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CHAPITRE QUATRIÈME

Telles sont les questions que nous allons examiner.

Au sortir de son consulat, Tan de Rome 696, l'an 53 avant l'ère vulgaire, César obtint par un plébiscite et pour cinq ans le gouvernement de la Gaule cisalpine et de Tlllyrie. Le sénat y joignit la Gaule chevelue, c'est-à-dire toute la Gaule transalpine (1). Les romains ne possédaient alors de la Gaule transalpine que la Province dite Narbonnaise, comprenant la Savoie , le Dauphiné, la Provence, le Languedoc et le Roussillon.

On reçut à Rome l'avis que les Helvétiens, nation Gauloise, se proposaient d'émigrer en masse vers la Saintonge, en travei'sant et, selon toutes les apparences, en ravageant la Province romaine. Le départ était fixé au cinquième jour avant les calendes d'avril; c'est-à-dire au 25 mars.

César arriva en hâte à Genève, ville appartenant à l'Allobrogie, ou à la Savoie, et par conséquent à la Provinôe. Il s'y assura de l'exactitude du projet des Helvétiens, dont les chefs vinrent lui demander la permission de passer le Rhône sur le pont de Genève et de traverser le pays des Allobroges. César ajourna sa réponse aux ides d'avril, c'est-à-dire au 8 de ce mois. Il voulait se donner le temps de réunir ses forces pour barrer le chemin à l'émigration.

On avait donné à César quatre légions (2). Une gardait la Province, disséminée entre Toulouse et le Léman; les trois autres étaient dans leurs quartiers d'hiver, près d'Aquilée, à l'entrée de rillyrie (3). Ces quatre légions étaient composées de vieilles troupes; c'étaient la septième, la huitième, la neuvième et la dixième (4). En les supposant complètes, c'était un effectif moyen de 16,000 fantassins et de 800 chevaux, sans compter, il est vrai, les troupes auxiliaires.

Ces forces étaient néanmoins insuffisantes pour arrêter ou combattre les Helvétiens.

Sans perdre un moment , César ordonne une forte levée dans toute la Province. Cette levée lui fournit des fantassins auxiliaires et de la cavalerie; réunie à une autre levée de cavalerie, faite

(1) Suétone, G. M, C»sar, c. XXII.

(2) Plutarque, Cœsar^ c. XIV.

(3) Cœsar, De Bell.galUc., t. I,c. VII, 10.

(4) Ces quatre légions sont désignées par leurs numéros au livre II , chap. XXIIl des Commentaires.

chez les Ëduens, elle formait un corps de 4,000 chevaux (1).

Avec ces deux levées et la légion qu'il avait déjà dans la Province^ il fait fortifier et défendre tous les passages du Rhône, depuis le lac Léman jusqu'au pas de l'Écluse.

Fort de ces ressources provisoires , César fait rompre le pont de Genève; il couit en Italie ; il y lève, dans son gouvernement, deux nouvelles légions, qui sont la onzième et la douzième (2) ; il fait arriver d'Aquilée les trois légions qui s'y trouvaient dans leurs quartiers d'hiver ; et, revenu dans l'Allobrogie avec une promptitude presque incroyable, il joint les Helvétiens au moment où, après avoir renoncé à forcer le passage du Rhône , ils venaient de franchir les défilés/lu Jura, et atteignaient par leurs têtes de colonne les bords de la Saône , sur le territoire des Éduens.

Arrêtons-nous ici un instant dans la question militaire, et revenons à la question philologique.

César commande six légions, .des auxiliaires à pied et 4,000 hommes de cavalerie, également auxiliaires.

Les cavaliers auxiliaires sont des Gaulois transalpins, appartenant à peu près par moitié aux pays de la Province et aux pays de la Bourgogne. Les fantassins auxiliaires appartiennent tous à la Province. Le corps entier des auxiliaires, tant à pied qu'à cheval, est donc Gaulois , et par conséquent parle gaulois. ' Restent les six légions, quatre anciennes et deux nouvelles. Quelles langues parlaient-elles, ou, ce qui revient au même, dans quels pays avaient-elles été levées?

Telle est la question à résoudre.

La légion romaine, variable dans son effectif selon les circonstances, était, sur le pied normal , un corps de 4,000 fantassins et de 200 cavaliers (3). Dans les circonstances diflSciles, les fantassins étaient portés à 5,000 et les cavaliers à 300.

On levait tous les ans, d'une manière régulière , quatre légions seulement. On en donnait deux à chaque consul (4).

H est essentiel de ne pas oublier qu'on ne levait jamais les légions sans lever immédiatement un corps correspondant de troupes

(1) Cœsar, De Bell.galL, 1. I,c. XV.

(2) Ces deux légions sont désignées comme nouvellement levéesau lin-e 1, cb. X, des Commentaires^ et elles sont nommées par leurs numéros au li?re II, ch. XXill.

(3) C'est le chiffre donné comme normal par Polybe, lib. X(I, cap. XXIII, et parVégèce, lib. II, cap. 1(.

(4) Voir Polybe, loco citato, el Végèce, lib. II, cap. IV.

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