CHAPITRE SIXIÈME
les monts Hercyniens , jusqu'à la Scythie , se nomment Gaulois. Les Romains, confondant depuis longtemps tous ces peuples, ont également donné le nom de Gaulois aux uns et aux autres (i). »
On le voit donc , tous les habitants de la Gaule , quelles que fussent leurs divisions et leurs dénominations géographiques ou administratives, portaient , comme étant synonymes Tun de Tau* tre , le nom de Celtes ou le nom de Gaulois. Le premier de ces noms était celui qu'ils se donnaient eux-mêmes, dans leur langue ; le second était celui que les Romains leur avaient imposé , dans la leur.
En général, les écrivains latins nommaient le pays des Gaulois Gallia, Gaule; les écrivains grecs le nommaient KeXttx^ Celtique.
Quelques philologues modernes ont affecté de considérer les Bas-Bretons comme étant spécialement Celtes. On vient de voir que les Provençaux' étaient aussi Celtes qu'eux. On pourrait peutêtre même ajouter qu'ils l'étaient davantage , en ce sens qu'ils avaient porté ce nom avant toutes les autres tribus delà Gaule, parmi les peuples étrangers.
Il résulte de ce qui précède une conséquence féconde et manifestement logique. Puisque les Gaulois ou les Celtes étaient la même nation, le parler gaulois ou le parler celtique était naturellement la même langue. Mais n'anticipons pas , et réservons pour le chapitre suivant ce qui concerne l'exposé et l'histoire de la philologie de la Gaule.
Les explications qui précèdent dissiperont à l'avance, dans l'esprit du lecteur, la confusion qui résultait souvent de l'emploi de la qualification de Gaulois ou de celle de Celte , appliquée sans définition préalable à tel peuple ou à tel dialecte de la Gaule. Il restera désormais acquis que Gaulois ou Celte sont des désignations équivalentes , et que tout était celte ou gaulois, hommes et choses, entre le Rhin et les Pyrénées, les Alpes et l'Océan, à l'époque de César, et avant les invasions partielles et successives qui vinrent altérer, nous dirons à quelle époque et dans quelle mesure , les éléments de la nationalité de nos pères.
Sous le bénéfice de ces explications préliminaires, abordons
(1) .• Toù^ yàp Mp MooaoXCoïc xaToixoûvtttc 2v tû |AC90Ye((|>, xal toO; ica^s. Ts; 'AXiceic, itt fié toO; Ini tàfic tûv flupTivaicov 6pâv, Kt>.toù; 6vo|&aCou9t; toù; fi'Oicàp xauTYic Tijc KcXtixii; tl;tà icpà; v6tov veuovta iiipv)» noipâ xt t6v ùxeavév xal TÔ 'EpxtSviov 5po< xa0i8pu(<ivou;, xoU nàvroK toù; i^ç Mxpi ^A £xu6îa;, FftXàta; ic&ovflcyopevovatv' x. t. X. — Diodor. Sicul., lib. V, cap. XXXI f.
maintenant le sujet de ce chapitre, c'est-à-dire l'unité de la nation des Gaulois , à partir du montent où cette nation illustre entre toutes apparaît au seuil des temps historiques.
Sans refuser, comme nous l'avons dit , la justice qui leur est due aux travaux des savants dont le but est d'expliquer les rapports incontestables, mais jusqu'ici mystérieux et inconnus, que les nations de l'Orient peuvent avoir eus avec les peuples de la Gaule , nous nous bornons à prendre ceux-ci au moment où ils entrent dans les temps historiques, pour n'en plus sortir. Tant qu'elles ne sont pas vérifiées par les faits , les hypothèses restent des hypothèses^ et elles ne sauraient, à ce titre, servir de base à deux choses aussi essentiellement exactes que doivent i'étre l'histoire et la philologie.
La naltion gauloise apparaît avec certitude, et- pour la première fois dans l'histoire, cinq cent quatre-vingt-dix-neuf ans avant notre ère , l'an de Rome 154 (i).
En cette année, Ambigat, roi du Berri , considérant la difQculté de faire vivre dans un territoire restreint , couvert de bois, une population excessive , chargea Bellovèse et Sigovèse , fils de sa sœur, de se mettre à la tète de la jeunesse la plus belliqueuse, et d'aller chercher d'autres demeures dans des contrées lointaines, suivant la direction qu'indiqueraient les dieux.
Le sort ayant été consulté,
Sigovèse franchit le Rhin, et va coloniser la vallée du Danube et le revers septentrional des Alpes ;
Bellovèse franchit les Alpes par le mont Genèvre, où devait un jour passer Annibal , et il va coloniser les vallées du Tessia et du Pô.
Ya-til dans cette double émigration , qui versait, comme les eaux d'un vase trop plein , les populations gaulobes sur le Danube et sur l'Italie, quelque chose de vague, d'incertain, de légendaire ? — Non , c'est un des points les mieux établis et les plus .clairement exposés de l'histoire. Polybe, Tite-Live , Pline , Justin, ont fidèlement cité et les noms des peuplades gauloises qui émigrèrent , et la contrée de la Gaule d'où elles partirent, et la contrée de l'Italie où elles s'arrêtèrent.
(i) Les sarants varient un peu sur la date de l'exp'*dition de Bellovèse en Italie. Elle eut lieu Tan de Rome 163, suiv. D. Vaissetle; 162, suiv. D. Bouquet; 164, suiv. le P. Labbe; 164, suiv. D. Jacques Martin, dont nous avons suivi lIopinioD, parce qu^il nous parait Ta voir Justifiée.