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CHAPITRE SIXIÈME

Chose digne de remarque ! il y a aujourd'hui près de deux mille cinq cents ans que Bellovèse et Sigovèse passèrent les Alpes Cottiennes et le Rhin, et les tribus mères d'où se détacha l'essaim de l'^igration gauloise occupent encore le même territoire sur le sol de l'antique patrie.

Nous conservons aux noms des tribus les formes latinisées que leur a données Tite-Live. C'étaient,

Les Insubres, peuple de la Haute-Bourgogne.

Les Bituriges , peuples du Berri.

Les Arvernes , peuplés de l'Auvergne.

Les Sénons , peuples de Sens, de l'Auxerrois et du Nivernais.

LesÉduens, peuples d'Autun, de Châlons, de Màcon, de Lyon.

LesAmbarres, peuples d'Ambérieux et d'Ambronay.

Les Camutes, peuples de l'Orléanais , du Blaisois, du Vendômois, du pays chartrain.

Les Aulcrques , peuples du Mans, d'Évreux et du Perche.

Les Salluves , peuples d'Arles et d'Aix en Provence.

Les Boïens, peuples de la Teste de Buch et du Marensin.

Les Lingons, peuples du Plateau de Langres (I).

Telles sont les tribus gauloises qui , parties de leurs foyers , six cents ans avant l'ère vulgaire , allèrent s'établir en Italie, dans des contrées qu'elles occupent encore , et où elles apportèrent leur génie à la fois pastoral et guerrier , leurs mœurs et leur langue. Les peuples du Piémont , de la Lombardie , de la Vénétie et de l'Emilie, descendant de ces tribus, parlent encore cette langue , à peine déguisée sous des formes dans lesquelles nos soldats, durant les guerres d'Italie, ont toujours reconnu les patois de leurs villages.

Nous suivrons, dans un récit ultérieur, les courants énergiques et divers de cette émigration, qui, après avoir disséminé les Gaulois dans toute l'Italie , pris et détruit Rome , à l'exception du Capitole, les jeta sur l'Illyrie, l'Ëpire, la Grèce , la Macédoine , la Thrace^ l'Asie mineure, où cette race aventureuse et guerrière précipita ou maintint les monarchies nées de l'héritage d'Alexandre , et devint, par ses armes, l'appui recherché et redouté des États.

César, à l'époque de son expédition, trouva la nationalité gau-

(I) Voir, pour les détails de Pémigralion, Tite-Live, Hisior.,\, V, c. XXXIV,

loise constituée avec les éléments anciens qu'elle possédait six siècles auparavant. C'étaient les mêmes peuples, portant les mêmes noms^ occupant les mêmes pays, parlant les mêmes dialectes. •

Un peu plus tard , à partir du règne d'Auguste , des peuples étrangers seront introduits ou pénétreront de force en Gaule. Avant de raconter ces changements, il nous paraît utile d'indiquer sommairement les traits principaux de la nationalité et de la civilisation gauloises.

Nous résumerons d'abord , en un rapide tableau, l'état politique et intellectuel de l'occident , à l'époque où les populations gauloises , étouffées dans leurs limites naturelles et dans leurs forêts, débordaient au delà des Alpes et au delà du Rhin.

Lorsque Bellovèse descendit en Italie , Rome n'était fondée que depuis 154 ans. Le grand-père du vieil Ambigat aurait donc pu voir Romulus. Tarquin l'Ancien régnait, et le Capitole ne devait être achevé que 80 ans plu&tard (1).

C'était 5 ans avant la publication des lois de Solon à Athènes;

12 ans avant la destruction du Temple de Jérusalem par Nabuchodonosor ;

109 ans avant la bataille de Marathon;

S43 ans avant la naissance d'Alexandre ;

352 ans avant la naissance d'Annibal ;

490 ans avant la naissance de César.

Rome n'avait pas de langue littéraire , car Eonius ne devait naître que 359 ans plus tard.

La Grèce n'avait ni histoire ni philosophie^ car les Gaulois envahissaient l'Italie 115 ans avant la naissance d'Hérodote , et 129 ans avant la naissance de Socrate.

Les Gaulois ont donc été les premiers dans l'Occident une nation nombreuse et puissante.

Considérés en eux-mêmes, les Gaulois avaient les aptitudes des nations conquérantes, c'est-à-dire le génie pastoral et guerrier. Ils ne traînaient avec eux ni meubles ni marchandises : a Ils ne possédaient, dit Polybe, que des richesses faciles à transporter, des troupeaux et de l'or. Tout le reste leur était inconnu (2). »

(1) Le Capitole, cominencé sous Tarquin le Superbe, ne fut achevé que la troisième année du gouTemement consulaire, 510 ans avant Père vulgaire.

(2) Polyb., Hittor., lib. II, cap. IV.

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