‹ Histoire des origines de la langue franc̜aiseChapitre 73 sur 256 · LANGUE FRANÇAISE ET LES PATOIS · texte numérisé non relu

LANGUE FRANÇAISE ET LES PATOIS

La théorie qui dérive le français du latin et du grec n'est donc qu'un pur préjugé. -~ Les textes allégués en sa faveur la renversent. — Passages de Valère-Maxime et de saint Augustin. — Leur sens est opposé à celui qu'on leur attribue — 11 en est de même des textes de Yclleius Paterculus , de Tacite, de Pline le jeune, de Sidoine Apollinaire, de saint Irénée et de saint Jér6me. — Aucun de ces textes ne dit que la nation gauloise avait oublié sa langue pour parler latin. — Saint Irénée déclare lui-même avoir prêché et écrit en patois de Lyon. — Raisons qui détermmèrent saint Jérôme à employer le latin pour écrire à deux femmes gauloises très-instruites. — Récapitulation de toutes les preuves établissant que la langue gauloise ne cessa jamais d'être parlée sous la domination romaine. — Le lalin n'aurait pas pu , en se corrompant , engendrer le gaulois, langue d'upe nature absolument difTérente. — Preuves de la différence essentielle du latin et du gaulois. — Génie absolument contraire du substantif, du verbe et de la syntaxe. — Vaines tentatives faites pour faire dériver du latm Tartide le, la^ les, — Objections insolubles que soulève Thypotiièse de la dérivation latine ou grecque. — Il faut donc éliminer définitivement cette théorie , et expliquer la présence des mots lalins et grecs dans le français et dans les patois par Torigine commune des Gaulois, des Latins et des Grecs Pélasges. — Tel est le but des chapitres suivants.

Les chapitres qui précèdent détruisent assez radicalement l'hypothèse de la substitution de la langue latine à la langue gauloise, pendant la domination romaine, pour que le moment soit venu d'éliminer définitivement la théorie vulgaire qui dérive le français et tous les patois de la France du latin importé par les armées romaines, et du grec vulgarisé par les Phocéens.

Il n'exista d'ailleurs nulle part, comme on l'a vu, ni un fait, ni un texte, ni un témoignage historique établissant que les Romains avaient imposé le latin, comme langue usuelle , aux peuples vaincus. Cette opinion , avancée sans preuves vers le milieu du seizième siècle , a été depuis lors propagée sans examen.

Au point de vue de la philologie et de l'histoire , elle n'a donc que la valeur d'un simple préjugé.

Chose étrange , s'il pouvait y avoir quelque chose de surpre-

nant dans les habitudes de la routine ! tous les textes ordinairement allégués pour prouver que sous la domination romaine le latin s'était substitué à la langue nationale des Gaulois ont été lus avec tant de légèreté, qu'ils prouvent précisément et matériellement le contraire.

Afin de faire justice encore une fois de ces redites inconsidérées, nous allons prendre le lecteur pour arbitre , et placer les textes sous ses yeux.

Il y a deux témoignages qu'on a généralement l'habitude de citer, afin d*étab]ir que le gouvernement romain avait pour règle d'imposer aux nations vaincues l'usage de la langue latine.

Le premier est celui de Valère Maxime ; le second , celui de Saint Augustin.

Dans un chapitre consacré aux devoirs et aux usages des magisgistrats, Valère Maxime, qui écrivait sous Tibère, raconte le soin avec lequel les anciens Romains s'attachaient à soutenir la dignité de la république.

a Entre autres indices de leur sévérité à cet égards il suffit, dit-il, de citer la règle qu'on observa invariablement, de ne répondre aux Grecs qu'en latin. On fit plus : afin dC écarter cette volubilité qui caractérise leur langue , et qui fait leur force , on les obligeait à communiquer avec les magistrats par interprète f et nonseulement à Rome, mais en Grèce et en Asie. On avait en vue de faire que la langue latine fût accueillie parmi les peuples avec plus d'honneur et de respect. Ce n'est pas que nos ancêtres fussent étrangers au goût des lettres; mais ils voulaient qu'en toute chose le manteau grec fût assujetti à la toge romaine, estimant qu'il était indigne de soumettre aux élégances et au charme des lettres la puissance et la majesté du gouvernement (1). d

Telles furent les premières règles observées par les Romains. Néanmoins le sénat s'en départit plus tard ; et le rhéteur Molon , l'ami de Cicéron, est cité comme le premier qui eut l'honneur d'être entendu en grec, et sans interprète, en pleinç Curie séna toriale (2).

Il résulte évidemment du passage de Valère Maxime troischoses, toutes également exclusives de la doctrine qui veut que les Romains aient imposé l'usage du latin à la nation gre cque.

(1) Valer. Maxim., lib. II, cap. II.

(2) Ibid.,\\b, II, cap. III.

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