de sainte Eulalie dit :

« Rlle non eskoltet les mais conseillers , •

QM^elle deo ranelet cbi maent sus en ciel. »

Le serment de 845! contient le pronom relatif en :

« Si io retnrnar non Vint pois « ; — Si je ne puis Ven détourner ».

On trouve ce pronom fréquemment employé dans des textes de l'année 960 :

« £t si la n'ai, la medietatem tVn daré. » « Qtt'iZ te tolgues o Ven tolgues (1). n

On y lit aussi Tadverbe de lieu y .*

« No 1 mettra ».

R Non y donnera ».

Le serment de 842 contient la préposition avec, en la forme que lui ont conservée les dialectes du midi, c'est-à-dire en la forme ab :

A Àbhuder nul plaid prindrai » : avec Lotliaire ne prendrai aucun arrangement.

Une charte du cartulaire de Redon, de l'année li4i, porte les signatures dTAi^maillé et d^ Arbre, ce qui montre combien est ancienne l'élision de l'e, dans la préposition de, devant une voyelle (2).

On le voit donc ; la langue romane, ainsi que nous l'avons dit , se montre dès sa première manifestation écrite en possession de toutes ses règles constitutives et môme de ses particularités spéciales.

C'est là un signe évident d'originalité et de nationalité.

Ces règles, le latin ne peut pas les kii avoir communiquées, puisqu'il a des règles contraires.

(1) Ces textes ont été relevés par Raynouard, qui les cite dans le I*' volume de ses Ètvides sur la larigue romane.

(3) Factam est in domo Rivalioni àUrmaillé. ^ ChampoUion-Figeao, Docum. inédits, 1. 1, p. 193.

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