CHAPITRE CINQUIÈME
de l'article dans tous les dialectes de la France, de l'Italie et de l'Espagne, sans exception, est inexplicable par la propagation du latin, qui ne l'a pas.
Finalement, pour accepter la théorie d'après laquelle le français et les patois parlés en France ne seraient qu'un produit de la langue latine corrompue, on serait forcé de tenir pour authentiques les prodiges suivants, dont le moins invraisemblable révolte la raison.
Les nations si nombreuses de la Gaule, de l'Italie et de l'Espagne auraient, seules au monde, oublié leui's langues traditionnelles, pour apprendre la langue latine.
Après avoir toutes appris le latin, sans qu'on sache quand et de qui, ces mômes nations l'auraient toutes oublié, sans qu'on dise comment et pourquoi.
Mais ces deux premiers prodiges, inexplicables et inexpliqués, ne sont encore rien auprès du suivant.
Après avoir oublié le latin et cessé de le parler, toutes ces nations, qui n'ont jamais communiqué entre elles, les peuples de la Picardie, de la Fouille et de la Galice, les Lorrains, les Catalans et les Lombards, les pâtres des Landes, de l'Estraniadureet des Maremmes,se seraient fait une langue à eux, d'après une grammaire unique, identique, absolument la même, quoique cette langue soit divisée en cinq cents dialectes.
Et dans toutes ces vallées du Cantal, de la Sierra Morena et du Cimino, dans tous ces hameaux innombrables où ces cinq cents dialectes sont parlés, il n'est pas un seul bourg, une seule cabane où un seul habitant ait conservé la déclinaison latine avec des cas, la conjugaison latine avec des flexions, la syntaxe latine avec des inversions !
Et ces millions d'hommes qui vivent et meurent inconnus les uns des autres, qui ne savent réciproquement ni leurs noms, ni leur pays, ni leur existence, ou se seraient concertés, chose impossible, pour adopter l'article, qui n'est pas dans le latin, ou ils l'auraient tous adopté sans se concerter, chose absurde !
Toutes ces hypothèses, crûment exposées, sérieusement envisagées, sont évidemment des rôves de malade. Il n'est pas un esprit sain et réfléchi qui voulût froidement les avouer; et cependant, ou il faut les accepter franchement, ou il faut reconnaître que les langues de la France, de l'Italie, de l'Espagne ne sont pas de fabrique récente, et n'ont pas été faites artificiellement.
après la chute de l'empire romain, par les nations qui les parlent.
On est donc conduit par le bon sens et par la science à considérer le français, l'italien, l'espagnol, ainsi que tous les dialectes qui s'y rattachent, comme des langues existant par elles-mêmes, en vertu de règles absolument contraires aux règles du latin.
11 devient ainsi nécessaire de chercher dans une hypothèse autre que la corruption du latin littéraire la présence simultanée d'un grand nombre de mots dans cette langue ainsi que dans les langues et dialectes de TUalie, de l'Espagne et de la France.
En résumé, et quoique ces considérations soient des redites, il faut les exposer encore :
Si le latin s'était substitué au gaulois, pourquoi le gaulois aurait-il été élevé au rang de langue légale, jusqu'après la chute de l'autorité romaine en Occident?
Si le latin s'était implanté» comme langue vulgaire, dans la Gaule, pourquoi ne se serait-il pas implanté aussi dans les autres pays conquis par les Romains avant la Gaule, en lUyrie, en Épire, en Macédoine, en Grèce, enThrace, en Asie Mineure, en Egypte, en Syrie, en Afrique?
Si le latin avait produit le français et les autres dialectes de la Gaule, pourquoi les langues dérivées seraient- elles d'une nature absolument différente du jatin, source de cette dérivation?
Si le latin avait pris la place des langues de la Gaule et de l'Espagne, pourquoi aurait-il échoué devant la langue basque, dans laquelle personne encore n'a osé signaler une corruption du latin?
Puisque la théorie répandue et soutenue comme classique est impuissante à résoudre ces quatre objections fondamentales, la logique et le bon sens commandent de l'éliminer comme entièrement fausse.
Nous allons lui substituer la théorie qui explique par la communauté originelle des races les termes qui sont communs au grec, au latin et au gaulois.
Dans cette donnée, la Gaule, l'Espagne et l'Italie ont été primitivement peuplées par diverses tribus de la même nation, qui ont porté dans ces trois pays les dialectes très-nombreux d'une seule et même langue.
Ainsi, les Latins eux-mêmes n'auraient été, conformément à cette donnée, qu'une des tribus de cette nation primitive. Dès lors il devient naturel que beaucoup de termes du dialecte du Latium