CHAPITRE VI
LA NATION GAULOISE. — SES NOMBREUSES TRIBUS. — SON UNfTÉ.
Noms divers qu'ont portés les Gaulois, suiTant les pays où ils s'établirent. —Ce sont les Romains qui les nommèrent Gaulois; eux-mêmes se donnaient le nom de Celtes. — Les Aquitains, les Provençaux, les Belges étaient Celtes, comme les autres. — La nation gauloise entre dans Thistoire 599 ans avant Tère vulgaire. — Émigration de Sigovèse dans la vallée du Danube, et de Bellovèse dans la yallée du P6. — Noms et pays des Gaulois qui émigrèrent. — Comparaison de la civilisation gauloise et de la civilisation européenne, à cette époque. — Les Gaulois avaient leur philosophie et leur poésie 115 ans avant lanaissance d'Hérodote. — Unité de la nation gauloise. — Les Bretons sont de purs Gaulois. — Origine de leur nom. — Date de rentrée des populations allemandes siir la rive gauche du Rhin. » Les Francs, les Bourguignons, les Wisigoths, les Normands oublient leur langue, et parlent gaulois. — Seul?, les Basques sont étrangers à la Gaule et à l'Europe. — Système de M. de Humbold sur les Basques. — Il est repoussé par les faits. — Preuves. — L'unité gauloise a donc résisté à toutes les invasions. — Des tribus gauloises peuplent TEspagne primitive, sous le nom d'' Ibères, —- Deuxième Invasion des tribus gauloises, sous le nom de CeUibères, — Époque approximative de la seconde invasion. — Faits qui les prouvent toutes deux. — Les Ty riens, les Carthaginois, les Grecs, les Romains n'altèrent ni la nationalité ni la langue gauloise des Espagnols. — Seuls, les Cantabres ou Yascons , race étrangère aux Celtes, conservent, en Espagne, leur nationalité et leur langue intactes.— Système et erreur de M. Bladé, qui a cru que les Cantabres étaient Celtes. — Les Basques doivent venir d'Afrique. — Tribu de TAurès qui parle un dialecte basque, et s'entend avec les Basques espagnols et français.
Quoique les Gaulois , par leurs établissements en Gaule , en Espagne , en Italie , en illyrie , en Grèce , en Macédonie , en Thrace , en Asie Mineure , aient été, de tous les peuples anciens, celui qui occupa le territoire le plus étendu sur la surface du monde, il n'en est pas néanmoins un seul dont la nationalité ait été plus dissimulée sous les appellations nombreuses qu'ils reçurent, soit des divers pays habités par eux, soit de Tbistoire, soit enfin d'euxmêmes.
S'il est encore aisé de reconnaître les Gaulois sous les noms de Celtes, de Gimbres, d'Ambrons, de Bretons, d'Ibères, de CeUibères, de Galates, il l'est moins de les retrouver sous les noms de Ligures, delapodes, de Scordisques, de Bastarnes; et il faut toutes les ressources de l'histoire et de la philologie réunies pour arriver à constater leur identité dans les Ombriens, les Sabins ,
lesPélasges, les Étrusques et enfin les Aborigènes , qui prirent le nom de Latins, un peu avant la fondation de Rome.
C'est à caradériser la nation gauloise , à la suivre dans ses ramifkations , à ta dégager des dénominations nombreuses et variables de lieux , de temps , de traditions qui la masquent , que ce chapitre ya être consacré.
Le connu étant par sa nature le chemin le plus sûr et le plub droit polir arriver à l'inconnu , nous allons étudier d'abord la nation gauloise dans son siège le plus considérable, le plus notoire et le plus ancien, c'est-à-dire dans la Gaule proprement dite.
Sans blâmer ceux qui demandent jusqu'à la géologie, par lacomparaison des formes humaines, le secret jusqu'ici impénétrable des rapports primitifs de la nation gauloise avec la race aryane, nous ne les imiterons pas. Nous prendrons les Gaulois dans l'Occident, à l'époque où l'histoire y constate leur présence,et nous les étudierons dans la Gaule, appuyé sur les autorités qui déterminent avec leplus.de précision leurs établissements, leurs mœurs et leur langue, autorités dont les plus anciennes et les plus certaines sont Polybe, César, Strabon, Tite Live, Diodore de Sicile , Mêla, Tacite et Dion.
Il convient d'abord de dissiper la confusion introduite dans l'histoire de la nationalité et de là langue des Gaulois par leur double nom de Gaulois et de Celtes , et d'écarter en passant l'erreur de ceux qui ont cru que les Celtes et les Gaulois étaient deux peuples distincts, et le celtique et le gaulois*deux langues difféi-entes.
Cette confusion et cette erreur disparaissent entièrement devant les notions claires et précises que César, Strabon, Diodore de Sicile, Mêla et Dion Cassius ont exprimées sur la Gaule et sur ses habitants.
Quelle est en effet l'idée la plus générale que César ait donnée de la Gaule? — La voici :
« Toute la Gaule, dit-il , se divise en trois parties. L'une est habitée parles Belges; l'autre par les Aquitains ; la troisième par ceux qui, dans leur propre langue, se sont donné le nom de Celtes , et que , dans la nôtre, nous appelons Gaulois (i). »
Dans cette délimitation géographique.
Où César place-t-il les Belges? — Entre la Seinç, la Marne et le Bhin.
(I) Caesar, de Bell. gaWc, I. I, cap. I.