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CHAPITRE QUATRIÈME

cohortes, et considérant que ces forces étaient insuffisantes, il appela des auxiliaires tant en infanterie qu'en cavalerie.

Quel pays les fournit? — Les pays de Toulouse , de Carcassonne et de Narbonne, c'est-à-dire des pays gaulois (1).

La quatrième campagne, ou celle de l'an 699, comprend le premier passage du Rhin et la première descente en Angleterre. Le nombre des légions est toujours le même. Au début de la campagne, César avait une cavalerie insuffisante en nombre; cependant, à la bataille qui eut lieu au confluent du Rhin et de la Meuse, César put déployer cinq mille cavaliers contre les Germains. Qui les avait fournis? Les chefs gaulois (2).

La cinquième campagne , ou celle de l'an 700, se résume dans la deuxième descente en Angleterre, et le désastre des lieutenants Titurius et Cotta, avec une légion et cinq cohortes, au pays des Éburons. Le nombre des légions n'avait pas changé ; César avait quatre mille hommes de cavalerie gauloise (3), et un corps de cavalerie espagnole (4). La guerre avait fort diminué l'effectif des légions; car, immédiatement après le désastre de la quatorzième légion. César étant allé en personne délivrer le camp do Cicéron,' enveloppé chez les Nerviens, n'avait, quoique à la tête de deux légions, qu'un corps de sept mille hommes (5).

La sixième campagne , ou celle de l'an 701, comprit cinq expéditions distinctes, dirigées contre les Nerviens, les Ménapiens, les Trévires, les Suèves et les Ëburons. César s'y était préparé en levant dans la Gaule cisalpine trois nouvelles légions.

Deux, la !'• et la 15"®, qui lui étaient prêtée par Pompée, avaient été levées dans le gouvernement de César, c'est-à-dire en lUyrie et dans la Gaule citérieure (6) ; la troisième, qui alla prendre la place et le numéro de la 14°"'*, détruite chez les Éburons, avait été levée ^ur les bords du Pô (7) ; l'armée ne s'accrut donc que de deux, et César eut dès ce moment dix légions sous ses ordres.

La septième campagne , ou celle de l'an 702, fut la plus décisive de toutes. Consacrée à réprimer un soulèvement presque général

(1) Cœsar., De BeU. gallic., I. III, c. XXIV.

(2) Ibid., lib. lY, cap. VI, XII.

(3) Jbid., lib. V, c. V.

(4) Ibid., lib. V, c. XXVI.

(5) /6i£/.,lib. V, cap. I.

(6) Plutarq., Cxsar, cap. XXVII.

(7) Cœs., De Bell, gallic, Ub. VIII, cap. LIV.

des Gaules, elle se termina par le siège d'Alise et la capitulation de Vercingétorix. Onze légions y furent employées , après avoir été renforcées par des recrues italiennes, levées dans la Gaule cisalpine (i), par 22 cohortes d'infanterie auxiliaire, levées dans la Province romaine (2), ainsi que par de l'infanterie et de la cavalerie, levées chez les nations germaines, au delà du Rhin (3).

La légion qui avait porté ie nombre total à onze était la 16*"^; on la trouve mentionnée au livre VÏII des Commentaires, comme ayant été placée, après le siège d'Alise, en quartiers d'hyver sur la Saône (4).

Cette septième campagne avait réellement achevé la conquête delà Gaule. La huitième, ou celle de l'an 703, fut consacrée à la soumission définitive des Bituriges et des Carnutes, qui se termina par la prise d'Uxellodunum , ou Puy d'Ussolu. César ne fit pas de nouvelles levées ; et après cette campagne commencèrent les démêlés de César avec Pompée et les préliminaires de la guerre civile.

En résumé, aucun élément militaire romain ou latin ne se mêla depuis le début de la guerre des Gaules, et en sept années, aux quatre légions primitives données à César par le sénat , et dans lesquelles dominaient les éléments qui composaient alors la nation romaine, c'est-à-dire les éléments italiens. Épuisées par cent combats, ces légions se renouvelèrent incessamment par des recrues levées dans la Gaule cisalpine (5), et par conséquent étrangères à la langue latine. En outre, l'armée conquérante, toujours en campagne ou dans des camps retranchés, communiquait peu avec les populations des villes, encore moins avec celles des campagnes , et elle ne put jamais agir d'une manière assez sérieuse sur la langue gauloise pour en restreindre l'usage ou en altérer la pureté.

On serait d'ailleurs dans l'erreur si Ton supposait que la fréquentation des camps romains devait répandre parmi les officiers gaulois ou germains placés à la tête des troupes auxiliaires Tusage régulier de la langue latine. Les plus importants arrivaient à retenir quelques mots latins, qu'ils mêlaient, au besoin, à leur propre idiome. On peut citer comme exemple le célèbre chef germain

(1) Cœsar, De Bell, gall., lib. VIII, cap. VII, LVII.

(2) Ibïd., lib. VIII, c. LXVI.

(3) Ibid,, lib. VII, cap. LXV.

(4) /6i(/., lib. VIII, cap. IV.

