CHAPITRE SIXIÈME
Durs autant que braves, ils couchaient par terre (i) ; leur mollesse n'allait pas au delà d'un lit de feuilles (2).
Le courage des Gaulois était extrême et téméraire. Strabon dit que ce courage manquait de discernement (8). Toute querelle était vidée immédiatement, publiquement, etl'épée à la main (4). Diodore ajoute que cette bravoure avait pour fondement la croyance en l'immortalité de l'âme.
Ce dogme des Gaulois avait beaucoup frappé les anciens : César mentionne la doctrine des Druides, Lucain la loue. Qui ne connaît ces vers :
Vobis aucioribus, umbrœ Non tacitas Erebi sedes, Ditisque profundi Pallida régna petont : régit idem spiritus artus Orbe allô : longae, canilis 8i cognita, vit»
Mors média est
Inde ruendi In ferrum meni prona Tiris, anlmœquc capaces Morlis, et ignavum reditor» parcere yitœ (5).
Au combat, l'intrépidité des Gaulois effrayait les Romains, bons juges en matière de courage.
A la bataille de Télamon , port de Toscane , livrée par les consuls Lucius Emiliùs Papus et Caius Atilius, l'an de Rome 527, les Romains avaient en ligne, dit Polybe, cent mille hommes d'in-^ fanterie et treize mille hommes de cavalerie, moralement soutenus par une armée de réserve de cent cinquante-quatre mille fantassins et dix mille cavaliers , campés autour de Rome. « Tout ce qui restait de citoyens dans la ville, dit l'historien , était consterné, et croyait toucher à une catastrophe... Ils sentaient renat-
(1 ) strabon, Geograph,, lib. lY, cap. IV, § 3.
(2) Polyb., Histor,, lib. H, cap. IV.
(3)... OO lutà iceptaxi<|;io>;. — Strab., Geograph., lib. IV, cap. IV, § 2.
(4) Diodor. Sicul., lib. V, cap. XXVIII.
(5) « Diaprés vos doctrines, les ftmes ne descendent pas dans les silencienses demeures de PÉrèbe, ou dans les profondeurs du pèle royaume. Le même esprit anime les corps dans un autre monde. Si vous dites vrai, la mort n^est que l'entrée aans une longue yie.
« C'est là ce qui donne aux guerriers Pardeur au combat et le mépris de la mort. Le lâche seul pourrait redouter de perdre une vie qu*on doit retrouver. » ^Lucan., PharsaL, lib. I, ▼. 4&0 et seq.
166 LAXGUE FRANÇAISE.
tre dans leurs âmesTantique terreur que les Gaulois avaient jadis inspirée (1). d
Pris entre les armées des consuls, et faisant face des deux côtés opposés, les Gaulois montrèrent le courage le plus téméraire. Pour être plus dispos, les Insubres e^les Boïensne gardèrent que leui*s chausses , avec un plaid léger, roulé autour de leur corps. Les Gésates, placés au premier rang, combattirent complètement nus, avec leurs colliers et leurs bracelets d'or. Ils agirent ainsi , dit Polybe, « par intrépidité et par amour de la gloire (2) ».
Tite-Live, détracteur perpétuel des Gaulois , prétend que si les Gésates combattirent nus, ce fut par arrogance et par une ostentation barbare (3). Il avoue néanmoins la condition d'infériorité dans laquelle les Gaulois se trouvaient placés , par la défectuosité de leurs armes (4).
Polybe, historien loyal, constate que les Gaulois ne furent vaincus qu'à cause de la mauvaise qualité de leurs armes. Au lieu d'épée, ils traînaient un long sabre, attaché à la ceinture par une chaîne de fer ou dq. cuivre , et appelé, il y a deux mille ans , du nom qu'il porte encore dans le midi de la France et en Espagne, spata (4). Ce sabre, mince et rond de la pointe, ne servait à frapper que de taille ; il ployait à chaque coup ; et le Gaulois, pendant qu'il redressait son arme sous son pied , était percé par Tépée courte , à la fois aiguë et tranchante , du soldat romain , laquelle frappait d'estoc et de tailley oixpunctim et cœsim, comme dit Tile- Live , en parlant du sabre des Espagnols (5).
(1) 01 ô'ivt^ 'Pcdpi^ ndvTÉÇ ictptSMÏ^ f,«T»v, |iisY«v xxi ço^e^v aixoï; ORoXa(i- 6dvovTe; iiciçéfeaôai xivSuvov, x. t. X. — Polyb., Hhlor., lib. II, cap. XXIII.
(2) 01 Sk FataxTai, 8id tt -r^v çiXoôoÇiav xai xà ôopao; t«Ot* ànoff l'Havre;, Y'^!*'" vol («t' a^faiv oitXttv, icpatoi ifi; 8uvd(ie(i>; xatiaTYi^av. — Polyb., Histor., 1. II, cap. XXVII 1.
(3).... Gesatae, qui, per ferociamet barbaram oslentationem ^bjectis veslibus, nudi anle prima signa constiterant. ^Tit.-Uv., Histor,, iib. XX, cap. XLII.
(4) *AvtI dèxov Ç190U; ffTEaOa; lyowsx {ixxpà;, 9i$y)pxt; fj yraXxal; ^Xv^eaiv t^YifTTiliivaç... — Diodor. Sicul., Histor., lib. V, cap. XXX.
Diodore emploie évidemment le nom gaulois du sabre, spatha, en espagnol espada, en gascon espazo. Il ajoute qae les Gaaloia avaient aassi une sorte de long javelot, quMIs appelaient XayxCa, lance.
Pausanias, dans le récit de Texpédition des Gaulois à Delphes, dit aussi qu'ils portaient une longue pique, qu'ils appelaient XayxCx, en leur langue.
(ô) Polybe explique avec beaucoup de clarté la manière de combattre des Gau. lois. — HUfor., lib. II, cap. XXVIII. — Tite-Live conlirme ce que dit Diodore de Sicile des Gaulois, qui combatlaient nus jusqu'à la ceinture, et dont le sabre