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CHAPITRE QUATRIÈME

Gaule transpadane , de telle sorte qu'entre la fin de la guerre Sociale et le règne d'Auguste la population investie du droit de cité ne s'augmenta que de toute. la Gaule cisalpine. Or, on va voir que sous Auguste les citoyens et les soldats de nationalité italienne étaient aux citoyens et aux soldats de nationalité romaine comme 13 est à i. Sur cette base, nous avons supposé qu'après la guerre Sociale les Romains avaient dû se trouver par rapport aux Italiens comme 1 est à 10.

En effet, Auguste fit opérer sous son long règne trois dénombrements ; en voici le résultat , tel qu'il était consigné dans le testament d'Auguste, et tel que l'a conservé l'inscl^iption connue sous le nom de Monument cTAncyre :

Le premier donna 4,063,000 citoyens;

Le deuxième donna 4,233,000 citoyens ;

Le troisième donna 4,077,000 citoyens (1).

En portant , comme nous l'avons dit , la population des trentecinq tribus romaines à 300,000 citoyens, et en supposant que la guerre Sociale et la guerre civile ne l'aient point diminuée, il n'y avait donc, sous Auguste, dans les registres du cens et dans les états des légions qu'un Romain contre treize Italiens.

Ce n'est pas tout; le recensement fait sous Claude , après l'admission d'un grand nombre de Gaulois, d'Espagnols et de Grecs au droit de cité, donna, d'après Tacite : 6,944,000 citoyens (2). La proportion des Romains par rapport aux citoyens d'origine étrangère ne fut donc plus à partir de Claude que de un sur vingt-trois.

Enfin, lorsque les Antonins eurent étendu le droit de cité aux hommes libres du monde romain tout entier, on ne doit pas supposer que le nombre total des citoyens s'élevât à moins de trente millions. A partir de ce moment l'élément d'origine romaine ne put donc pas dépasser un pour cent, soit dans la population civile, soit dans la population militaire.

Qu'on juge, d'après cette proportion, de l'influence que des armées ainsi composées purent exercer au nom du latin sur les langues nationales de grands et puissants pays comme l'Espagne ou la Gaule I

Du reste, les calculs qui précèdent sont pleinement confirmés

(1) Voir le teite de rinscription d'Ancyre dans Egger, Latini sermanis vetw- Uoris reliquix, c. LIX.

(2) Tacite, Annal., lib. XI, cap. XXV.

par rhistoire,et les faits, soigneusement examinés, prouvent qu'à partir de la pacification générale, établie sous le règne d'Auguste , il n'y eut plus dans les armées romaines ni des soldats romains , ni même des soldats italiens. L'extension du droit de cité aux étrangers n'avait eu qu'un but, c'était de se procurer des soldats dévoués. En leur donnant la patrie romaine , alors la plus glorieuse de toutes, on leur communiquait naturellement la résolution et la nécessité de défendre des intérêts devenus les leurs. C'est pour cela que les Gaulois, les Espagnols, les Thraces, les Rhètes, les Bretons, les Syriens, les Numides , toutes les populations énergiques du monde d'alors, vont devenir les gardiens de l'autorité , de la sécurité , de la domination romaines.

Hérodien, qui vivait de i 80 à 240 de l'ère vulgaire , entre Marc- Aurèle et Gordien, fait cette observation générale : a Pendant la république, tous les peuples d'Italie allaient à la guerre; ce sont eux qui, portant leur armes victorieuses chez les Grecs et chez les Barbares, poussèrent leurs conquêtes jusque dans les pays les plus reculés et se rendirent les maîtres du monde. Auguste, ayant changé la forme du gouvernement , ôta les armes à ces peuples , et, les laissant languir dans le repos, il prit à sa solde des étrangers, qu'il fit camper sur les frontières, pour tenir en respect les Barbares (i). »

Ce n'est point par caprice qu'Auguste agit ainsi : l'Italie était appauvrie d'hommes par sept cents ans de guerre. Lorsque, après .la mort deGermanicus, Julius Florus^ chez les Éduens, et Julius Sacrovir, chez les Trévires, essayèrent de soulever la Gaule, écrasée par les tributs, la principale raison qu'ils donnèrent fut celle-ci : cr Nul temps n'était plus favorable pour ressaisir la liberté , si l'on considérait que, la Gaule restant florissante , l'Italie était épuisée, la population de Rome impropre à la guerre, et qu'il n'y avait dans les armées rien de vaillant que les étrangers (2). »

Sous Tibère Rome fut un instant consternée par une tentative de révolte des esclaves de l'Italie, à raison de la diminution croissante de la population libre (3) ; et les 12,000 hommes des cohortes

(1) Herodian., /ifis/or. rom., lib. II, in fine.

(2) « Egregium resumendœ libertatis tempus, si, ipsi florentes, quam inops Italia, quam imbellis urbana plèbes, nihil validum in exercilibus, nisi quoi externum, cogitarent. » — Tacit., Annal. ^ lib. III, cap. XL.

(3) «.... Urbem jam Irepidam ob multltudinem familiarum, quœ gliscebat immensum, minore in diesplebe îngenua. » — Tacit., Annal., lib. IV, g. XXVII.

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