(5) /ôirf.Jib. VII, c. VII.

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Arminius, qui avait commandé longtemps les auxiliaires chérusques attachés à l'armée romaine , pendant les premières années du règne d'Auguste et avant le désastre des trois légions de Varus, et qui à raison de ses services avait reçu le titre de citoyen romain et la dignité de chevalier. Son frère Flavius était resté fidèle à l'empire; l'expédition de Germanicus au delà du Rhin mit aux prises les deux frères. Une entrevue eut lieu sur les bords du Véser ; et tout ce que put faire Arminius, en s'adressant aux spectateurs qui entouraient Flavius, ce fut de mêler à son discours allemand les mots latins qu'il avait appris dans les camps des armées romaines (1).

Ainsi, le fait général qui caractérise déjà la composition des armées romainesdu temps de César, c'est la raréfaction de l'élément latin, et le fait spécial qui caractérise la composition de l'armée employée par César à la conquête de la Gaule , c'est la présence à peu près exclusive de l'élément italien et de l'élément gaulois. Les quatre premières légions étaient italiennes ; les sept autres, en y comprenant la quatorzième supplémentaire , qui prit la place et le numéro de celle de Titurius , avaient été levées dans la Gaule cisalpine.

Il serait important pour le sujet qui nous occupe de déterminer avec exactitude quelle était, au moins à partir d'Auguste, la proportion des Romains et des Italiens dans la composition des légions, car ce n'est qu'à partir d'Auguste que Rome exerça une action régulière et permanente sur la Gaule.

Pour arriver à ce résultat , il faut d'abord se rappeler que la nation romaine proprement dite, qui conquit l'Italie et le monde, comprenait trente-cinq tribus, dont quatre composaient la population de Rome, ettrente-et-une, répandues autour de Rome, composaient la population rurale. Ce nombre de trente-cinq tribus ne fut jamais dépassé, même sous Auguste (i).

Quel nombre de citoyens romains, c'est-à-dire d'hommes aptes à devenir légionnaires , contenaient ces trente-cinq tribus romaines? On peut affirmer qu'il ne dépassa jamais trois cent mille.

Prenons pour exemple deux dénombrements rapprochés et se contrôlant l'un l'autre, à des époques répondant soit à l'épuisement, soit à la prospérité de la population romaine.

(1)... Pleraque latino sermone inteijaciebat, ut qui romanis in castris ductor popularium meruisset... Tacit., Annal., I. II, c. XI. (2) Voir à ce sujet, dans Forcellini, au mot Tribus, une inscription de Grater.

Vers la fin des guerres d'Annibal , cinq années avant l'époque où il fut rappelé en Afrique, Tan de Rome 545, et 207 ans avant l'ère vulgaire, le dénombrement, fait à la clôture du lustre, donna 137,108 citoyens (1).

Deux ans plus tard , l'an de Rome 547 et 205 ans avant l'ère vulgaire, le dénombrement , dans lequel on comprit pour la première fois douze colonies, donna 21-4,000 citoyens (2).

On sait qu'après le départ d'Annibal et la soumission de Carthage IfL nation romaine , en possession définitive de sa sécurité , progressa rapidement , si bien qu'au bout d'une trentaine d'années elle commença la conquête de la Macédoine , qui amena celle de la Grèce et de l'Orient.

Deux recensements , faits au début de la guerre contre Persée, donnent les résultats suivants :

Celui de l'an de Rome 574, ou 178 ans avant l'ère vulgaire, accusa 273,244 citoyens (3).

Le suivant, fait l'an de Rome 580, ou 172 ans avant l'ère vulgaire, en accusa 269,015 (4).

On peut douter que la population libre des trente-cinq tribus romaines et des colonies soumises au cens ait jamais dépassé ce nombre d'une manière sensible, car le dépeuplement des tribus rurales marqua précisément, et dès le temps des Gracques, le début et la cause des guerres civiles et servit de prétexte à la guerre Sociale, car les alliés se plaignaient d'être obligés de fournir des troupes, dont l'effectif dépassait de beaucoup celui des légions (5).

On sait que le résultat de la guerre Sociale fut de conférer \e titre et les droits de citoyens romains aux habitants libres de toute l'Italie, à l'exception de la Gaule cisalpine et de l'Illyrie. A partir de ce moment, sur dix citoyens, et par conséquent sur dix soldats légionnaires , il dut y avoir environ neuf Italiens pour un Romain. Voici sur quoi se fonde cette appréciation.

Les lois Juiia, Plautia Papiria et Pompeia avaient déjà, comme on l'a vu , étendu le droit de cité à la Gaule cispadane ; la loi Juiia municipalis, rendue sous la dictature de César, en fit jouir toute

(1) Tile-Live, Histor., lib. XXVIl, cap. XXX VI.

(2) Ibid., lib. XXIX, cap. XXXVII.

(3) Ibîd.y Mb. XLI.cap.lI.

' (4) Ibid., lib. XLII, cap. X.

(5) Voir les griefs des alliés et les causes de la guerre sociale dans Velleius Palerculus, lib. II, cap. XY.

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