‹ Histoire des origines de la langue franc̜aiseChapitre 81 sur 256 · CHAPITRE QNQUIÈMË · texte numérisé non relu

CHAPITRE QNQUIÈMË

se retrouvent dans les dialectes des autres tribus, répandues, nonseulement en Italie, mais en Gaule et en Espagne.

De cette manière, des Toscans, des Napolitains, des Piémontàis, des Auvergnats , des Béarnais, des Lorrains, des Portugais, des Catalans, des Andalous peuvent paraître avoir emprunté beaucoup de mots de leur langue au dialecte vulgaire du Latium, quoique en réalité ces mots leur appartiennent en propre, s'il est prouvé que tous ces peuples sont, comme les Latins eux mêmes, des démembrements de la même nation originelle.

L'identité de race entraîne toujoui*s avec elle Tidentité de langue.

Cette deuxième hypothèse a donc l'avantage d'expliquer aisément et clairement toutes les difficultés que la première laisse sans solution.

Ainsi , elle explique :

Pourquoi la domination romaine, qu'on suppose avoir substitué le latin aux langues nationales des peuples soumis , n'a pu produire ce mirage ni au-delà du Rhin , ni au-delà de l'Izonso , ni au-delà des Alpes. — Les mots d'apparence latine ont dû en effet s'arrêter là, parce que les peuples de race gauloise ne se sont pas établis, à demeure fixe, au-delà de ces limites, où commencent les races germaines et slaves.

Pourquoi la domination romaine, qu'on suppose avoir fait pénétrer le latin en Gaule , en Espagne et dans les provinces italiennes, n'a néanmoins pu y, introduire ni la déclinaison, ni la conjugaison, ni la syntaxe latines. — Des mots d'apparence latine peuvent très- naturellement se trouver dans les idiomes de l'Italie, de l'Espagne et de la Gaule , sans que la déclinaison , la conjugaison et la syntaxe latines doivent s'y trouver en même temps, parce que ces règles grammaticales appartiennent exclusivement au latin littéraire, dialecte spécial de Rome, formé avec des éléments grecs, d'après la grammaire des Hellène^.

Il ne faut en effet jamais confondre le latin du Latium avec le latin de Rome. Ces deux langues , profondément séparées par leurs grammaires, se parlèrent toujours, sans jamais se mêler, à Rome même, où la première était la langue des tribus rurales, et la seconde la langue des tribus urbaines, et surtout des patriciens.

Ainsi , la théorie explique encore :

Pourquoi lespeuplesdesprovincessi nombreuses et si diverses

de rilalie, de la France et de l'Espagne , qui n'ont jamais communiqué, qui ne se sont jamais concertés, parlent néanmoins une laqgue commune , si aisément reconnaissable, sous l'innombrable variété de ses dialectes, qu'un paysan du Limousin ou du Mont-Lozère peut se faire entendre sans interprète des soixantedix millions d'autres paysans qui cultivent le sol, depuis Bruxelles jusqu'à Cadix et jusqu'à Messine.

La théorie explique enfin :

Pourquoi tant de mots grecs se trouvent dans les langues populaires ou patois de la France , de l'ItaUe et de l'Espagne , car elle éclaire d'un jour nouveau la parenté , entrevue par l'histoire , prouvée par la philologie , des Gaulois proprement dits et des Pélasges, ces premiers Grecs établis dans le Péloponnèse, parlant, non le grec hellénique, mais un grec barbare, et disséminés, par les goûts de leur vie pastorale et guerrière , dans tous les pays de l'Occident.

Cette donnée nouvelle sur l'origine commune des idiomes de l'Italie , de la Gaule et de l'Espagne doit naturellement être exposée dans tous ses éléments et prouvée ; mais elle reçoit , de sa seule exposition , une probabilité voisine de la certitude.

L'histoire et la philologie vont se réunir pour changer cette probabilité en évidence.

L'horizon de ce livre va donc changer. Nous allons chercher et montrer la communauté des mots que présentent , sans une seule exception , tous les dialectes de l'Italie , de la Gaule et de l'Espagne, dans la communauté d'origine des nations primitives qui peuplèrent ces trois pays.

Cette grande et noble race des Celtes ou des Gaulois, établie entre le Rhin , l'Océan, les Alpes et l'Adriatique, nommée d'autres noms encore, va nous donner le secret des affinités qui existent entre le grec , le latin et tous les dialectes du vaste pays qu'elle occupe.

De là la nécessité d'exposer immédiatement le caractère de cette nation, de montrer sonupité persistante et indestructible, au milieu des innombrables tribus qui la composèrent. Telle sera la matière du chapitre suivant.

Page 1